‹ André Marvell poète, puritain, patriote 1621-1678Chapitre 12 sur 88 · NEC RIRES · texte numérisé non relu

NEC RIRES

<ommunique à sa poésie son âpre saveur propre n'aurait pas été le même sans l'éducation que lui avait fait donner sa mère et sans les persécutions d’Elisabeth qui faisaient de ses coreligionnaires des étrangers dans leur propre patrie. Quoique Spenser représente un protestantisme bien imparfait et superficiel, bien pénétré de ritualisme latent, il s’opposé encore sur ce point à l’ardeur mystique, tout à tour triomphante du doute et vaincue par lui, au catholicisme tourmenté de son jeune rival.

Ce n’est pas forcer la note que d'appeler Donne « l’anti-Spenser » (8). Toutefois cette définition ne suffit pas, car dès la dernière décade du XVI° siècle Spenser est un maître admiré plutôt que suivi. Le raffinement et la subtilité des poèmes de Shakespeare s’écartent de l'idéal vraiment classique (quant à la forme) de la Reine des Fées presqu’autant que la brusquerie contournée des chansons de Donne. Mais Shakespeare, s’il est toujours lui-même, fût-ce dans Vénus et Adonis ou dans le Viol de Lucrèce, ne répugne point à suivre le goût italianisé de son temps pour les pointes purement verbales, les concetti qui vont souvent jusqu'au calembour. Comme tous les élisabéthains il joue avec les mots; Donne et ses disciples joueront avec les idées (9). Chez eux certes la sincérité fait parfois défaut; au moment critique Donne par quelque incartade détruit le charme. Mais sa curiosité intellectuelle, même lorsqu'elle n’atteint pas à la conviction, conserve son prix pour nous modernes, habitués à faire le tour des idées. Samuel Johnson, qui n'avait rien d’un sceptique ni d’un dilettante, reconnait que pour écrire des vers à la manière de Donne il était nécessaire de penser (10). Combien de charmants poètes de la Renaissance s'étaient abstenus de mettre l’ombre d’une idée dans leurs délicieuses mélodies ? La comparaison rebattue avec les oiseaux chanteurs implique cette absence qu’on ne songe pas à traiter de défaut tant la musique a de grâce. La poésie élisabéthaine semble une forêt printanière : tout y est jeune, frais, allègre. L'amour sans malices, la passion qui ne voit pas plus loin que son objet, la joie de vivre à peine assombrie de ci de là par des deuils extérieurs, la jouissance satisfaite de la beauté sensible, l'espoir ingénu laissent peu de place à la méditation, au retour sur soi-même, au remords, au repentir, fondement de la vie religieuse. Le paganisme triomphe, conscient chez certains, plus souvent naïf; l’incrédulité ne rencontre pas assez d’obstacles pour éprouver le besoin de se justifier fortement. Comme toutes les manifestations de la vie en cet heureux temps, elle naît spontanée, mais aussi demeure superficielle.

La jeunesse ne saurait durer; le bien idéal entrevu se dérobe; la beauté que l’on possède rassasie; les espoirs lassent la poursuite, ou

pis se ternissent quand on les atteint;. le monde extérieur, même agrandi des Indes orientales et occidentales aux fabuleux trésors, se

(8) Comme le fait E. Legouis, Edmond Spenser, 1923, p. 221. (9) Cette remarque est de Walter Scott. , (10) Vie de Cowley : « To write on their plan it was at least necessary to read

-and think ».

montre incapable de fournir à une seule âme digne de ce nom l'aliment nécessaire. Alors le découragement s’installe; le cœur assombrit l'esprit, ou l'esprit tourne en dérision les mouvements du cœur. La pensée de la mort, momentanément oubliée, revient aussi obsédante qu'aux jours chrétiens du moyen- âge. Là où elle ne rencontre ni ne réveille la foi, elle produit un pessimisme tantôt inquiet tantôt stoïque. Pierre de touche infaillible, elle éprouve cet alliage dont sont faites les âmes. Epicuriens et débauchés ne lui échappent pas; et si quelques natures viles sont rejetées, le courage des autres atteste la vitalité de la race. Le christianisme sous toutes ses formes révèle des ressources que cachait à la génération précédente un somptueux décor païen. L’Angleterre devient à la lecture de la Bible (dans la « traduction autorisée » de 1611) la nation religieuse qu’elle est restée depuis presque jusqu’à nos jours.

