‹ André Marvell poète, puritain, patriote 1621-1678Chapitre 29 sur 88 · PS SA PE PE TT SE · texte numérisé non relu

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qu'aucun arbre ne pourrait jamais en porter deux fois.

De cèdres choisis par sa main

dans le Liban il fournit cette terre,

et fait par les flots caverneux qui rugissent

proclamer la présence sur le rivage de l’ambre gris.

Il jeta (ce dont nous nous vantons à meilleur titre)

la perle de l'Evangile sur notre côte,

et dans ces rochers forma pour nous

un temple où faire résonner son nom.

Oh ! que notre voix exalte sa louange

tant qu’elle arrive à la voûte céleste;

et de à peut-être rebondissant, trouve

un écho au dela du golfe du Mexique » (46).

Ainsi chantaient-ils dans le bateau anglais

un chant sacré et joyeux,

et tout le long du chemin pour guider leur carillon

avec leur aviron ils battaient la mesure.

Le iccteur sent à quel point la réalité s’embellit sur les lèvres du poète. L'aventure de Jean Oxenbridge s’est élargie jusqu’à comprendre Fexode de tous les puritains partis sous les règnes de Jacques I” et de son fils pour la Nouvelle-Angleterre (47). L'ile déchirée par des querelles semblables à celles de la métropole, mais mesquines à proportion de son exiguité, devient une terre d’utopie — telle la république d'Oceana au’un ami de Marvell va bientôt créer (48), — avec des souvenirs de l’âge d’or où

Fundit humo facilem victum justissima Tellus (40).

Qui a accompli cette métamorphose : le fanatique aveugle et sourd aux protestations de la faiblesse humaine, ou le poète rêveur pour qui les faits n’ont qu’une valeur symbolique ? Du moins le poème des Bermudes ermprisonne-t-il dans son cristal coloré la légende de l’émigration puritaine.

Mais Marvell était trop souple et trop libre pour se complaire sans arrêt dans la compagnie d'Oxenbridge. Il trouva le complément indispensable dans la personne de Jean Hales, témoin « éternellement mémorable » de l'effort de l’anglicanisme vers une forme plus large et plus charitable. La longue carrière de cet homme d’étude alors septuagénaire avait commencé quarante-cinq ans plus tôt au synode de Dort où les arminiens furent écrasés sous le nombre plutôt que sous les raisons. Hales en quittant Dort avait « dit à Calvin un éternel adieu ». Maïs à la différence des autres ecclésiastiques protégés par Laud, il avait vu dans la doctrine d’Arminius et de Grotius non une orthodoxie oppres-

(46) C'est-à-dire chez les papistes et les paiens des colonies espagnoles.

(47) D'après Lefroy, op. cit, I, x1, il n’y eut pas d’émigration puritaine aux Bermudes, sauf peut-être pendant cing ans (1633-8) pour lesquels les renseignentents font défaut. En 1634 la discipline anglicane y était strictement observée. — Pourtant Aïtken I, 203, dit que la liberté du culte y était reconnue.

(48) Jean Harrington (voir infra, chap. V).

(49) Lefroy, op. cit., I, vir, dit que les ressources naturelles des îles, fort maigres,

avaient vite été épuisées.

sive mais un effort de libération. Remontant plus loin il avait trouvé son inspiration, disaient ses ennemis, dans les œuvres de Socinus, esprit novateur dont l'influence agissait obscurément au sein du catholicisme comme de toutes les communautés protestantes. La hardiesse de Hales, dans un traité encore inédit Du schisme et des schismatiques, inquiéta Laud qui fit venir l’auteur, le sermonna et finalement se l’attacha comme aumônier. À travers des rapports contradictoires et partiaux on ne saurait voir aujourd’hui si Hales intimidé par Laud se rétracta ou s’il réussit à convaincre l'archevêque de son orthodoxie. Quand la presse devint libre pour un temps le traité parut anonymement et peut-être contre la volonté de l’auteur (50). L'idée essentielle en est que l’on a abusé de l'accusation de schisme, que les vrais schismatiques ne sont pas ceux qui sortent de l’église pour une juste cause, mais ceux qui veulent obliger leurs frères spirituels à agir contre leur conscience; que bien souvent l’opiniâtreté et la futilité sont égales dans les deux camps et qu'alors ils méritent également le reproche de schisme. Fortement raisonné, écrit dans un style sobre et concentré, avec çà et là quelques images saisissantes, ce traité de seize: pages alimenta les controverses de toute une génération. Nous verrons Marvell le transcrire presque en entier dans un de ses propres ouvrages, consacré à la défense de la liberté religieuse (51). Mais cette influence de Hales ne s'était pas exercée seulement par la parole écrite. « Je considère, dira Marvell, comme un grand honneur d’avoir fait connaissance avec lui, et conversé avec les restes vivants de l’une des têtes les plus lucides et de l’un des cœurs les mieux préparés que renfermât la chrétienté » (52).

Quand le poète rencontra le théologien celui-ci s’acheminait à travers de dures épreuves vers le terme de sa longue existence. Le parlement l'avait chassé des deux bénéfices qu’il occupait avant la guerre civile celui d’agrégé au collège d’Eton et celui de chanoine de Windsor. Ré-

duit à la misère, il avait été contraint à vendre pour 700 livres sterling

sa bibliothèque qui lui en avait coûté 2.500. Mais n'’était-il pas lui-même

« une bibliothèque ambulante », car s’il écrivait peu il lisait sans cesse

et sa mémoire était prodigieuse ? D’une charité qui ne comptait jamais, il eut vite dépensé le produit de ce sacrifice, moins pour son propre entretien que pour secourir d’autres infortunes. Il accepta alors « un salaire de 25 livres par an avec la nourriture dans la famille d’une certaine dame Salter (sœur du Docteur Duppa, évêque de Salisbury), qui vivait

près d’Eton, à charge d’instruire son fils, Guillaume Salter; mais comme. celui-ci avait la tête dure [he being blockish| Hales ne put rien faire de:

lui ». Une proclamation du parlement qui interdisait de donner refuge aux « gens malintentionnés », c’est-à-dire aux royalistes notoires, l’en-

leva à son ingrate besogne malgré les efforts de Madame Salter pour le garder. « Se retirant à Eton, il prit quartier dans une maison, voi-

(50) À tract concerning Schisme and Schismaticks. Whcrein is briefly discovered the original causes Tsic] of all Schisme. — Written by a learned and judicious divine. London, Printed for KR. B. 1642.

(51) The Rehearsal transprosed (Grosart, III, 126-130).

(52) Tbid., p. 126 : & I account it no small honour to have grown up into some-

part of his acquaintance, and convers’d a while with the living remains of one of the clearest heads and best-prepared breasts in Christendom. »

uchésdti os. dodo éd it

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