V. 624-31 : Our pleasant labour, to reform
Von flourie Arbors, yonder Allies green, Our waiks at noon, with branches overgrown, That mock: our scant manuring, and require More Hands then ours to lop their wanton growth Those Blossoms also, and those dropping Gumms, That lie bestrowne unsightly and unsmooth, Ask riédance, if we mean to tread with ease,…..
(65) Par exemple dans celle de Marveill lui-même quand il décrit les « wanton harmless folds » du Wharfe (Upon Appleton House, v. 633), peut-être aussi lorsqu'il fait du « wanton kid » une hostie acceptable à Cupidon (Young Love, v. 14). Mais le plus souvent notre poète donne à ce mot le même sens réprobateur que Milton; cf. «the wanton Mote of dust », c'est-à-dire l'homme à l'ambition exorbitante
(Upon Appleton House, v. 22); — « wanton love » pour désigner le culte de ‘Vénus Cypriote (ibid, v. 758); — «the wanton Love » opposé à la chasteté d’une vierge (The Picture of little T. C. in a Prospect of Flowers, v. 12); — « the wanton Troop-
ers » en parlant des soldats qui sans nécessité ont tué un animal inoïflfensif (The Nymbh combplaining for the death of her Faun, v. 1).
(66) The Garden, v. 49 : Here at the Fountains sliding foot.
tique comme dans le vers de Milton cité tout à l’heure, et comme dans certains passages de Marvell lui-même où celui-ci se fait austère (68). Mais voici un artifice plus raffiné encore, dont l'éloge prend toute sa valeur par sa place à la fin du poème : « l’habile jardinier » a disposé de façon à en former un cadran solaire des fleurs qui s'ouvrent et se ferment successivement, chacune à son heure de la journée. Dans une pièce de vers latins intitulée Hortus (qui est plutôt l'original que la traduction de la pièce anglaise) Marvell exprime la même admiration avec plus d’abondance
Nec tu, Opifex horti, grato sine carmine abibis Qui brevibus plantis, et lacto flore, notasti Crescentes horas, atque intervalla diei.
Sol ibi candidior fragrantia Signa pererrat; Proque truci Tauro, stricto pro forcipe Cancri, Sécuris violaeque rosaeque allabitur umbris.
Sedula quin et Apis, mellito intenta labori, Horologo sua pensa thymo Signare videtur.
Temporis O suaves lapsus ! O Otia sana !
O Herbis dignac. numerari et Floribus Horae !
Non moins factice dans un autre genre est le jardin de Fairfax à Appleton que notre poète décrit avec une souriante affection
Quand ce héros prit ici sa retraite pacifique, il ne put arrêter ses études guerrières.
I1 disposa ses jardins par jeu
à l’image exacte d’un fort
qu’il entoura de cinq bastions.. (69)
Fantaisie de vieux soldat, aussi inoffensive que celle de ce doux maniaque, l'oncle Tobie de Sterne. Mais Marvell prolonge complaisamment ce travesti militaire de la Nature par ses métaphores : les fleurs forment la garnison qui « sur le passage de son gouverneur lâche des volées odorantes » (70). Leurs salves témoignent de l’excellence de leur instruction
Bien tiré, canonniers |! suaves et sonores,
comme vos coups de feu égaux se rencontrent ! Nulle oreille ne peut distinguer leur détonation aiguë dont l'écho parvient à la vue et à l’odorat (71).
(68) Par exemple dans The Coronet, v. 22 .« My curious frame » où le mot curious implique à la fois un éloge littéraire et une condamnation morale (cf. supra). On peut rapprocher &Ge ce dernier passage le précepte des mystiques : & Relinque curiosa ».
(69) Upon Appleton House, v. 283-7 :
Who, when retired here to Peace, His warlike Studies could not cease:
But laid these Gardens out in sport In the just Figure of a Fort;
And with five Bastions it did fence….
(zo) Ibid., v. 297-8.
(71) Ibid., v. 305-8 : Well shot ye Firemen ! O how sweet,
And round your equal Fires do meet:
Whose shrill report no Ear can tell,
But Ecchoes to the Eye and smell.
Le mot shrsll semble une anticipation imaginative .de la théorie des ondes ultra-sonores.
Les deux derniers vers arrêtent l'attention du lecteur moderne; il se rappelle une stance de Shelley où les impressions visuelles et olfactives sont également transposées en termes auditifs
La jacinthe violette, et blanche et bleue,
lançait de ses clochettes un suave carillon
de musique, si délicat, doux et intense
qu'il était perçu par les sens comme un parfum (72).
