Cité par Goerres, Histor. politische Blaetter
vivait de la guerre, pas un vol. Soldats, officiers de l'armée bavaroise, purent traverser, habiter les vallées les plus reculées comme des hôtes pacifiques. Un morne silence, une douleur universelle survivaient seuls à la guerre terminée. »
les vaincus.
L'éternel Vœ victis ! fut alors prononcé
contre le Tyrol. On en fit trois parts: le Pusterthal, de Toblach à Lienz, fut adjugé au royaume d'Illyrie ; la vallée de FAdige et une portion de celle de l'Eisach au royaume d'Italie; le reste du pays, y compris Méran et Brixen, fut annexé de nouveau à la Bavière ; puis commença le régime des exécutions militaires.
Les chefs de l'insurrection furent activement poursuivis; le capucin et Speckhacher parvinrent à se réfugier en Autriche, cent dix fa-
milles allèrent fonder en Hongrie une colonie tyrolienne, quelques-uns demeurèrent ensevelis dans d'impénétrables retraites; mais malheur à ceux qui tombèrent entre les mains de soldats féroces, tels qu'un Severoli àBrixen, unBroussier en Pusterthal ! Ce dernier surtout fut implacable.
A Silliam, il fit fusiller un pauvre paysan en présence de ses dix enfants qui criaient: grâce! se vantant d'assurer par de tels moyens la tranquillité du pays pour un siècle.
Pierre Seigmair, de Mitterolang, vénérable vieillard, fut arrêté par ordre du général et condamné à être passé par les armes, si avant trois jours son fils, jeune lieutenant tyrolien réfugié dans les bois, ne se livrait lui-même. À peine celui-ci apprend-il l'affreuse nouvelle, qu'il accourt. Son père est sauvé ; mais lui, jeté en prison, n'en sort que pour subir un supplice que les sauvages de la Nouvelle- Zélande n'eussent peut - être pas inventé.
Broussier veut qu'il soit fusillé devant la porte de la maison paternelle, sous les yeux de son vieux père et de sa jeune femme, et que le cadavre reste là, pendu à un gibet, pour servir d'épouvanlail aux Tyroliens. En vain la malheureuse épouse de Siegmair se traîne aux genoux du général ; il demeure insensible à ses supplications et à ses larmes. Pourtant un bon prêtre, François de Mœrl, venu pour encourager le jeune officier à bien mourir, obtint du bourreau que l'exécution eût lieu quelques pas plus loin, à l'endroit où s'élève aujourd'hui une petite chapelle sur le mur de laquelle on a peint la tragique histoire.
Par bonheur, l'armée française eut alors en Tyrol d'autres représentants, et ceux-là vraiment dignes d'elle. Celui dont la générosité, la noblesse, le désintéressement ont laissé le plus vivant souvenir, c'est sans contredit le général comte Baraguay d'Hilliers.
Pierre # Mayr, aubergiste des environs de
Brixen, l'un des principaux chefs de Pinsurrection,'fut arrêté, conduit à Bozen, jugé en conseil de guerre et condamné à mort, à la grande douleur de la ville entière. Sa femme, alors enceinte, accourt pour sauver son mari, touche par ses larmes la femme du général — une Allemande — et comme on croit remarquer dans le jugement quelque défaut de forme, la sentence est immédiatement rapportée.
Baraguay d'Hilliers témoignait au malheureux le plus grand intérêt, et l'habile avocat chargé de le défendre était désormais sûr du succès: il suffisait que Mayr déclarât n'avoir point lu l'ordonnance du 13 novembre par laquelle le vice-roi d'Italie défendait le port des armes sous peine de mort, ou qu'il prétextât
du moins de n'en avoir pas bien saisi le contenu.
L'avocat se rend auprès de son client et Tinstruil en secret de ce qu'il doit répondre : la vie est à ce prix. Mais le Tyrolien préfère la mort
à ce qu'il juge être un mensonge ; il a lu et fort bien compris l'ordonnance.
Sa femme vient à son tour, le supplie avec larmes ; il répond: « Je ne veux pas, au prix d'un mensonge, éviter la mort. » Le général eut le mérite de sa générosité, Mayr celui de son héroïsme.
Ce dernier alla au supplice, après avoir rempli ses devoirs de chrétien, et comme il tenait un crucifix à la mnin : « Prenez, dit-il au prêtre au moment de l'exécution, je ne voudrais pas qu'il fût endommagé par une balle.»
Ainsi mourut ce martyr de la vérité.
Les efforts que fit|Baraguay d'Hilliers pour arracher Hofer au sort qui le menaçait, s'ils ne furent pas couronnés de plus de succès, lui firent non moins d'honneur et lui valurent surtout l'estime des Tyroliens. Il lui envoya Donay et le bénédictin Magnus Prieth pour lui donner l'assurance qu'il parlerait en sa faveur au vice-roi et le protégerait de tout son pou-
ANDRÉ HOFEIl
voir, à la seule condition que le sandwirth s'engageât à ne plus prendre les armes contre les Français et à maintenir ses compatriotes dans le devoir.
Hofer ne crut pas devoir se fier à des pro- . messes qu'un ordre de Paris ou de Milan pouvait rendre vaines; il mit sa femme, son jeune fils et ses quatre filles en sûreté sur le Schneeberg, et, accompagné seulement de son secrétaire, Cajetan Swelh, il s'ouvrit à travers la neige profonde un chemin jusqu'au sommet du Brantach.
Là il s'établit dans une de ces pauvres huttes où l'on garde le foin pour les bestiaux. Les deux fugitifs calfeutrèrent, comme ils purent, les planches disjointes de leur misérable abri, et se firent d'une auge renversée une table pour manger et pour écrire. Un brave paysan, nommé Pfandler, propriétaire de la cabane, et quelques autres fidèles amis venaient les visiter la nuit, leur apportant des vivres et des nou-
velles, et redescendaient avant le jour avec des lettres écrites par Sweth au nom du sandwirlh
et datées de Vienne.
Ils vinrent une fois lui annoncer que le général Huart, qui commandait à Méran, avait mis sa tète à prix et promis 1,500 florins au traître qui le livrerait ; ils le pressaient de s'enfuir. En coupant sa longue barbe, en se déguisant en marchand de bestiaux, il lui était facile par les sentiers des montagnes de se réfugier en Autriche.
a Je ne puis, répondait-il, je ne puis quitter
le pays ! »
Un jour sa femme et son fils arrivèrent à l'improviste ; découverts sur le Schneeberg, ils avaient dû quitter cette retraite ; les autres enfants étaient cachés dans une maison sûre au village de Saint-Martin.
Hofer avait jusqu'alors supporté le froid horrible qui le tourmentait ; pour sa femme et son fils il alluma du feu.
Un paysan de Passeyer, pauvre et de fort mauvaise réputation, Joseph Raffl, ayant par hasard aperçu la fumée qui s'élevait sur ce sommet désert, poussé par la curiosité, monta jusqu'à la hutte et reconnut André.
Celui-ci eut un triste pressentiment à la vue d'un visiteur si suspect ; il lui donna quelque argent et le pria de ne pas le trahir.
Raffl prit l'argent, promit avec serment de garder le secret et descendit en toute hâte afin de le révéler au richter de Saint-Léonard qui refusa de recevoir sa déposition, répétant, sans y croire, ce que disaient tous les autres habitants de Passeyer, que le sandwirth était depuis longtemps en Autriche, d'où il écrivait même à ses amis.
Mais le traître ne voulait point perdre 1,500
florins ; il renouvela ses dépositions avec tant d'insistance et des détails si précis, qu'il fallut bien en donner connaissance au général Huart.