‹ André Marvell poète, puritain, patriote 1621-1678Chapitre 37 sur 88 · HP · texte numérisé non relu

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vell la laissât passer de ruiner définitivement le ministre déchu dans l'esprit du monarque (147).

La quasi-unanimité de la Chambre dura jusqu’à l'acte de bannissement contre Clarendon, acte auquel le roi donna sa sanction le 16 décembre. Le même, jour le Parlement fut ajourné pour sept semaines. Quand il se réunit le 6 février 1667/8, les dissensions commencèrent entre les vainqueurs. De nombreux députés considéraient que certains ministres partageaient avec l’ex-chancelier la responsabilité des revers navals, et que le fait d’avoir trahi leur chef au dernier moment ne leur avait pas mérité le pardon. Dans les Dernières instructions (v. 933), Marvell invite déjà le roi à se méfier d’Arlington, secrétaire d'état et rival pour le moment de Buckingham dans la faveur royale. Le 15 février 1667/8, alors que la Chambre discutait sur l'insuffisance du service de renseignements pendant la guerre récente, et particulièrement sur l'ignorance où les forces anglaises avaient été laissées des mouvements des flottes hollandaise et française en 1666, « Monsieur Marvell, faisant allusion au baron Arlington, dit avec une certaine véhémence : « Nous avons eu comme secrétaires d'état des Bristols et des Cecils (148), et par eux nous avons su les délibérations du conseil privé espagnol, et intercepté les lettres du cabinet pontifical; et maintenant quel étrange tableau ! Les sommes allouées au service de renseignements si faibles, les renseignements en conséquence — un désir libidineux d'occuper les grands emplois persuade aux gens qu’ils sont capables de les remplir. — La place de secrétaire d'état est un bien mal acquis, quand on l’a payée

Mr. Seymor procuced Sir Jo. Denhar: and Sir Jo. Denham he affirmed that he had [them] from another who would justifie that the Chanceller sayd so and made a moste rationall and excellent speech. It is sayd that the Chaunceller spake these words in France before that the King was restored ». — The Proccedings semble déformer un peu le rôle &e Marvell en lui prêétant une animosité contre Seymour qu’il ne ressentait pas encore à cette date, mais sans doute n'y a-t-il là qu’une négligence de rédaction; pour le reste cette troisième version confirme les deux précédentes et nous donne la conclusion du débat (d’ailleurs implicitement annoncée @ans la remarque finale de Milward) : « Upon debate it appearing probable that these words were spoken before the Act of Oblivion, it passed over ». Marvell ne devait-il pas à l’amnistie plus que Clarencon ?

(147) Le Roi lui-même d’après Pepys (à la date du 11 novenibre 1667) avait le bon sens et la justice de ne pas incriminer Clarendon de ce chef; quand un courtisan vint lui répéter le propos attribué à l’ex-chancelier il répondit que celui-ci le lui avait tenu en face vingt fois et tout récemment encore, et tourna la chose en plaisanterie. Pourtant, conclut Pepys, il risque den cuire à Clarendon.

(148) Les Cecils sont évidemment les deux secrétaires d’état d’Elisabeth, le père et le fils, mais l’allusion aux Bristols surprend davantage; heureusement un passage du dernier pamphlet de Marvell, An Account of the Growth of Popery (Grosart, IV, 366) répète la même anecdote en précisant qu’il s’agit de Georges Digby, fait comte de Bristol par Jacques 1° et qui fut longtemps ambassadeur à Madrid; à vrai dire il ne devint jamais secrétaire d’état mais le pluriel indique sans doute que Marvell l’unit dans sa pensée à son fils, le deuxième comte de Bristol qui fut secrétaire d'état de Charles 1° pendant la guerre civile, puis (nominalement) de Charles II pendant son exil. Ce personnage brillant mais fantasque a pu exercer sur Marvell une certaine fascination; peut-être avaient-ils fait connaissance lorsque le député de Hull au partemnt-convention était membre d’une commission élue le 20 août 1660 et chargée « to consider reparation to the Earl of Bristol out of the lands of Carew Raleigh ». [Cowmons Journal]. En tout cas Clarindon's House-Warming (v. 77-8) exprime la sympathie de Marvell pour la tentative malheureuse, que fit Bristol en 1663, de mise en accusation du chancelier, et The Last Instructions (v. 033) reproche à Arlington d’avoir trahi « son maitre Bristol ». — Enfin dans la lettre du 13 novembre 1660 au maire de Hull Marvell note que seul parmi les Pairs Bristol a voté pour un projet de loi que leur envoyai-nt les Communes,

de 10.000 livres sterling et d’une baronnie ». Invité à s'expliquer il répondit « que la notoriété du fait rendait toutes explications inutiles >» (149). Ce discours, en dépit du caractère pour nous énigmatique de l’allusion finale, possède l'intérêt de nous montrer chez Marvell orateur parlementaire une impétuosité contenue le plus souvent dans un silence prudent. [l parlait assez rarement, mais quand il parlait, il n’était pas tout à fait maître de ses paroles, et sans doute l’un explique-t-il l’autre (150). Toujours est-il que Pepys témoigne du bruit qu’a fait

