‹ André Marvell poète, puritain, patriote 1621-1678Chapitre 25 sur 88 · PE OS RE PRE · texte numérisé non relu

PE OS RE PRE

— IOI —

TI

Ammetas.

Thus you vain Excuses find.

Which your selve and us delay And Love tyes a Womans Mind Looser then with Ropes of Hay.

IN Thestylis.

What you cannot constant hope Must be taken as you may.

Ametas.

Then let's both lay by our Rope, And go kiss within the Hay.

Dans Jeune Amour l'heptasyllabe par sa prestesse atténue ce que la sensualité un peu équivoque du thème pourrait avoir de choquant. Enfin, si dans la traduction d’un très moral chœur du Thyeste de Sénèque l’on s'étonne de rencontrer ce rythme plus allègre que sérieux, le choix du poète s'explique sans doute par le désir de conserver le plus possible le caractère lyrique de l'original. Bref Marvell a presque autant de goût pour ce mètre que le poète des Hespérides (302).

Pourtant c’est l’octosyilabe, d'un maniement plus aisé, qui reste son moyen d'expression favori, et pour mesurer la distance qui sépare sa versification moyenne des sommets de l’art il suffit de lire le Manoir d’Appleton et de relire ensuite l’Allegro et le Penseroso. Dans le diptyque miltonien on voit le complet triomphe de la concision sur la facilité tentatrice du mètre. Marvell n’atteint jamais à une pareille densité, pas même dans les Bermudes ou dans la Trop prude maîtresse. Pourtant il faut lui reconnaitre d’avoir, surtout dans cette dernière pièce, tiré de son aimable instrument des sonorités inattendues

Had we but World enough, and Time,

This coyness Lady were no crime...

My vegetable Love should grow

Vaster then Empires, and more slow...

But at my back I alwaies hear

Times winged Charriot hurrying near :

And yonder all before us lye

Desarts of vast Eternity… (303).

Presque toute la pièce serait à citer, et l’on hésiterait ensuite à dire, ce

(302) Voir Floris Delattre, op. cit p. 477. Tout le chapitre sur la métrique des Hespérides nous a été fort utile.

(303) Margoliouth dans sa note sur ce vers fait remarquer que la prononciation du XVILI: siècle lui donnait une sonorité aujourd'hui perdue. Æ devant 7 suivie d'une autre consonne avait le son a long (identique à celui de vast) : ainsi ans Eternity æt aussi dans Deserts, d’ailleurs imprimé avec un a en 1681.

qui reste pourtant la vérité globale, que Marvell a mis trop de noncha-

lance dans le choix et l’usage des mètres anglais.

Il n'a pas été plus soigneux dans sa façon de rimer. Certes il faut ici tenir très largement compte des changements survenus depuis le milieu du XVII siècle dans la prononciation anglaise. La liberté dont jouissaient alors les poètes se fondait sur la diversité de l'usage parmi les gens cultivés d’une partie à l’autre de l’Angleterre et même dans la capitale et les villes d'université. Nombre de mots qui aujourd’hui ne riment plus que pour l'œil (c’est une façon courtoise de dire qu'ils ne riment pas du tout) rimaient alors pour l'oreille de façon normale ou du moins acceptable (304). Toutes ces déductions faites la liste des rimes de Marvell auxquelles nous n'avons pu trouver de justification et qui nous semblent licencieuses demeure assez longue; hast (se hâter) avec mast (mât) ou aghast avec hast (hâte) alors que dans de nombreux attres vers hast ou des mots similaires comme wast (ceinture) et chast (chaste) riment avec des prétérits ou des participes passés comme displac’d, unlac'd, grac'd, inchas’ d, dont l’apostrogihe ne rend pas la prononciation différente de ce qu’elle est aujourd’hui; far / were, guard / sword; — theirs / hers, weigh / eye, appear / err, appear’d / heard (troupeau), sphere / there, where / austere, tear (déchirer) / sphere; — birth / forth, first / nurst, fill’ d / yield, fine (beau) / mine (le mot français, au sens d'aspect), reprives (il accorde un sursis) / lives (vies); — down (en

(304) Voir sur cette question un livre dont .il serait impertinent de notre part de faire l'éloge : Studies in English rhymes from Surrey to Pope (1923) par H. C. Wyid. Nous avons suivi aveuglément le professeur de philologie anglaise de l’université d'Oxford lorsqu'il déclare une rime légitime, encore que sa générosité nous semble parfois bien grande. Comme Marvell ne figure pas parmi les poètes qui ont fourni des exemples (il y aurait eu, à notre avis, autant de droit que Habington, Suckling et même Cowley) nous croyons qu'il ne sera pas inutile de donner ici la liste Ges rimes justifiées par Wyld qui se retrouvent dans Marvell avec l'indication de la page des Studies (ces rimes ont été relevées dans les poèmes lyriques et dans les trois poèmes décasyllabiques sur Cromwell; un certain nombre centre elles reviennent plusieurs fois) .