Au prix de quelles éliminations et de quelles violences faites à la complexité du réel nous avons ainsi opposé la seconde moitié du XVI° siècle à la première moitié du XVII, nul ne s’en rend compte mieux que nous. Admettons toutefois que dans sa masse le cours de, la poésie lyrique anglaise ait bien été de 1600 à 1660 tel que nous venons de le décrire. Une nouvelle difficulté se présente. Comment maintenir la formule que nous avons prise pour point de départ, comment refuser le titre d’intellectuélle à une période aussi préoccupée des problèmes fondamentaux ? Certes parmi les poètes d'alors plusieurs trouvent la solution de ces problèmes dans une foi mystique, mais presque toujours l'intelligence, raisonneuse, subtile, inquiète, prépare les voies à l’extase qui l’anéantit momentanément. Elle ne succombe que pour se relever et pour analyser avec une lucidité parfois cruelle l'instant divin. Même lorsqu'elle s’égare jusqu’à demander le secret de la destinée aux fausses sciences des siècles de ténèbres, la noblesse de son ambition excuse son erreur. Henri Vaughan, poète et médecin, s'étonne de l'hostilité que montrent ses confrères. en Esculape contre l’astrologie. Il y voit la preuve d’une ignorance satisfaite qui refuse « de faire la connaissance d’un autre monde » bien plus merveilleux que celui-ci. « Quant à moi, ajoute-t-il, je n’ai que peu d'affection pour les basses franges de la robe du savoir, que chaque main cherche à saisir et où il y a si peu à prendre » (11). Ce fier dédain de l’accessible, Vaughan le partage avec presque tous les poètes ses contemporains. À côté de leurs spéculations, combien pauvres apparaissent les lieux communs raisonnables de l’école classique anglaise ! Celle-ci élimine à vrai dire de la poésie la sensibilité, la passion, la ferveur religieuse; mais, à la suite de la philosophie utilitaire de Bacon, de Hobbes et de Locke, si différente de la philosophie cartésienne dont les grands classiques français portent l’empreinte, elle n’élimine pas moins l'exercice: par excellence de la raison humaine, la métaphysique.

Les auteurs de cette transformation, nous dirions volontiers les responsables de cet appauvrissement, ne s’y trompèrent pas. Leur chef, Dryden, après avoir subi dans sa jeunesse aussi fortement qu’un autre

(11) The works of Henry Vaughan, édition Martin, vol. II, pp. 672-3 : « I ha& butt litle affection to the skirts and lower parts of learning; where every hand “s graspinge and so litle to be had ».

l'emprise de Donne, lui reproche plus tard « un penchant pour la métaphysique » qu’il trouve particulièrement fâcheux dans la poésie amoureuse (12). En plein XVIII siècle le dictateur des lettres, Samuel John- Son, reprend cette accusation dans sa Vie de Cowley, et applique, en lui donnant d’ailleurs le sens assez lâche de savante ou pédante. à l’école de Donne l’épithète de « métaphysique » que l'usage lui a conservée. Certes nous ne l'employons plus aujourd’hui avec la même nuance de dédain; nous y verrions même la marque de la plus haute ambition que la poésie puisse concevoir ; à tel point que certains critiques récents hésitent à en décorer Donne et ses disciples pour la réserver aux poètes qui ont entrepris de donner dans une œuvre l’explication complète de l’univers : Lucrèce, Dante, Gœthe (13). Mais un philosophe pourrait à la rigueur récuser même ces grands noms. Le romain Lucrèce vise un but pratique et la spéculation n’est pour lui qu’un moyen; d’ailleurs, comme son maître Epicure, il se croit physicien et non métaphysicien. Chez Dante la philosophie est la servante de la théologie, selon la maxime de son guide Saint Thomas d'Aquin. Peut-être le Second Faust atteindrait-il, au détriment de:l’intérêt dramatique, les hauteurs sereines où trône Spinoza.

Les critiques littéraires ne doivent donc pas trop presser l’épithète de « métaphysique » s'ils veulent en faire usage. Elle garde sa valeur pour exprimer l’étonnement et l'inquiétude des esprits terre à terre ou des âmes sensibles devant l’audace d’aventuriers intellectuels. Elle désigne à la timidité du bourgeois ou à l’humilité du savant ces téméraires qui veulent pénétrer derrière les apparences, trouver le pourquoi des phénomènes, arracher à la vie et à la mort le mot de leur énigme commune. Si les métaphysiciens authentiques sont « des poètes qui ont manqué leur vocation > aux yeux des positivistes modernes, les personnes prosaïques diront des poètes anglais du XVII® siècle qu’ils ont fait perdre pied à la poésie dans les abîimes de la métaphysique.