(149) Les sources pour ce discours sont : (1) Grey, ut supra, I, 70, qui donne le résumé le plus complet et dont nous avons traduit le passage intégralement dans notre récit &@e la séance; — (2) Milward, ut supra, f. 58, qui est beaucoup plus succinct € Mr. Marvin made a moste sharpe speech against some of the councell and especially hinted at the Lord Arxlington as that he had got 1000 1. and a barrony »; — (3) Pepys, dans son journal à la date du 17 février : « I to Westminster Hall. and there in general Ï hear of the great high words that were in the House on Saturcay last, upon the first part of the Committee’s report about the dividing of the fleete.. and the King's bad intelligence was mentioned, wherein they were bitter against my Lord Arlington, saying among other things, that whatever Morrice’s was, who declared he had but 750 1. st. a year allowed him: for intelligence, the King paid too dear for my Lor& Arlington’s, in giving him 10.000 1. st. and a barony for it. ». On voit que les trois versions s'accordent à peu près sur les paroles prononcées par Marvell, mais elles diffèrent sur la date. Grey's debates place ce discours le vendredi 14 février, Milwar& et Pepys le samedi 15; nous avons suivi la majorité ici comme pour le discours contre Clarendon; d’ailleurs l'erreur peut venir non de Grey mais de celui qui publia ses notes au XVIII® siècle; il semble même qu'il y ait eu interVersion, car Grey's debates, I, 79, place le 15 février le discours de Morrice, secrétaire d'état concurremment avec ÂArlington (ce dernier en sa qualité de Pair ne pouvait parler aux Communes), où les mauvais renseignements fournis à la flotte anglaise sont attribués à la faiblesse des crédits, discours que Pepys rapporte le 14 comme avant été prononcé le même jour (il le tient de son cousin Roger Pepys, député aux Communes).

Pour claire qu’elle parüt à Marvell l’allusion finale de son discours semble obscure aujourd'hui; Milward et Pepys ont probablement compris qu'il s'agissait d'argent et d’un titre donnés par le Roi à Arlington pour lui-même, mais Grey indique une autre explication : « The place of secretary ill gotten, when bought with 10.000 1. and a barony » signifiérait qu'Arlington aurait conclu un marché avec son prédécesseur Nicholas pour obtenir la démission de celui-ci selon l’usage du temps. En réalité Nicholas avait refusé le titre et reçu l'argent du Roi lui-même; dans un certain sens le Roi avait &onc acheté la charge de secrétaire d’état à Nicholas pour en faire cadeau à Arlington et l’on pouvait dire qu’il payait trop cher les services de celui-ci.

(150) En 1673 Gregory, Father-Greybeard, pp. 140-5, contiendra un discours burlesque que Marvell sera censé prononcer à la Chambre et qui commencera ainsi « Mr. Speaker — I, that spoke here but once before, — Must now speak, though Ï ne’er speak more » (il y a là une exagération certaine du silence de Marvell). L'Orateur demande à Marvell de prêter serment en baisant la Bible : l’ancien secrétaire de Cromwell s’y refuse, tient des propos séditieux, est traduit à la barre de la Chambre. — La même année Parker dans sa Reproof, pp. 402-5 et 521-5, imagine deux Giscours burlesques de Marvell; en tête du second il donne des conseils au député sur la façon de se présenter à la Chambre : « First you must rise up and take out your watch (if it be not at pawn...) and though it do not go or be down, yet look on’t in the first place however, not transiently but stay your eye upon it till you cannot longer do it handsomely without too apparent Prostitution of your design, then combing your wigg shake it with a grace, make up your mouth between a smile and a simper, look upon the presence with some pity but more scorn. And then begin, Mr. Speaker, and there pause again, for it becomes you to seem modest at first. ». Ce croquis semble pure fantaisie. Dans l'ouvrage posthume déjà cité, Reverendi admodum.…. p. 277, Parker revient sur ce sujet et préten& que les orateurs de l’opposition en général et Marvell en particulier étaient peu dangereux parce que la Chambre les méprisait : & iis enim vix unquam loqui sine sibilis permissum: est, neque ipsi poetae nostro sine verberibus. Quà causà crebro vapulars tan@em tacere didicit ;.. ». — Un autre pamphlet de la même année que la Reproof, À common-place-book out of the Rehearsal Transpros'd (voir bibliographie n° 46) pp. 12 et 21, représente au contraire Marvell comme « the most... exact orator » des cissidents et explique ironiquement la redondance de son style par l'habitude « to manage a Parliament debate till three in the afternoon, in spight to 2 dinner bespoke at the Cock… ».

l'invective de Marvell (151) et qu'Arlington y attacha quelque importance, car il la mentionne dans une lettre écrite le surlendemain au représentant anglais à La Haye, le baronnet Guillaume Temple : « Je laisse à vos autres correspondants le soin de vous dire les votes émis, mais ne puis m'abstenir de vous informer que M. Marvell m'a attaqué au sujet des renseignements, vigoureusement quoique sans succès jusqu'ici, du moins pour ce qui est de me faire du tort. Aujourd’hui il m'a donné occasion de lui pardonner, en étant le premier à proposer, au milieu de cette enquête, la prise en considération du discours du Trône, ce qui amena la décision d’agir ainsi mercredi matin [c’est-à-dire le surlendemain 19 février] » (152). Il est à peine besoin de dire que ce discours de Charles II, comme presque tous ceux de ce monarque, exposait de façon pitoyable sa détresse financière et suppliait les loyales Communes d'y remédier sans retard. Celles-ci faisaient la sourde oreille, et parlaient d'autre chose. Aussi le député qui les ramenait à ce sujet douloureux méritait-il la reconnaissance. du gouvernement. Marvell s’était-il aperçu qu'il avait été trop loin et cherchait-il à réparer son imprudence ? Ce n'est pas impossible; mais on peut trouver à sa conduite un autre motif plus honorable : le discours du Trône touchait aussi à la question religieuse, et recommandait la tolérance. Or, quelque patriotique rancune que conservât Marvell contre les responsables du mauvais succès des armes anglaises, la guerre navale appartenait au passé, et le cédait dans ses préoccupations au souci très actuel d'améliorer le sort des non-conformistes (153).

