ÉCHEC DU DUC DE DANZIG
Cependant le maréchal Lefebvre attendait tranquillement à Inspruck la nouvelle de la pacification générale, persuadé que sa présence avait suffi pour glacer d'effroi de misérables paysans. « Ah! Messieurs, avait-il dit aux membres de la nouvelle commission nommée par le roi de Bavière, vous ne pensiez pas que j'arriverais si vite à Inspruck ! *
On lui fit observer que plusieurs vallées, que
rinnthal lui-même s'agitaient; il ne fit qu'en
rire, envoya saisir aux environs quelques 'pay-
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sans, en fit pendre deux et ordonna de brûler leurs maisons.
Tout à coup arrive la nouvelle du désastre de Mittewald et d'Oberau. Furieux, il ordonne à la première division bavaroise de marcher sur Steinach, part à sa suite, met le feu au village de Ried situé à une demi- heure de Sterzing, et, dans cette dernière ville, adresse aux quelques Saxons échappés les plus vifs reproches, pour s'être laissé battre « par ces imbéciles de montagnards. >
Il envoya toutefois faire aux Tyroliens des propositions pacifiques, mais ne reçut que le billet suivant : « Mon général, c'est avec une douleur, une indignation extrême, que nous apprenons et voyons vos ravages incendiaires et la barbarie dont vous usez envers nos prisonniers. Vous le savez, nous avons pris plusieurs des vôtres, tous jusqu'ici sont bien traités. Mais, je vous le dis, si vous ne mettez fin à vos incendies, si vous brûlez encore une seule
maison, si vous ne traitez mieux les prisonniers que vous pourriez faire, je fais jeter tous ceux des vôtres qui sont entre mes mains au milieu des maisons en flammes.
€ Chez Seeber, à Mauls, ce dimanche de la Portiuncule, quatre heures du soir.
Jean Gruber, commandant. »
Ce Jean Gruber était l'aumônier des milices de Villanders, le même qui avait fait sauter le pont d'Oberau.
Le 7 du mois d'août, le maréchal quittait Sterzing en disant : « Les paysans ont tué mes soldats à coups de pierres; je vais leur rendre ce qu'ils nous ont donné. »
Il s'avança vers Mauls par la grande roule, tandis qu'une colonne tenait les hauteurs sur la rive g;auche de l'Eisack et qu'une autre suivait la rive opposée. Mais, arrêtés par les obstacles du chemin et de continuelles attaques, ces deux corps durent bientôt se replier sur la route principale qui fut obstruée. Plus de vivres pour
ANERÉ HOFER
les hommes, plus de fourrages pour les chevaux, à chaque pas nouvelles pertes à déplorer, nouveaux dangers à craindre; ici la chute imprévue de blocs .de pierre, là une embûche dressée par de hardis chasseurs : telle était l'intolérable position de cette armée tourmentée en outre par les ardeurs du soleil.
Trois jours après s'être mis en marche, Lefebvre n'était encore qu'à une heure de Sterzing.
11 demanda une entrevue à Hofer qui lui envoya avec pleins pouvoirs un capitaine méranais et un aubergiste de Passeyer : les deux parlementaires furent retenus comme ôtages.
Enfin, quand le maréchal apprit que les courriers du sandwirth avaient déjà soulevé tout l'Innthal « au nom de la religion chrétienne, » il comprit qu'il fallait au plus tôt battre en retraite. Ce fut une déroule; au milieu de populations exaspérées où les femmes mêmes fondaient les balles et combattaient auprès de
leurs maris, Tannée fuyait à la sinistre lueur des incendies allumés sur son passage et rentrait à Inspruck, le 1 1 , à 4 heures du soir.
Hofer, qui l'avait vivement poursuivie, occupait dès le jour suivant les hauteurs qui dominent Wilten, avec dix-huit mille paysans; Speckbacher, avec le commandant Tscholl, dirigeait l'aile droite, le capucin la gauche, 4e sandwirth le centre .et la réserve. Vingt-cinq mille hommes, deux mille trois cents chevaux, quarante pièces de canon les attendaient.
Le 14, après la messe et l'absolution générale, Hofer donna le signal du combat; il fut terrible, mais dès neuf heures du matin les paysans étaient maîtres du Berg-Isel.
Sept fois un bataillon bavarois, conduit par des officiers français, s'élança au pas de charge pour le reprendre ; il fut sept fois repoussé par les paysans, à qui leurs petits enfants et leurs femmes apportaient dans la mêlée la poudre et les balles,
La nuit mit fin à cette lutte sanglante où de part et d'autre on compta plus d'un exploit.
Lefebvre, convaincu par son double échec qu'il ne«pouvait plus rien contre un ennemi qui grossissait d'heure en heure, résolut de se retirer. Il fit incendier les villas et les fermes des environs, et la nuit, quittant précipitamment Inspruck, il s'enfuit par l'Unterinnthal vers Salzbourg.
Depuis le 4 août, il avait eu quatre ou cinq mille hommes tués, un plus grand nombre de blessés, et laissait aux mains des paysans six mille prisonniers. En revanche^ il emmenait comme ôtages un magistrat âgé de soixantetreize ans, le comte de Sarnthein, une dame veuve, la baronne de Sternbach, et le commandant Joseph Straub.
Ce dernier se trouvait alors au pouvoir du maréchal, voici comment. Retiré avec sa bande sur le Yolderberg, il attendait avec impatience des nouvelles d'André Hofer, quand une lettre
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de sa femme lui annonça que leur petite fortune était confisquée, les ouvriers déjà réunis pour raser, leur auberge, sur les ruines de laquelle Lefebvre ordonnait de dresser une potence et d'y pendre chaque jour un bourgeois de Hall, jusqu'au retour de Straub. L'infortunée ajoutait qu'elle-même n'était plus en sûreté, qu'on l'avait maltraitée et menacée de mort.
Sans hésiter, Straub avait laissé le commandément à son lieutenant et s'était constitué prisonnier à Inspruck, Les magistrats de Hall, touchés de cette noble action, firent, mais en vain, des démarches pour obtenir son élargissement; le Tyrolien trouva dans son adresse et son audace un secours qui ne lui faisait jamais défaut. Au moment où les gendarmes aidaient le vieux comte et la noble dame à monter sur la charrette qui les devait transporter, Straub saute par dessus le timon de la voilure, s'élance du pont de l'Jnn dans le fleuve et disparaît. Bravant le froid glacial et le rapide courant
ANDRÉ HO FER
des eaux, l'intrépide nageur alla chercher un asile sous l'arche même du pont, et le lendemain, — c'était bien le 15 août, comme il l'avait prédit, — il rentrait libre avec ses compagnons vainqueurs dans la capitale du Tyrol une troisième fois affranchie.
Le maréchal, harcelé de toutes parts dans sa retraite, faillit être fait prisonnier à Rattenberg. 11 déjeûnait à la hâte, quand les paysans attaquèrent de trois côtés à la fois : il n'eut que le temps de s'élancer à cheval en disant à ses officiers : « Je crois que je suis pris, mais je m'en j'ai mon épée. » Poursuivi pendant deux heures jusqu'à Wœrgl où ses troupes purent bivouaquer, il atteignait enfin Kufstein, le 18, à six heures du matin.
Lorsque le duc de Danzig se présenta devant son maître : « Eh bien, monsieur le maréchal, lui dit brusquement l'Empereur pour tout salut, avez-vous appris cette fois clps Tyroliens la tactique militaire? »