Au cas où nous renoncerions à l’épithète traditionnelle nous serions tenus de la remplacer et nul ne l’a tenté jusqu'ici avec succès. Le mot fantastic, que traduit imparfaitement son original français et où entre un peu du sens de fantaisiste et de fantasque, peut se réclamer de Milton, parlant non sans mépris de ses prédécesseurs immédiats (14). Mais ce mot insiste à l'excès sur la frivolité apparente qui recouvre souvent la sincérité et une profondeur d’émotion inconnue de Milton lui-même.

Faut-il emprunter à notre histoire littéraire le nom de « précieux » ?

(12) À discourse concerning the original and progress of satire, 1692 (Dryden, Essays, édition Ker, vol. II, p. 19). ___ En 1668, dans son Essay of dramatic poesy (ibid., vol. I, p. 52) Dryden tout en blämant la « rude cadence » des vers &e Donne louait « la profondeur de ses pensées ». ;

(13) Grierson, Metaphysical lyrics and poems…., p. XIIT. — Voir aussi sur ce sujet un article assez abstrus de Herbert Reac@, dans The Criterion, avril 1923, intitulé The nature of metaphysical poetry.

(14) At a vacation exercise (écrit Anno Ætatis 19), v. 19-20

:Not those new fangled toys, and triming slight ; Which takes our late fantasticks with delight.…. A. Clutton-Brock intitule The fantastic school of English poetry le chapitre qu'il écrit sur Donne et son école dans la Cambridge Modern history, vol. IV (1907).

Même si l’on prend soin de préciser qu’il n'implique aucune importation française (du moins à l’origine de l’école), ce mot a le tort de laisser supposer une ressemblance trop complète entre les écrivains des deux côtés de la Manche. En France depuis Malherbe le goût classique triomphe en puissance sinon toujours en acte. Théophile et Saint-Amant, qu’on représente comme les rebelles à cette domination bougonne, acceptent la versification du « tyran des mots et des syllabes », c’est-àdire la bonne moitié de sa doctrine. Leurs œuvres abondent en passages sonores, oratoires, écrits avec une fermeté inconnue des plus beaux génies de la Pléiade, et qui portent la marque du maître. Certes ces élèves indociles se distinguent de lui par leurs défauts : prolixité, faiblesse de la composition, taches de style, — et par certaines qualités qu’il ignorait : sentiment de la nature, finesse mélancolique ou verve joyeuse; mais ni ceux-là ni celles-ci ne suffisent à les constituer en école indépendante. Au théâtre, Corneille fait triompher les formules classiques. Certes le large courant qui emporte la littérature française a ses remous, mais nul ne saurait se tromper sur le sens de sa marche. Les précieux sont à leur manière les ouvriers du classicisme, et celui-ci ne les désavoue qu'après l’achèvement de leur œuvre. Et puis n'est-il pas significatif que le mot de préciosité évoque nécessairement pour nous des héroïnes en vertugadin ? Du rôle joué par les femmes dans la formation des modes littéraires françaises au XVIIe siècle on ne saurait guère exagérer l’importance. Or l'Angleterre ne nous offre rien de pareil. Certes Donne adresse de respectueuses galanteries aux nobles’ dames qui encouragent ses efforts poétiques et l’aident à surmonter les difficultés matérielles de la vie, mais il n’a aucun égard pour l’infériorité de leur savoir et de leurs facultés ratiocinantes ; il leur envoie ses problèmes et paradoxes en vers les plus scolastiques. La plupart de ses disciples ne feront pas davantage de concessions à leurs belles auditrices qu’ils aimeront moins que leurs propres pensées. Enfin la préciosité est surtout une qualité, ou un défaut, de la forme. Les poètes anglais contemporains de Voiture cherchent des expressions nouvelles pour rendre des aspirations nouvelles, pour décrire des contrées spirituelles encore inexplorées. Aussi leurs échecs sont-ils plus retentissants si leurs succès sont plus beaux. Théophile Gautier a dit d’un de ses Grotesques, du Père de Saint-Louis, que « son détestable n’était jamais commun ni facile; c'était un détestable exquis, savant, consciencieux.. ». On voit bien que l’homme au gilet rouge n'avait point lu Donne ni ses imitateurs. Il eût trouvé au prix de leurs extravagances le style de la Magdaleïde raisonnable et assez plat. Les pointes auxquelles Molière et Boileau firent la guerre, le désespoir qui espère dans le cœur et le sonnet d’Oronte, auraient paru banalités à la fougue des poètes métaphysiques. Sans doute les fadeurs pétrarquistes, tempêtes de soupirs, ruisseaux de pleurs, feux de l’amour, trainent-elles dans la poésie anglaise, mais moins que dans la française. Les métaphores violentes mais originales dominent. Elles fatiguent davantage le lecteur; du moins ne l’écœurent-elles pas par la répétition.