De 1668 au début de 1672 la vie politique de Marvell ne renferme aucun évènement, ni même aucun incident personnel de quelque importance, et sa production littéraire ne pèse pas lourd. Quant à la vie nationale dans son ensemble elle nous paraît pendant ces quatre années

(151) Voir l’avant-dernière note, — Pepys, a-t-on dit, ne nomme jamais Marvell; c'est exact mais dans le passage que nous avons cité l’impersonnel « they » cache notre poète. — D'ailleurs le journal de Pepys s'arrête en 1669 et Marvell n’atteint la notoriété «qu'en 1672.

(1x52) Arlington’s letters to Sir W. Temple, collected by Tho. Bebington, (1701) p. 226 (signalé par Firth dans le D. N. B., vie de Marveli). — Cf. Pepys, le 14 février 1667/8 : & whereas they [the House of Commons] ordered [i. e. had previously ordered] that the King's speech should be considered to-&ay, they took no notice of it at all, but are really come to despise the King in all possible way of showing it ». Ces mots montrent la valeur du’ service rendu par Marvell au Roi et à ses ministres trois jours plus tard. — I] est caractéristique de la: correspondance de Marvell avec ses électeurs que sa lettre du 15 février ne fasse pas la moindre allusion à son discours.

(153) Noter pourtant ue Marvell parla encore le 21 février 1667/8 au cours d'une discussion sur le paiement des soldes des marins par de simples tickets au lieu de numéraite (c'était l’une des causes du mécontentement qui avait amené la désertion dans les équipages anglais; voir The Last Instructions, v. 583-4, 601-4, 777). Il insista pour découvrir les vrais coupables (Milward. ut supra, fol. 62) : « Mr. Marvin sait that although the officers [Pett, Pepys, etc.] upon hearing may clear themselves, yet it was requisit that they should be desired to inform the house where the fauit was, for there is no question, but that they are able to do it ».

aussi stérile que confuse. Néanmoins ce laps de temps prend un certain intérét pour ke biographe comme pour l'historien quand on y voit la préparation des grandes luttes de 1672 et 1673, luttes qui stimuleront audelà de toute attente l’écrivain chez Marvell.

La paix règne en Europe depuis le traité d’Aix-la-Chapelle (mai 1668), mais dans le plus grand secret le Roi Très-Chrétien prépare la guerre contre les Provinces-Unies, coupables d’avoir rejeté son amitié en limitant ses conquêtes dans les Pays-Bas espagnols. Henriette d’Angleterre, duchesse d'Orléans, sœur de Charles II et belle-sœur de Louis XIV, négocie entre ces deux souverains le traité secret de Douvres (22 mai/1% juin 1670) par lequel ils se partagent d'avance les territoires et les possessions néerlandaises. Pour apprécier la perfidie du roi d'Angleterre il faut se rappeler qu’il continue officiellement à faire partie de la Triple-Alliance organisée par Jean de Witt au début de 1668 en vue de contrecarrer les ambitieux projets de la France. C’est contre notre pays que le Parlement anglais vote des subsides destinés à l’équipement d’une flotte, et c'est contre la Hollande alliée que Charles IT a promis à Louis XIV d'employer cette flotte. L'opinion anglaise (154) ne laisse pas d’avoir quelques soupçons bien que la vérité lui soit cachée avec soin. Dès le 14 avril 1670 Marvell annonçait à son neveu la visite de Madame et prévoyait « des conseils de famille » qui évidemment ne lui disaient rien de bon.

Mais la politique extérieure, pour le député de Hull comme pour la grande masse de ses concitoyens, présente un intérêt moins passionnant que la politique intérieure, dominée par les problèmes religieux. Le Roi, de façon bien hésitante il est vrai, essaie d’obtenir des Chambres (155) quelques mesures pacificatrices, celles-là même qu'il a promises à Bréda dès 1660. Le Parlement-Cavalier dans sa majorité reste fidèle sur ce point à l'esprit de Clarendon. Il repousse avec la même aversion les deux solutions envisagées et qui d’ailleurs se complètent l’une l’autre. À l’intérieur de l’Eglise établie, des concessions sur le rituel qui laissent aux membres du clergé et aux fidèles une certaine latitude individuelle ; c’est l’apaisement ou compréhension [composure] qui satisfera les presbytériens modérés. En dehors de l'Eglise, pour les sectes qu’on ne peut espérer faire rentrer dans son sein, une tolérance [indulgence] qui rendra possible l’exercice du culte et supprimera les peines de toute sorte dont la loi accable les dissidents. Dans le conflit tantôt latent, tantôt déclaré qui oppose sur ces deux points le Roi et les Communes, les sympathies de Marvell vont nettement du côté de Charles II. Nous avons dit tout à l’heure l'accueil fait par le député de Hull à un discours du trône qui préconisait l’apaisement. Contre son habitude il laisse voir

(154) Déjà inquiète de la grandeur de Louis XIV et particulièrement de l'œuvre de Colbert. Dès 1669 celui-ci parle de « la jalousie que les Anglais conçoivent de l'augmentation &e la marine du Roi de France ». (Cité par Lavisse, Histoire de France, tome VII, vol. I. p. 254). HA

(155) La septième session se termina le 9 mai 1668. La huitième dura du 19 octobre 1669 au 11 décembre de la même année; la neuvième du 14 février 1669 au 22 avril 1671 (mais du 11 avril au 24 octobre 1670 les séances avaient été interrompues par un ajournement); la dixième devait commencer le 4 février 1672/3. On voit que pendant les quatre années 1669-72 le parlement siégea effectivement dix mois à peine.

