‹ André Hofer et l'insurrection du Tyrol en 1809Chapitre 6 sur 26 · EMBARRAS DES PERSÉCUTEURS · texte numérisé non relu

EMBARRAS DES PERSÉCUTEURS

C'était l'heure pour le gouvernement de recueillir les fruits de sa prétendue victoire. Après avoir frappé les pasteurs, il jugeait facile de disperser les troupeaux. Et de fait, il eut la triste fortune de trouver à Trente quelques prêtres courtisans qui furent déclarés chapitre de la cathédrale, et nommèrent, le siège vacant, un vicaire capilulaire. Sans souci des lois canoniques, François, comte de Spaur, accepta une dignité

qui le déshonorait.

Bien différente fut la conduite du clergé de

Méran.

Nicolas Patscheider, curé et provicaire de l'évêque, était évidemment l'homme qu'il fallait gagner tout d'abord. On essaya la douceur et la flatterie ; toutes les lettres adressées à Mgr de Buol et reçues à la poste lui furent apportées, pour qu'il les ouvrît. Le piège était grossier; Patscheider les renvoyal'une après l'autre.

Ne pouvant le fléchir, on essaya de l'intimider, et ordre lui fut intimé de souscrire, lui et tout le clergé, aux volontés royales. Le refus

du clergé fut unanime.

Cependant un prêtre de guande autorité, Godefroy Purtscher, 1 directeur du séminaire de Méran et compagnon d exil de l'évêque, était secrètement rentré dans le pays, excitant les

1. En 1805, le général Marcognet^ ayant établi son quartier à Méran, ordonna de saccager la ville, hurlant comme un furieux : « Tout à feu et à sang! » Mgr de Buol lui envoya Godefroy Purtscher, qui se jeta deux fois à ses genoux, demandant grâce, mais en vain. Alors le prêtre intrépide se relève et adresse au brutal soldat une remontrance si vive qu'elle faillit lui coûter la vie. L'évêque vient à son tour, et pour apaiser le général l'invite à dîner. < Et qu'importe à l evèque ? s'était écrié

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courages et portant de vallée en vallée une bulle pontificale. On voulut l'arrêter, mais où? mais comment? La police était aux abois, tandis que Purtscher, déguisé en marchand, parcourait impunément les environs de Méran et les vallées de Vintschgau et de Passeyer.

Ce fut alors que le comte d'Arco résolut d'appliquer ce qu'il appelait « le système d'épuration. » Enlever à Mgr de Buol sa juridiction épiscopale en Tyrol pour la conférer à Pévêque d* Ausgbourg, déclarer le j leci ttm rccjvm indispensable pour l'exercice des pouvoirs spirituels dans tous les États de Sa Majesté, remplacer les prêtres intraitables par d'autres plus soumis ; telle était l'invention nouvelle qui

Marcognet. Qu'il se mêle de ce qui le regarde !» — 11 accepte pourtant. Pendant le repas : « M. le Général, dit Ch. de Buol, le peuple s'est retiré et se tient tranquille, parce que nous l'exhortons à la paix ; mais si vous le permettez, je vous fais accourir à l'instant > 2,000 paysans sous les fenêtres. » Le général et les sept officiers qui l'accompagnaient n'exprimèrent pas le désir de jouir du spectacle, et devinrent tout à coup fort modérés.

devait doter le Tyrol d'un clergé d'autant plus épuré, qu'il aurait passé tout entier par le creu-*

set du gouvernement. Elle fut revêtue delasanctionroyale par décret du 14 novembre.

L'évêque de Coire fut invité à renoncer à ses droits, par une lettre officielle qui débutait ainsi : « J'ai l'honneur de prier Votre Grâce Sérénissime de résigner librement à S. A. R.

l'évêque d'Ausbourg (électeur de Trêves) la partie de Votre diocèse incluse en Tyrol, etc. » Il était ensuite averti, non moins poliment, que le placetum, déclaré indispensable, lui serait désormais refusé.

L'évêque protesta par écrit avec son énergie ordinaire. En parlant du placetum, il disait : « Je ne puis m'empêcher de remarquer que ce principe est nouveau dans l'Église catholique et n'a jamais été reconnu par elle, et surtout que notre patrie allemande, non moins que les autres pays catholiques, serait encore privée du bonheur de la vraie foi, si les premiers propa-

gateurs de l'Évangile avaient regardé le refus de la sanction des princes comme un obstacle insurmontable à l'accomplissement de leur mission. Certes, le grand conseil de Jérusalem refusa bien à Pierre et à Jean son placetum ; mais aussi, ce que l'apôtre répondit en son nom et au nom de tous ses successeurs dans l'épiscopat, est trop connu pour qu'il soit besoin de le répéter ici. »

En même temps il écrivait au curé de Méran pour lui déclarer qu'il ne résignerait rien du tout : « Premièrement, disait-il, parce que les lois canoniques me défendent d'agir ainsi, sans l'autorisation du pape; secondement, parce qu'on veut m'extorquer cette résignation en vertu d'un principe évidemment hérétique auquel je ne puis adhérer, quoi qu'il advienne. Préparez-vous donc à une persécution nouvelle. Ma volonté est que vous ne reconnaissiez aucun évêque, aucun vicaire général qui n'ait été proposé par Rome ou par moi. Déclarez tout autre

ANDRÉ HOFEH.

intrigant et schismatique. Disposez prudemment le peuple à l'orage qui vient. Si cela se peut faire sans agitation et avec Tordre convenable, je désire que toutle clergé de Vintschgau

adresse au roi une supplique respectueuse, pour obtenir de demeurer uni à son légitime

évèque. Si les autorités des communes s'y joignaient, la démarche serait d'autant plus efficace. »

11 était difficile d'unir dans une plus juste mesure l'esprit de modération, le respect de l'autorité et l'indépendance apostolique.