Au pis elles sont risibles : au mieux elles ne manquent le sublime que de l'épaisseur d’un cheveu.

Pour trouver des exemples du mauvais goût « métaphysique » il

suffit de se baisser. Dans le Lachrymae Musarum on peut puiser à pleines mains. Hastings est mort la veille du jour fixé pour ses noces. Cette triste coïncidence s’exprimera en ces termes : «le garçon d'honneur devient croque-mort ». Il est vrai que cette gentillesse se rencontre dans un poème en latin (15) et que ce « Fit Vespillo prius qui Paranymphus erat » est une simple réminiscence du « Nuper erat medicus, nunc est vespillo Diaulus » de Martial. L’infraction au décorum consiste à faire passer une épigramme macabre dans une élégie que l’on a tout lieu de croire sincère. Mais quittons le latin pour l'anglais. Voici Mildmay Fane, comte de Westmoreland, protecteur de Herrick et cousin du défunt. Il explique la mort prématurée de Hastings par un calembour sur son nom (hasting veut dire « se hâtant ») (16). Si les liens du sang ni les titres de noblesse ne tiennent pas le bel-esprit mieux en bride, qu’attendre d’un auteur comique, satirique et bachique comme Alexandre Brome, lorsqu'il s’égare dans le genre élégiaque ? Avec une touchante modestie il prie les poètes illustres qui l’entourent de lui laisser apporter quelques vers sur le cercueil

Ainsi les aigles princiers, lorsqu'ils sont attroupés sur uñe charogne, accordent à la mouche une part (17).

Quand il plaint la fiancée de Hastings parce qu’elle

doit maintenant aimer de nouveau, et retourner apprendre l’alphabet de Cupidon (18),

le manque de tact devient ün manque d'humanité. Mais il poursuit, simplement bouffon, ses condoléances

Pauvre hémistiche ! Elle commençait seulement à être greffée lorsqu'elle a perdu son arbre (19).

D'ailleurs si l’on prévoit que la fiancée ne demeurera pas inconsolable, Hastings au ciel dès maintenant

courtise les anges et projette de leur être marié dans leur virginité (20).

Mais la palme de l’extravagance revient à un autre que Brome, et cet autre poète est Dryden. Le futur champion de la doctrine classique décrit ainsi la petite vérole qui a emporté Hastings

Elles s’enflèrent pie les pustules qui germaient à travers

[sa chair

comme des boutons de rose piqués dans les lis de la peau pense (15) Par « Cyrillus Wyche » (p. 93). — Scott a montré dans Proud Maisie qu ’une

image analogue pouvait devenir belle et saisissante. La manière fait tout en poésie. (16) Northuniberland ouvre le recueil en vertu &@es préséances. (17) P. 69 : Thus Princely Eagles, when together th'are Met at a Carcase, yeeld the Fly a share.

(18) P. 7o : Now must love again, and come to be New disciplined in Cupi&s À, B, C.

(19) Ibid : Poor hemistick ! that but began to be Inoculated, when she lost the tree.

(20) P. 71 : Now woes the angels and intends to be Wedded to them in their virginity.

Chaque petit bouton contenait une larme pour pleurer la faute qu’il commettait en poussant (21).

Pauvre Théophile à qui l’on a tant reproché depuis Boileau le poignard rougissant de se voir couvert du sang de son maître !

Il est moins aisé de montrer la force du style « métaphysique >» que d'en signaler les faiblesses. Dans un recueil de pièces de circonstance comme le Lachrymae Musarum, où chaque poète se bat les flancs pour découvrir une hyperbole plus ingénieuse que ses émules, on ne trouve presque rien à retenir. De tous ceux qui exagérèrent la perte subie en la personne de Hastings, c’est sans doute Marvell qui sut manier la dangereuse figure de rhétorique avec le plus de vigueur et le moins d’absurdité. Son début (son attaque pourrait-on dire) rappelle ceux de Donne par la brusquerie inspirée

Va, intercepte quelque veine liquide dont la source vierge n’ait jamais encore abreuvé la plaine. Hastings est mort, et il nous faut trouver une provision de pleurs intacts et qui n’aient jamais été pleurés. Va, place-toi entre le matin et les fleurs, et avant qu’elles ne tombent, arrête les averses matinales. Hastings est mort; et nous, inconsolés, devons avec des larmes matinales déplorer son sort matinal (22).