à ses électeurs ses préférences en la matière (156), et quand il écrit à son neveu il exprime sans détours son opinion sur la rage persécutrice de ses collègues : « Le terrible projet de loi contre les conventicules [des dissidents] a été envoyé à la Chambre des Pairs… Ceux-ci [plus libéraux que les Communes] font des changements considérables à ce projet qui, tel que nous le leur avons envoyé, est la duintessence de la méchanceté et de l'arbitraire [the Quintessence of arbitrary Malice] ; ils siègent des jours entiers et cependant n’avancent que pouce par pouce... Aussi le sort du projet est-il incertain; mais le projet passera sans doute, car c’est le prix de l’argent » (lettre du 21 mars 1669/70). On voit que si Marvell déteste l'intolérance sincère des Communes il méprise à juste titre le Roi qui, tolérant lui-même, leur vend le pouvoir d’assouvir leur haine (157). D'autre part cette Chambre si intraitable quand il s’agit de traquer les non-conformistes se montre servile pour tout le reste. Ainsi s'expliquent les expressions de découragement que l’on rencontre de temps à autre dans les lettres privées, par exemple à la fin de celle dont nous venons de citer un passage : « C’est aussi mon opinion que le Roi depuis son retour, bien plus, qu'aucun roi depuis la conquête normande, n’a jamais été aussi absolument puissant à l'intérieur qu’ il [Charles II] l’est aujourd’hui, et que jamais le Parlement ni les fonctions publiques n’ont été recrutés aussi certainement ni aussi constamment parmi des hommes disposés à tout supporter (158). Dans une telle conjoncture. quelle probabilité y a-t-il que je fasse quoi que ce soit d’utile [fo the purpose] ? ». Quelques semaines plus tard, à propos du Parlement : « Nous sommes tous des couards vénaux, sauf un petit nombre » (159). Un an après : « Le roi de France est à Dunkerque. Nous n’avons pas de flotte en mer quoique nous ayons donné un subside évalué à huit cent mille livres sterling pour cet objet. Je crois, à vrai dire, qu’il ne fera aucune tentative contre nous, mais nous laissera mourir de mort naturelle. Car en vérité jamais pauvre nation n’a eu tant de maladies compliquées, mortelles, incurables » (160). Trois ou quatre mois s’écoulent encore; le Roi de nouveau a demandé de l'argent pour payer ses dettes, et la Chambre sait fort bien que les sommes votées iront à d’autres usages : « Néanmoins le nombre des courtisans inébranlables fut tellement accru par les patriotes renégats, que l’on acheta pour l’occasion, les uns six, d’autres dix, et l’un même quinze mille

(156) Lettre &u 29 février 1667/8 : « I hope [the debate] will tend towards ‘that composure which his Majesty recommended to us ». Voir aussi la lettre du 26 novembre 1670 : «a very good thing. an universall act of Grace from his Majesty ». © (157) Il vendait aussi la tolérance aux dissidents; voir la lettre à Guillaume Popple du 28 novembre 1670. D’après cette même lettre les persécuteurs réussissaient parfois à alarmer sérieusement le Roi et à obtenir de lui des mesures de police rigoureuses et même arbitraires, par exemple l'arrestation de Hays et de Jekill en faveur de qui Marvell parla à la Chambre le 21 novembre 1670 (signalé par Margoliouth, II, ‘338, d’après Grey's debates).

(158) « Nor any Parliament, or Places, so certainly and constantly supplyed with Men of the same Temper ». Pour ce qui est du parlement Marvell paraît faire allusion aux résultats des élections partielles; à partir de 1673 celles-ci semblent être devenues beauconp moins favorables au gouvernement.

(159) Lettre à Popple du 14 avril 1670 : « The Parliament was never so embarrassed, beyond Recovery. We are all venal Cowards, except some few ».

(x60) Lettre à Popple, non datée, mais le Roi de France arriva à Dunkerque le 22 avril 1671.

livres sterling en espèces, outre les places, les terres, les survivances données à d’autres, que seule la miséricorde divine les a pu empêcher de livrer au Roi tout le sol et toute la liberté de l’Angleterre » (161). Ces renégats, ce sont ceux qui ont lutté avec Marvell contre Clarendon et dont il a célébré les exploits dans ses Dernières instructions à un peintre. Dans l'opposition ils se donnaient le nom de patriotes, qui s’opposait alors à celui de courtisan, comme chez nous au début de la Révolution. L’amertume du député de Hull vient de la débandade de ce « parti national » (162) où l’on peut voir une première ébauche du parti whig; il exprime son indignation en vers dans le Nouvel avis à un peintre de 1670/1 (163).