Affermis dans leur fidélité parles conseils du confesseur de la foi, Patscheider et son courageux clergé attirèrent les dernières foudres du gouvernement sur leurs tètes. Le curé de Méran fut cité à comparaître à Inspruck où la police le devait conduire.

C'était une imprudence en même temps qu'un abus de pouvoir.

A peine le bruit de cette arrestation s'est-ii

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répandu dans la ville de Méran et les vallées environnantes, que les habitants manifestent contre les fonctionnaires bavarois les dispositions les plus menaçantes, tandis que des bandes de paysans envahissent les rues, résolus à défendre le prêtre qu'ils aiment.

La persécution poussait peu à peu les esprits à l'insurrection.

Intimidées par cette manifestation populaire et forcées de surseoir à l'exécution des ordres

reçus, les autorités locales déclarent ne pouvoir agir sans le secours de la force armée. Le commissaire général ordonne d'envoyer des troupes à Méran. Mais, chose incroyable! au moment où les mesures violentes menaçaient de soulever tout le pays, le gouvernement persécuteur manquait du seul moyen d'action et de répression sur lequel il comptât : il manquait de soldats ! Le général commandant déclara n'avoir pas une seule pièce montée, un seul attelage pour l'artillerie, et ne put mettre à la disposi-

ANDUE HOFER.

tion de M, d'Arco que quelques fantassins* Tant bien que mal, Méran et S terzing étaient le 16 novembre occupés militairement.

On n'a pas oublié sans doute le nom du jeune Kreishauptmann Hofstetten, que nous avons plus haut signalé comme un des personnages importants du drame joué par la bureaucratie en Tyrol. Honoré de la particulière confiance du commissariat général, revêtu du titre de commissaire spécial pour les affaires ecclésiastiques, il fut envoyé à Méran, pour briser enfin toutes les résistances.

Il arriva muni de la lettre pastorale du soidisant vicaire capitulaire de Trente, pièce d'éloquence sur laquelle il comptait d'autant plus, qu'après l'avoir lui-même traduite en allemand, il l'avait enrichie de notes explicatives de sa façon et d'une prière pour le roi, pieusement composée par lui et officiellement imposée aux fidèles.

Cette manie "de s'ingérer dans les choses

spirituelles était chez lui d'autant plus ridicule qu'elle contrastait davantage avec les aventures peu édifiantes du jeune étourdi. Il paraît que les bourgeois de Méran content encore aujourd'hui comment, un soir qu'il sortait du café à une heure tout à fait indue, il fut plongé par quelques vigoureux gaillards dans le bassin d'une fontaine sûr la place même du presbytère. Mais arrivons à son plus bel exploit.

Le 26 décembre 1807, Jean Théodore d'Hofstetten, Kreishauptmann en la vallée de Pusterthal, en grand uniforme militaire, armé de deux pistolets, muni de sa lettre pastorale, assisté du Landrichter 1 et d'un secrétaire, faisait comparaître devant lui, à l'issue de l'office de saint Étienne, les vingt-deux prêtres formant le clergé séculier et régulier de Méran. Ils se présentèrent ayant Patscheider à leur tête.

Après avoir, à l'occasion d'un nom qui retentit h son oreille, tenu les propos les plus fri-

l. Landrichter ,îuge dans les causes civiles et criminelles.

voles, pour ne rien dire de plus, Hofstetten, reprenant son air menaçant, posa l'ultimatum : choisir entre l'obéissance entière au gouvernement et les châtiments qu'il lui plairait d'infliger.

Patscheider et presque tous avec lui optèrent pour les châtiments. Toutefois, comme l'épreuve sépare la paille du froment et les scories de l'or, il se trouva quatre malheureux qui s'abandonnèrent aux volontés d'Hofstetten. L'un d'eux, prêtre de fort mauvaise réputation, était interdit déjà par trois évêques.

Dans la nuit du 27, Patscheider fut enlevé sans bruit, conduit prisonnier à Inspruck et plus tard enfermé dans le couvent de Saint-Marc à Trente. Son neveu et dix autres prêtres furent traités de même, et bientôt tout le clergé Adèle dispersé.

Arrêtons-nous à l'entrée de la vallée de Passeyer, où le commissaire spécial pour les affaires ecclésiastiques, suivi d'une troupe de

soldats, poursuit le cours de ses exploits et fait

la chasse au prêtre. Nous aurons l'occasion de l'y retrouver plus tard. Remarquons seulement que là où furent commis le plus d'excès, éclata tout d'abord l'insurrection, et que celui qui en donna le signal et en fut le chef, était un paysan , de Passeyer.

Grand fut alors l'embarras du gouvernement. Après avoir proscrit à tout jamais l'évêque de Coire .comme perturbateur public et déclaré traître à la patrie tout citoyen, prêtre ou laïque, qui entretiendrait des relations avec lui (1), il fallait bien remplir un siège censé vacant et donner aux paroisses d'autres pasteurs. Le roi avait publiquement annoncé que l'administration du diocèse de Coire serait provisoirement confiée à l'un des évêques du pays. Mais tous les efforts échouèrent à Augsbourg comme à Brixen. On en fut réduit au pauvre comte

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