La pointe du dernier vers nous gâte les autres. La vision du poète entre la rosée et les fleurs méritait mieux que d'amener un jeu d’esprit sur les sens propre et figuré du mot early que nous avons traduit par matinal. Mais cette défaillance est caractéristique de l’école : tous ces poètes ont le souffle court, et quand leur effort surhumain s’affaisse, il ne reste plus que de l’affectation, emphatique chez les uns, mièvre chez les autres.

Pourtant nous ne voudrions pas terminer cette rapide esquisse de la poésie anglaise du XVII® siècle en laissant le lecteur français sous l’impression qu’il n'y saurait trouver que talents gâchés ou promesses. décevantes. Aussi irons-nous cueillir dans l’œuvre du maître quelques beaux vers encore peu connus chez nous (23), mais presque célèbres, sinon

(21) P. 00 : Blisters vith pride swell’d, which th’row ’s flesh did sprout Like Rose-buds, stuck ith’ Lily-skin about.

Each little Pimple had a tear in it, To waiïil the fault its rising did commit.

(22) V.1-8 : Go, intercept some Fountain in the Vein,

Whose Virgin-Source yet never steept the Plain. Hastings is dead, and we must fin&e a Store Of Tears untoucht, and never wept before.

Go, stand betwixt the Morning an the Flowers; And, ere they fall, arrest the early Showers. Hastings is dead; an& we, disconsolate,

With early Tears must mourn his early Fate;

(23) La Nouvelle Revue Française, tome XX (année 1923) pp. 620-0, a publié quelques traductions de Donne par Jean de Ménasce. Nous espérons que ce traducteur nous donnera un jour le choix plus large qu’il annonçait alors. — On trouvera trois pièces de Donne traduites en vers par Emile Legouis dans l'édition de 1925 de son recueil Dans les sentiers de la Renaissance anglaise. — La revue Le Navire d'argent a publié dans son premier numéro (juin 1925) la traduction en vers par Auguste Morel d’une « élégie » de Donne, la plus grossière.

CES on

toujours bien compris, en Angleterre, — par exemple le début du Bonjour :

Je me demande par ma foi ce que toi et moi

faisions avant d'aimer. (24).

— ou celui du Soleil Levant

Vieux sot affairé, soleil mal réglé,

pourquoi nous appelles-tu ainsi

à travers fenêtres et courtines ?

Tes mouvements doivent-ils précipiter les saisons des amants ? (25)

— ou celui du Point du jour (ici comme dans la scène du balcon de Roméo et Juliette V'amante cherche à retenir l’amant) :

C'est vrai, c’est le jour; qu'importe ?

O faut-il pour cela que tu me quittes ?

Devrions-nous nous lever parce que le ciel s’éclaire ?

Est-ce parce qu'il faisait nuit que nous nous sommes couchés ? (26)

— ou celui de la Canonisation (le poète s'adresse à un ami qui lui a préché une bourgeoise prudence) :

Pour l'amour de Dieu tais-toi et laisse-moi aimer (27),

— ou encore, au milieu de l’Anmiversaire, ce cri de passion dépouillée de toute afféterie

Deux tombes cacheront ton corps et le mien; S'il se pouvait que ce füt la même, la mort ne serait pas un [divorce (28), qui fait songer par avance au sonnet d’Angellier

Des marbres différents porteront sur leur lame \ Nos noms, nos tristes noms, à jamais désunis…

— ou enfin cette apostrophe à l’aimée que le poète quitte pour se rendre sur le continent, apostrophe d'autant plus saisissante qu’elle suit une comparaison curieusement artificielle entre le pleur qui reflète le cher visage et un globe géographique, et qu’elle procède de cette comparaison, mais avec quel changement de ton !

O toi, plus puissante que la Lune, n’aspire pas les mers pour me noyer dans ta sphère, ne me tue pas dans tes bras en pleurant; abstiens-toi

(24) The Gooë-morrow : I wonder by my troth, what thou, and I Did, till we lov’d ?.… (25) The Sunne Rising : Busy old foole, unruly Sunne, Why dost thou thus, Through windowes, and through curtaines call on us ? Must to thy motions lovers seasons run ?

(26) Breake of day : ’Tis true, ‘tis day : what though it be ? O wilt thou therefore rise from me?

Why shoul& we rise, because ’tis light ?

Did we lie downe, because ’twas night ?

(27) The Canonisation : For Godsake hold your tongue, and let me love. (28) The Anniversarie, v. 11-2 : Two graves must hide thine and my coarse, If one might, death were no divorce.

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