Toutefois il convient de ne pas attacher trop d'importance aux accès de pessimisme ni aux boutades, parfois assaisonnées d’une pointe d'humour, de notre poète. Il suffit que son aversion pour les prêtres et surtout les évêques anglicans trouve une occasion de s’exhaler pour qu’il reprenne la plume avec joie, car il est aussi prompt à espérer qu’à désespérer. Voici que le Roi, secondé par son ministre pour les affaires d’Ecosse, le comte de Lauderdale, essaie d’enrayer la persécution dirigée contre les presbytériens, ou covenantaires, par l’archevêque de Glasgow, Alexandre Burnet, homme honnête et courageux, mais fanatique et borné. En même temps Charles II se montre très désireux de transformer l’union personnelle de l’Angleterre et de l’Ecosse en union complète; c’est le projet qui aboutira en 1707, mais vers 1670 l’opinion publique anglaise n’est pas müre pour la réalisation de cette idée. Marvell, entièrement d’accord sur ce point avec le Roi et passant par-dessus la méfiance et le mépris que lui inspire Lauderdale, tente de convertir ses compatriotes au projet d'union : il écrit Le Fidèle Ecossais, où il rend responsable de l’hostilité prolongée entre les deux nations le clergé épiscopalien ardent à réduire la citadelle du système presbytérien. Il se laisse entraîner à une interminable digression dans laquelle il passe en revue tous les vices, tous les crimes réels ou imaginaires des prélats et nommément de leur chef, l’archevêque de Canterbury, Gilbert Sheldon. Puis il revient à son sujet pour faire du Joyeux Monarque un panégyrique exalté

Un seul Roi, une seule foi, une seule langue et une seule île, font qu'Anglais et Ecossais, ce sont les deux côtés d’une même [médaille.

(161) Lettre du 9 août 1671 à un ami qui habitait la Perse : & Nevertheless such was the Number of the constant Courtiers, increased by the Apostate Patriots, who were bought off, for that Turn, some at six, others ten, one at fifteen, thousanc Pounds in Mony, besides what offices, Lands, and Reversions, to others, that it is a Mercy they gave not away the whole Lanc, and Liberty, of England ».

(162) « country party ». Marvell emploie cette expression dans An Account of the Growth. 1677 (Grosart, IV, 329) bien que le premier exemple cité par le N.E. D.

soit de 1735-8. — Cf. The Last Instructions, v. 107, où € Country » tout seul a le même sens. $ $ 1 ô (163) Further Advice to a Painter, v. 47-64, — si cette satire lui appartient, ce

qui est vraisemblable mais nullement certain. Encore plus douteuse est l'attribution à notre poète de The Kings Vowes (mai 1670) et de Nostradamus s Prophecy (janvier 1671/2). Aussi ne faisons-nous usage ici que d’une seule satire de Marvell écrite entre 1668 et 1673. The Loyall Scott, et renvoyons-nous une fois pour toutes le lecteur au chap. VI, infra, pour les questions d'authenticité, de date et de texte. — Outre les satires en vers, un ouvrage en prose attribué à Marvell se placerait ici par sa date; c’est The Alarme, mais voyez bibliographie n° 06.

Charles, notre grande âme, seul comprend cela; il commande à notre volonté aussi bien qu’à notre affection; et là où des sympathies jumelles ne peuvent s’accorder sait le dernier secret pour nous unir en un seul peuple (164).

Une comparaison plus poétique que claire avec l’apiculteur qui arrête la discorde civile dans une ruche au moyen d’ün nuage de farine, nous indique la nature de ce royal secret (165). Grande dut être la déception de Marvell quand les négociations entre les deux Parlements tombèrent en léthargie (166). Jusqu'à sa mort il continuera à s'intéresser aux souffrances des covenantaires écossais.

Si Charles II ne suit pas plus constamment la ligne de conduite qui a l'approbation de notre poète, la faute n’en est pas seulement à la mauvaise volonté des Communes, mais aussi aux dissensions de ses conseillers immédiats. Parmi ceux qui se partagent sa confiance de 1668 à 1673, cinq ont passé dans l’histoire étroitement associés par suite de cette coïncidence que leurs initiales forment le mot cabal, appliqué depuis longtemps à la première ébauche de ce que nous appelons aujourd’hui le ministère ou le cabinet; ce sont Clifford, Arlington, Buckingam, Ashley et Lauderdale. Mais il faut se défendre de cette illusion que la Cabale forme un groupe uni, strictement limité, et que toutes les affaires lui soient soumises. En réalité ses membres se jalousent et cherchent à se duper les uns les autres (167), et souvent le Roi fait appel à des hommes d’état en dehors des cinq. Dans une lettre à son neveu du 14 avril 1670, Marvell écrit : « La cabale qui nous gouverne actuellement. se compose de Buckingham, Lauderdale, Ashly, Orrery et Trevor. Mais cela n'empêche pas l’autre cabale d’avoir, semble-t-il, parfois son tour ». Les membres de « l’autre cabale > ne sont pas nommés, mais il s’agit évidemment des amis du duc d’York, de ceux que l’on soupçonne déjà de sympathies papistes, entre autres Clifford et Arlington. Tant par animosité personnelle que par conviction politique, Marvell, nous l'avons vu, détestait ces deux ministres. Sa préférence allait donc à la première cabale, que l’on pourrait appeler la cabale protestante à condition d’exclure de ce terme toute idée proprement religieuse (168). Parmi les noms qu'il cite nous relevons celui du comte

(x64) The Loyall Scott, v. 260-5 One King, one faith, one Language and one Ile English and Scotch, ‘’tis all but Crosse and Pile. Charles our great soul this onely Understands Hee our Affection both and will Comands, And, where twin Simpathies cannot atone, Knowes the last secret how to make them one.

(165) Ibid., v. 266-73.