Les deux poètes présentent la métaphore sans prévenir, comme l'énoncé direct d’un fait, puis donnent à l'énoncé direct du fait l'allure d’une interprétation. Le détour est aussi subtil chez le poète du XVIIe siècle que chez celui du XIX°; mais là se borne leur ressemblance. Marvell qui emploie un mètre moins ample et moins rythmé, est plus concis, plus épigrammatique. Surtout, si l’on replace chaque passage dans son contexte, on constate entre eux la différence que Coleridge et Wordsworth voient entre la fantaisie et l'imagination; de celle-ci ou plus exactement peut-être d’une sensibilité presque physique, provient l’étrangeté shelleyenne; à celle-là ressortit principalement la description du jardin d’Appleton. Continuons à citer; l'infanterie ne le cède pas en discipline à l'artillerie
Voyez; les fleurs, comme à la parade
se déploient sous leurs drapeaux;
chaque régiment pousse en ordre,
celui de la tulipe, ceux de l’œillet et de la rose (73).
- Et dans une envolée lyrique Marvell regrette le temps où sa patrie paisible était « le jardin du monde » ; alors
le jardinier tenait la place du soldat,
et traçait ses retranchements moins farouches ; la pépinière de tout ce qui verdoie
était alors le seul arsenal;
les quartiers d'hiver étaient les serres chaudes, où il transportait les plantes délicates (74).
Or, au début du même poème, Marvell nous avait présenté Appleton en CESATETNTESS:
La Nature ici est demeurée aussi libre
que si elle avait dit : « Laissez-moi faire ».
(72) The Sensitive Plant, v. 25-8 :
An@ the hyacinth purple, and white, and blue, Which flung from its bells a sweet peal anew Of music so delicate, soft, and intense, It was felt like an odour within the sense; (73) V. 309-12 : See how the Flow’rs, as at Parade, Under their Colours stand displaid Each Regiment in order grows, That of the Tulip Pink and Rose.
(74) V. 337-42 : The Gardiner had the Souldiers place, And his more gentle Forts did trace.
The Nursery of all things green Was then the only Magazeen.
The Winter Quarters were the Stoves, Where he the tender Plants removes,.
L'Art aurait avec plus d'élégance défiguré ce qu’elle a disposé de façon si suavement inculte..
Voilà qui ne s'accorde guère avec les amusements horticoles de Fairfax. Il est vrai que les deux vers suivants atténuent quelque peu la contradiction. Cette solitude, la Nature l’aménagea
en jardins odorants, bois ombreux, épais tapis d’herbe, et ruisseaux transparents (74 ?'*).
En effet l’objet présent de Marvell est d’excuser l’exiguité du manoir d’Appleton, trop petit pour contenir son maître. Aussi l'opposition qu’il établit entre l’Art et la Nature se formulerait-elle plus exactement à notre sens par les mots bâtiments et terrains. Pour le dix-septième siècle tout ce qui n’est pas de pierre taillée ou de marbre sculpté, c’est la Nature. Les sujets de Louis XIV, dès qu’ils quittent Paris et la cour, se | disent « aux champs » ou « au désert ». L'on sait de reste quel contre: | sens l’on ferait en donnant à ces expressions leur valeur moderne. De même il convient d'en rabattre sur la force du mot waste, que nous avons traduit par inculte, et aussi du mot æi/d que notre poète emploie plus d’une fois et qui a pris depuis les romantiques une telle intensité. Dans linvective du faucheur contre les jardins, les prés « distribuent à tous une innocence sauvage et parfumée » (75). La Nymphe qui se lamente sur la mort de son faon décrit ainsi sa retraite favorite
J'ai un jardin à moi,
mais si envahi par les roses
et les lis que vous le prendriez pour une petite sauvagerie (76).
Dans l’un ni l’autre de ces passages, il ne s’agit des forêts vierges ni des savanes que Chateaubriand mettra à la mode, ni des cimes alpestres qui inspireront Shelley, pas même des coteaux jurassiens où se complaira Rousseau ni des collines du pays des lacs chantées par Wordsworth. À l'examen la hardiesse de Marvell se révèle donc plus apparente que réelle. Et encore ne l’aperçoit-on que par intermittences ; souvent il se rétracte et fait amende honorable au pied de l’autel de la Règle; ainsi dans l'éloge de Marie Fairfax « qui est déjà la loi de tout son sexe — et qui inspire à son siècle un respect religieux », il nous montre « la Nature licencieuse — qui par respect pour elle, compose son main-
(74 bis) V. 75-80 : But Nature here hath been so free Âs if she said leave this to me.
Art would more neatly have defac’d What she had laid 50 sweetly wast; In fragrant Gardens, shaddy Woods, Deep Meadows, and transparent Floods.
(75) The Mower, against Gardens, v. 33-4 :
Where willing Nature does to all dispence À wild and fragrant Innocence….. (76) The Nymph…., v. 71-4 :
I have a Garden of my own, But so with Roses over grown, And Lillies, that you would it guess To be à little Wilderness.