Pages 48-54 : speak / break, weak | break, seat / great. cheat | great, retreat / great. Au XVII* siècle tous ces mots contenaient la même voyelle, très voisine de l’é français, et qui normalement devient en anglais n'oderne celle qu’on entend dans le second mot de chaque couple.

Pages 63-7 : tears (pleurs) / bears (il porte), fear / wear, fear / bear (ours) year / bear (porter), appear / wear, appears / bears (il porte) dear / forswear; - ear/ there, appear / there, year / there, fear /there, dear/were. Ceci est un cas particulier de la règle énoncée au paragraphe précédent, l’r ne modifiant pas le son é de la voyeile.

Pages 67-70 : wan/man, wand/command, want / plant, was / grass, washt / dasht. Dans le premier mot chaque couple a possè&e aujourd’hui le son o bref; au XVII siècle il avait le même son que dans le second mot. — war / far, war / star, warr / carr, warre /are, “warrs / starrs, wars /scars, varm / arm, warm / disarm.

swarims / arms. Dans le premier mot de chaque couple a possède aujourd’hui le son o-

long ouvert (celui qu’on trouve dans boar) mais au XVIIe siècle il avait le même son a bref que dans le cas précédent.

Pages 75-82 : Love / move, Love / approve, above / move; — root / cut, bud / good, buds / woods, blood / stood, blood / wow’d, fiood / wood, floods / woods, flood / would ; — root / foot. I est difficile de dire quelle était dans chaque cas particulier la prononciation de chacun de ces mots, mais presjue tous pouvaient selon le cas prenûre les sons qu’on entend aujourd’hui dans blood, good, et root.

Pages 86-00 : sweat /great, sweat / heat, thread / lead (conduire), said / road (indicatif présent), head /lead (concuire), mead (prairie) / tread, mead (id.) / head tread / lead (conduire), heat / threat, threads (elle enfile) / beads. Dans tous ces mots. quelle que soit leur prononciation actuelle, on entendait au XVII: siècle le son (ou presque) de lé français qui a évolué normalement dans great, s’est abrégé Cans head,

et a changé complètement de valeur dans mead. — Nous ne savons si la rime-

bas) / mown, flow’rs / yours, vou /vow, flows (il coule) / lose, lose / depose, lose / dispose, poor / door, home /'womb, sconce (fort) / once (prononcé avec un o long et sans w initial), come (prononcé soit comme aujourd’hui soit avec le son ow long) / home, loves / groves, move / grove, above / Tove, stoves / removes, long / unsung, long / young, son / on, among/song, mourn/burn, turns / mourns, turn'd / mourn’d, boast / lost, broth/doth (il fait); — push /brush, push'd /rush'd, unruld / build, rul'd / build (qui peut alors rimer correctement soit avec filled comme aujourd'hui, soit avec field) (305). On trouve même de prétendues rimes dont la consonne finale n’a pas le même son : par exemple. this / is, kiss /is, converse / hers, chase (chasser) / rase (tondre), couples dont un mot contient une s dure et l’autre une s douce; l'œil dans ces cas-là est du moins satisfait mais voici qui montre Marvell en flagrant délit d’assonance : sigh'd / night (306).

Dans une rime anglaise il faut considérer, outre la quantité et la qualité des voyelles et la qualité des consonnes, l’accent qui joue un rôle prépondérant. Les deux syllabes qui se font écho doivent porter un accent égal, et normalement cet accent est dans les deux cas l’accent principal, sinon unique, du mot auquel chacune appartient. Faire rimer deux accents secondaires, c’est énerver la versification; Marvell, pour lui rendre justice, ne le fait que rarement; nous relevons turnaments / ornaments, enemy / harmony dans les poésies lyriques, wood-leviathans / hurricans et conspiracies / prophecies dans un poème sur Cromwell.

knecd / fed (The Mower against Gardens, v. 7-8) s'explique ainsi ou si la voyelle était alors brève dans les deux mots (p. 92). En tout cas c’est ainsi qu'il faut prononcer les rimes confess / peace et bless / race. .

Page 105 : are/ care, are / fair, are / hair, are / pray’r, où le pluriel de l'indicatif présent du verbe être provient @’une forme accentuée et a le son de l’é français comme le second mot de chaque couple.

Page 106 : have / slave, have / gave, have / crave; — hath / faith. L’explication et la prononciation sont les n'èmes pour have que pour are. —

Ibid. : shall / all. L'’explication est la même que pour are et have, et la prononciation était celle de all.

Page 107 : do/go (Thyrsis, v. 3-4), do / Know (Nymbh, v. 29-30, Appleton, V. 2309-40, Horatian Ode, v. 75-6), do / show (Appleton, v. 459-60), do / flow (First Song, . V. 17-8); — to (préposition) / go (Nvmph, v. 105-6).Dans toutes ces rimes do et to avaient le son o long de go etc. Nous avons donné les références parce que Wyl& n'a trouvé qu’un seul exemple, dans Pope (do / show).