(x66) Voir les lettres de Marvell à ses électeurs du 19 octobre 1660, du 26 février et du 10 mars 1669/70, des 9 et 12 avril 1670. Après cette date il n’est plus question de l’union dans la correspondance. Pourtant The Loyall Scott sous sa forme complète est postérieur au 9 mai 1671. — Dans The Rehearsal Transprosed (Grosart, III 08) écrite en 1672 Marvell exulte encore de la révocation &e Burnet. k s

(167) L'exemple le plus célèbre est le traité de Douvres dont les clauses religieuses (promesse de conversion de Charles IL au catholicisme) ne sont connues que de Clifford et d’Arlington.

(168) Dans la même lettre du 14 avril 1670 Marvell raconte à Popple que le Roi malgré une prescription de plusieurs siècles, a revendiqué le droit @e siéger à la Chambre des Pairs : & It is true that this has been done long ago, but it is now so old,

d'Orrery, pair d'Irlande et membre de la Chambre des Communes an-

glaises; quand celui-ci n’était encore que baron Broghill il avait servi Cromwell avec éclat; la rancune des vieux Cavaliers avait provoqué contre lui en 1669 une demande de poursuites à laquelle il n’avait échappé qu’à trois voix de majorité; ce jour-là le député de Hull laissa deviner

à ses électeurs sa profonde satisfaction (169).

Quant à Buckingham, si Marvell a jamais eu des illusions sur sa valeur morale, celles-ci doivent être dissipées : le scandaleux adultère du duc avec la comtesse de Shrewsbury, la mort du comte tué en duel par l'amant de sa femme (170), la duchesse expulsée du domicile conjugal pour faire place à la noble concubine, tous ces incidents avaient dû frapper particulièrement l’ancien précepteur de Marie Fairfax, et de fait sa correspondance privée ne laisse pas de relater les extravagances ducales : « Buckingham est de nouveau endetté pour cent quarante mille livres, et grâce à la prorogation [qui suspend l’immunité parlementaire], ses créanciers ont le temps de mettre en pièces toutes ses terres. Buckingham dépense tout son bien avec Madame de Shrewsbury, dont il croit avoir eu un fils; celui-ci eut le Roi pour parrain; il mourut tout enfant, comte de Coventry, et fut enseveli dans le sépulcre de ses ancêtres » (171). Avoir donné de sa propre autorité un titre de noblesse à un bâtard adultérin était de la part de Buckingham un acte de folie qui révoltait aussi bien les sentiments respectables que les préjugés enracinés de toute l’Angleterre, et qui devait lui coûter cher le jour où la faveur royale cesserait de le couvrir. Pourtant l’accent de Marvell dénote plutôt le regret attristé que l’indignation. D’autres indices, assez vagues à la vérité, tendent à faire croire que notre poète au fond du cœur gardait l'espoir d’une conversion de Buckingham, conversion qu’il proclamera accomplie quelques années plus tard, et qu’en attendant il comptait principalement sur le duc pour défendre auprès du Roï la cause des non-conformistes. Etrange défenseur des puritains austères et souvent revêches que ce débauché élégant et spirituel, athée, superstitieusement adonné à l’alchimie et à l'astrologie ! Mais Marvell n’était pas le seul à voir chez Buckingham un apôtre de ia tolérance et un défenseur de la Réforme. S'il infligeait mainte humiliation à sa vertueuse épouse, le duc ne rachetait-il pas cette faute en conseillant au Roi de répudier la Reine, Catherine de Bragance, aussi irréprochable que la duchesse, mais stérile

that it is new, and so disused that at any other, but so bewitched a Time, as this, ît

would have been looked on as an high Usurpation and Breach of Privilege ». Après avoir exprimé ce blâme théorique Marvell reconnaît que l'intervention du Roi a des avantages pratiques : It is credible, the King, resolved, and wisely enough at present to weigh up and lighten the Duke [of Vorkl’s Efficacy, by coming himself in Person ».

(169) Lettre du 4 décembre 1669 (datée par erreur du 4 novembre) : « On Wensday the E: of Orery.… made his defense in his place and so fully to every point that though otherwise he might probably have been brought upon tryall by impeachment yet the house upon division 121 against 118 dismist the accusation ». Orery était le frère de Lady Ranelagh, que Marvell avait peut-être rencontrée ichez Milton, et ca chimiste Robert Boyle sur qui voyez infra, chap. VIT. \ DA

(x70) Le 16 janvier 1667/8. — Pourtant dans sa lettre à la municipalité de Hull du 25 novembre 1669 Marvell laisse encore percer sa satisfaction d’avoir vu échouer une attaque aux Communes contre Buckingham (la même lettre annonce que le comte d'Orery a été mis en cause) accusé de pactiser avec les républicains impénitents.

(171) Lettre du 9 août 1671.

