PRISE LT CAPTIVITÉ D ANDRÉ HOFER
Durant les quinze jours qui s'étaient écoulés depuis l'apparition de Raffl au Brantach, les amis et la femme d'André n'avaient cessé de l'engager à fuir. « Je ne puis quitter le pays », dit-il jusqu'à la fin, et il resta là, immobile, enraciné au sol comme les rochers qui l'environnaient.
Le soir même du jour où le général Huart reçut la communication du traître (27 janvier 1810), il envoya à Passeyer un corps franc italien de 1500 hommes, conduit par Raffl. On
marcha toute la nuit ; un détachement de 600 hommes monta de Saint-Martin au sommet du Brantach et n'y parvint, à travers la neige, qu'à quatre heures du matin.
Tout dormait dans la hutte, en bas Hofer et sa femme, au-dessus son fils et Sweth.
Ce dernier, réveillé en sursaut par le craquement de la glace sous les pieds des soldats, tire l'enfant de son profond sommeil et veut s'échapper avec lui par la partie postérieure de la cabane. Tombés entre les mains des Italiens, ils sont en un clin d'œil garottés et couchés sur
la neige.
Hofer entend leurs cris, se lève avec sa femme, va droit à la porte qu'il ouvre, reconnaît ses ennemis et dit d'une voix forte: « Qui de vous parle allemand? »
Le commandant s'approcha.
« Vous êtes venu pour me prendre; fort bien, je suis André Hofer. Faites de moi ce que vous voudrez, je suis le coupable. Pour ma femme,
Svveth — je vous demande grâce ; ils sont innocents. »
Mais déjà les soldats lui passaient une corde au cou, lui liaient les mains derrière le dos, le raillant, le frappant, lui arrachant le poil de la
barbe avec tant de violence que son visage déchiré se hérissa bientôt de glaçons sanglants. On fouilla la cabane où Ton trouva quelque argent et quelques armes; puis avec son butin et ses prisonniers la colonne reprit la route de Saint-Martin. Le chemin était bien pénible, surtout pour le jeune homme et l'enfant, auxquels on n'avait permis de prendre ni bas, ni souliers, ni manteaux: bientôt la trace sanglante de leurs pas s'imprima sur la neige glacée.
Hofer, qui ne témoigna ni faiblesse, ni arrogance, ni colère, les entendant se plaindre, les consolait : « Courage, disait-il, souffrez avec patience; nous pouvons ainsi faire pénitence pour nos péchés. »
Au bas de la montagne, l'autre détachement, qui avait occupé son loisir à dévaster de fond en comble l'auberge am Sand, attendait avec de la cavalerie et un canon. Sans retard, on se mit en marche vers Méran; les artilleurs s'avançaient la mèche allumée.
C'était un dimanche, mais la route resta déserte; dans la ville, les habitants s'enfermèrent chez eux, tandis que les officiers, attirés par les fanfares de la musique militaire, s'empressaient pour voir de près le général Barbon.
Interrogé par Huart, Hofer répondit avec franchise qu'il était le principal auteur de l'insurrection du Tyrol, qu'il avait agi au nom de l'empereur d'Autriche, mais qu'après la conclusion de la paix, il avait cédé aux instances, aux menaces, et continué la lutte.
Le jour suivant, il arrivait à Bozen, où le général Baraguay d'Hilliers l'accueillit avec bonté, témoigna la plus vive indignation des barbares traitements qu'il avait subis, et après
avoir confié le jeune Hofer et le secrétaire, dont les pieds étaient horriblement déchirés, aux soins d'un médecin français» il fit immédiatement mettre en liberté la femme et l'enfant.
Il ne pouvait davantage; l'ex- commandant du Tyrol et son secrétaire furent conduits en voiture et sous bonne escorte jusqu'à Mantoue.
Ce fut dans ce triste voyage que le P. Bresciani eut l'occasion de connaître le sandwirth. <r II passa par Ala où je demeurais alors — raconte l'élégant écrivain (1) ; — là commandait un certain Ferru, homme atroce, plus tyran que soldat. Hofer monta à la résidence du commandant, et arrivé à la salle à manger où le dîner était servi, il fut invité à s'asseoir à table avec les officiers qui l'escortaient. Mais c'était un vendredi; voyant des aliments gras, il s'excusa d'un air aimable et plein de courtoisie, disant qu'un peu plus tard il prendrait un peu de pain