Page 117 : become / tomb, come / room. Le verbe to come et ses dérivés avaient fréquemment le son ox long. à

Page 126 : one / alone, none / shown. One et ses dérivés conservaient encore leur vieille “prononciation avec o long et sans &w initial.

Pages 121 et 127 : none / gone; Vo était long dans ces deux mots.

Page 128 : poures (il verse) / showers. Le prenier mot était alors prononcé avec une diphtongue comme l’est encore le nom de la rivière Siour.

Page 132 : wound (blessure et blesser) rime avec found, crown'd, drown’d, coipound, et wounds avec rebounds. La diphtongue aow s'entendait alors couramment dans la prononciation du nom et du verbe.

Enfin voici &eux rimes qui sont devenues de simples assonances parce qu’une consonne muette au XVII° siècle, est de nouveau prononcée aujourd’hui : clothes / compose et bemoan / stoln. Clothes, nous dit Wyld (p. 116) se prononçait clôs. Quant à stoln (Appleton, v. 268) nous l’interprétons par l’analogie avec swolne (swollen) que Surrey fait rimer avec bemoan (Wyld, p. 114).

(305) Comme il le fait dans Marvell lui-même. — Cf. Wyld, p. 103.

(306) Dans ce relevé nous avons fait figurer toutes les rimes dont nous n'avons pas trouvé la justification dans Wyld, mais certaines sont fréquentes chez les contemporains de Marvell, par exemple les types door / poor et is /this; cette dernière rime se justifie peut-être historiquement (voir N. E. D. s. v. be).

C’est peu, et Waller dans son recueil de 1645 a aussi deux de ces rimes ; mais ce que l’on rencontre constamment, ce sont deux syllabes rimant en-

semble et dont l’une porte un accent principal, l’autre un accent secondaire. Dans bien des cas d’ailleurs cet accent secondaire n’a pas d’existence propre; c’est une création du rythme métrique qui ne s’entend pas dans la prononciation courante. Il n’est guère de poëte anglais qui n'ait usé à l’occasion de cette licence et certains en ont tiré de charmants effets de variété, atténuant ce que la rime ordinaire a d’un peu brutal; mais Marvell en abuse; dans ses poésies lyriques une rime sur douze en moyenne appartient à cette catégorie alors que dans l'Allegro et le Penseroso la proportion, déjà forte, ne dépasse pas une pour vingt et que dans Waller elle est de l’ordre du cinquantième (307). Non seulement le poète fait violence à l’accentuation normale mais il attribue aux voyelles ainsi mises en relief une valeur souvent arbitraire. D'une rime acceptable comme frustrating / king, on passe à survives / Donatives, lye / Eternity, try / virginity, seas / deluges, wear / executioner, war / Oliver, home / Elizium (alors qu'un peu plus loin Elizium rime de façon moins étrange avec come), will / Pinacle / still. Parfois

les négligences se succèdent sans arrêt comme dans tel huitain du Manoir

d’Appleton (le XXXI°) :

Is not this he whose Offspring fierce Shall fight through all the Universe;

And with successive Valour try

France, Poland, either Germany;

Till one, as long since prophecy’d,

His Horse through conquer’d Britain ride ?

Yet, against Fate, his Spouse they kept; And the great Race would intercept.

La dernière rime sauve l'honneur, mais il était temps.

Il est curieux que Marvell, si libre sur le chapitre de l’accentuation, ait accepté sur d’autres les contraintes imposées par l’école classique. La rime féminine n'apparaît que trois fois dans son œuvre lyrique (il n’y a pas lieu de tenir compte de couples comme power / shower, given / Heaven, où chaque mot compte pour une seule syllabe ainsi que l’apostrophe le montre souvent, sinon toujours) : Roses / incloses (398), italianated / translated (309), strongest / longest (310). C’est tout, alors que l’Allegro et le Penseroso à eux seuls renferment une dizaine de rimes féminines. Même Herrick, déjà plus retenu en ceci que les élisa- . béthains, fournit une proportion bien plus élevée que Marvell (311). Il

(307) Nous avons relevé 21 exemples dans le recueil de 1645, contre 1o1 dars les vers lyriques de Marvell.

(308) À Drop of Dew, v. 3-6.

(309) To... Doctor Witty…, v. 23-4.

(310) Premier des Two Songs at the Marriage, v. 33-4. — Poscher, op. cit, p. 142, cite cet exemple de rime féminine et déclare qu’il n’y en a pas d’autre dans les poésies lyriques, en quoi il se trompe. Son étude de la versification de Marvell, quoiqu’elle soit la partie la plus nouvelle et la plus précise de son livre, renferme bien des inexactitudes et des erreurs d'interprétation. On peut même se demander parfois

s’il lisait correctement les vers de notre poète. Nous l'avons donc laissé de côté pour

nous servir uniquement &u texte de Marvell.

(311) Voir Delattre, op. cit., p. 474.

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