elle aussi, et par surcroît papiste ? (172). Si Charles écoutait cet avis, se: remariait avec une protestante et engendrait légitimement, le duc d’York verrait la succession lui échapper à la grande joie du député de Hull et de la majorité de ses compatriotes. D’autre part la rancune de Buckingham continuait à poursuivre les amis de Clarendon, parmi lesquels Île plus honorable et le plus marquant était sans conteste le duc d'Ormond, longtemps lord-lieutenant d'Irlande (173), et le plus riche propriétaire foncier des trois royaumes. Le 6 décembre 1670 Ormond échappa par miracle à un attentat dans les rues de Londres : un hardi scélérat. nommé Blood l’enleva dans son carrosse pour le mener pendre à Tyburn mais ne put exécuter son dessein jusqu'au bout. Blood en voulait à Ormond de longue date, mais de plus on soupçonna Buckingham de lavoir soudoyé. Quelques mois plus tard, le 9 mai 1671, le même Blood fit une, tentative, qui fut tout près de réussir, pour voler la couronne royale gardée à la Tour le Londres. Marvell raconte le fait à un ami avec admiration. Il traite le voleur de « compagnon très hardi et pourtant plein de sang-froid » et dit que son échec est dû à son humanité, car «s’il avait tué le gardien, il aurait pu prendre le large avec les joyaux ». Une fois pris, ajoute Marvell, « Blood étonna le Roi et la Cour par la générosité et la sagesse de ses réponses. Lui, et ses complices à cause de lui, sont mis en liberté par le Roi, à l’étonrement général 5 (174). Notre poëte n’en rete pas là; il compose une double épigrarime en latin et en anglais sur l'exploit de l’«audacieux Blood» qu'il justiñie presque d'avoir « opéré une saisiz-gagerie » sur la couronne (175) comme riposte aux confiscations qu'Ormond lui avait injusternent fait subir en Irlande. Autre titre à l’indulgence du satirique : Blood s'était déguisé en ecclésiastique anglican pour pénétrer dans la Tour; ce travesti offrait une excellente occasion d’opposer la « pitié laique » de celui qui n'avait pas voulu répandre le sang pour assurer sa fuite à la cruauté du prêtre véritable

Excidit ast ausis tactus pietate prophana, Custodem ut servet, maluit ipse capi.

Si modo Saevitiam texisset Pontificalem, Veste Sacerdotis, rapta corona foret.

Marvell et Blood se lièrent-ils d'amitié à la suite de l’exploit de l’un et des vers de l’autre ? Un document, à vrai dire énigmatique, permettrait de le croire : c’est un rapport d’espion à l’un des secrétaires d’état, Williamson, daté du 21 septembre 1671; on y lit que Buckingham pendant son ambassade en France (c’est-à-dire vers juillet 1670) s’est efforcé de rassurer le public anglais sur la politique étrangère de Charles II, mais que, s’étant aperçu grâce à ses relations avec les dissi-

(172) Lettre à Popple du 21 mars 1669/70 : « It is my Opinion that Lauderdale at one Ear taiks to the King of Monmouth, and Buckingham at the other of a new Queen ».

(173) Ormond avait été relevé de ses fonctions au printemps de 1669 par suite des intrigues de Buckingham.

(174) Lettre du 9 août 1671, in fine.

(175) The Loyall Scott, v. 179 (l’épigramme anglaise a été insérée dans cette pièce: soit par Marvell, soit par un copiste) :

Upon the English Diadem cistrain’d,..

dents que cette politique était impopulaire, il avait résolu de la contrecarter plutôt et de laisser à d’autres (à Clifford par exemple) le soin de la poursuivre, ce qui ne pourrait que leur faire du tort. Et puis cette simple notation de fait : « Marvell et Blood reviennent de chez Buckingham » ou « sont envoyés par Buckingham » (176). On ne saurait rien affirmer sur la foi d’un tel témoignage; du moins n'est-elle pas invraisemblable, cette association entre le duc, le poète satirique et le bandit de grands chemins.

Y a-t-il un lien entre l'intérêt porté par Marvell à l’Irlandais Blood et un projet que nous connaissons seulement par une lettre à Guillaume Popple écrite en avril ou mai 1671 ? « Je crois que ce sera mon lot d’aller en Irlande remplir un emploi honnête et avantageux. Certains ont flairé la Cour de Rome à cette distance. Là-bas j'espère être hors de l’odeur de la nôtre >. Nous en sommes réduits aux conjectures sur les fonctions que Marvell espérait remplir (177). Mieux vaut pour sa gloire qu'il ne soit pas allé dans un pays dont la religion, les mœurs et même

(176) Calendar of State Papers, dom., année 1671, p. 496 ::« Biloodl asks who

puts temper on the ill impressions in the people for our conjuncture with Frlancel]

and Holland. Answered that Bucks first began this when he was in Frlance], but fincing by the fanatics that it was disgusted, he was advised on all accounts to cross it rather, and to let another party drive it, which would be to their disadvantage etk. Marvell [L?1 with Bllood]l, from Bucks. ÆEnnys. Captain Rosse saw his. Ash- [ley] comes to Enny’s house an& sits often. Ennys tries high, at 800 1. per annuri Frequent desires of [?1 of Parliament. ». L'expression & puts temper on... » est

obscure sinon même amphibologique; on pourrait comprendre « excite le peuple »

mais nous avons admis l'interprétation contraire parce qu’il est certain que Louis XIV par ses présents, ses flatteries et ses promesses, fit la conquête de Buckingham quand

Celui-ci vint en France (voir sa vie dans le D. N. B.) et qu'à ce moment l'alliance

française n'avait pas de plus chaud partisan que le duc. — Le Calendar met un point d'interrogation après le nom &e Marvell, mais un chartiste de nos amis qui a vu l'original dit que le doute n’est guère possible; les quatre premières lettres sont d’une parfaite netteté, les trois dernières, un peu moins lisibles mais sans aucun trait qui puisse infirmer cette transcription. Le point d'interrogation du Calendar s'explique sans doute par l’'étonnenrent de voir Marvell, le légendaire Marvell, dans cette compagnie.

(x77) Le lord-lieutenant Irlande était alors le baron Berkeley de Stratton pour qui Marvell montre peu d'estime dans sa lettre à Popple du 21 mars 1669/70 à l’occasion de sa nomination. Mais d’après le D. N. B. Berkely quitta son poste pendant

-quelques mois en 1671; ses pouvoirs furent confiés à une commission; il semble que

sa conduite ait été attaquée conme trop favorable aux catholiques ce qui expliquerait l’allusion &e Marvell à la Cour de Rome; peut-etre le député de Hull espéra-t-il accompagner en Irlande le successeur éventuel de Berkeley. Ce qui fortifie cetté conjecturé, c’est le passage suivant de la lettre du 9 août 1671 à un ami en Perse : « Barclay is still Lieutenant of Zreland; but he was forced to come over to pay ten thousand Pounds Rent to his Landlady Cleveland ». Une déception perce sous la médisance (sur la duchesse de Cleveland, maîtresse du Roi, voir les satires). De fait Berkeley reprit ses fonctions pour ne les quitter définitivement qu’en 1672.

Dès 1668 Marvell s’intéressait à l’Irlande d’un point de vue à la fois religieux et financier. Milward, ut supra, f. 74, à la date du 26 mars de cette année, raconte un débat & on the adventurers’ case » et dit que « Mr. Marvin was for adjourning their

{Sir Allen Brandrick and Sir Vincent Churchill’s] going [to Ireland as commissioners

for selling of land] untill the adventurers case was hear& at the barr ». Et dans sa lettre au maire de Hull du 18 avril Marvell annonce : & On Munday next the Irish Adventurers will be heard at the Barre, a great cause, complaïning of the settlenrent there as destructive to the Protestant interest ». Evidemment il ne voulait pas que l'on touchât à l’œuvre irlandaise de Cromwell, mais nous n’en savons pas davantage sur cette affaire.

Dans sa lettre au maire de Hull du 15 avril 1669 Marvell annonce le prochain départ pour l'Irlande de Cyriaque Skinner, l'ami de Milton et le sien, mais ne nous cit

pas à quel titre. — Enfin la lettre à Harley du 3 mai 1673 renferme une phrase mys-

térieuse sur the man we spoke of in Ireland »; sans doute cela veut-il dire tout

la vie économique ne lui inspiraient que de l’aversion. Les allusions éparses dans son œuvre montrent qu’il aurait été aussi dur et égoistement anglais que son grand prédécesseur, le poète Edmond Spenser, l'avait été dans des circonstances analogues. De ce projet qui n’aboutit pas retenons seulement que le député de Hull conservait en 1671 des attaches avec le pouvoir; cela nous aidera à comprendre sa conduite l’année suivante (178).

Le 15 mars 1671/2 Charles II lançait sa Déclaration d'indulgence, et le surlendemain il déclarait la guerre aux Provinces-Unies. Sur ces deux points il ne faisait qu’exécuter les engagements de Douvres, mais pour l'Angleterre qui ignorait ceux-ci la surprise fut grande. Les consciences se trouvèrent en face de cas difficiles. D’une part la vieille inimitié contre la Hollande, toujours vivace, luttait avec la jalousie croissante à l'égard de la France, nouvelle alliée du roi contre la volonté du Parlement. D'autre part les amis de la liberté se voyaient obligés de sacrifier la liberté religieuse à la liberté politique ou inversement. Car la Déclaration d’indulgence suspendait « toute espèce quelconque de lois pénales en matière ecclésiastique contre les non-conformistes et les récusants [catholiques] quels qu’ils fussent », et accordait à un certain nombre de pasteurs dissidents des licences pour célébrer le culte dans les lieux de réunion désignés par l'autorité civile; toutefois les catholiques n'étaient admis à s’assembler pour l’exercice de leur religion que dans des maisons particulières. Quarante lois régulièrement votées par le Parlement et sanctionnées par l’autorité royale se trouvaient du coup devenir lettre morte. Que le roi d'Angleterre, de temps immémorial, eût exercé le droit de dispense pour préserver des individus ou des groupes de l’action pénale, nul ne pouvait le nier; mais en revanche tout homme de bonne foi devait reconnaître que jamais la prérogative royale n’avait embrassé si vaste ensemble, et que pareil précédent ouvrait une brêche des plus dangereuses dans la constitution. La question se posait donc pour Marvell entre beaucoup d’autres : fallait-il préférer le fond à la forme, la tolérance à la légalité ? Autour de lui presque toute la nation protestait contre l’usurpation royale. Les Cavaliers les plus férus d’autorité faisaient passer celle-ci après leur haine contre les dissidents. La plupart des dissidents accueillaient sans allégresse une liberté qu’ils devaient partager avec les papistes.

Malgré sa crainte de l'arbitraire, malgré son aversion contre les catholiques, Marvell se rangea du côté du Roi et de la Cabale. À l’automne de 1672 il publia la Répétition transprosée, volumineux pamphlet

simplement : «l’homme dont nous avons parlé et qui se trouve ou se trouvait en Irlande »; en tout cas il serait téméraire de foncer sur ces mots la supposition que Marvell s’est effectivement rendu dans l’île sœur.

(178) C'est en 1671 qu'est jouée après une longue préparation la farce de Buckingham contre Dryden. The Rehearsal. Il est significatif de l’estime dans laquelle Marvell tenait l'esprit du duc qu’il ait intitulé l’année suivante son propre pamphlet politique The Rehearsal transprosed (voir chap. VII, infra).

dont nous parlerons ailleurs en détail. Il suffit pour le moment de remarquer que cette apologie de la Déclaration d’indulgence eut un grand succès par la verve de son style malgré l'impopularité des idées qu’elle défendait. Il est rare qu'un livre décide du sort d’une bataille politique, et la Répétition transprosée ne fait pas exception à cette règle. Du moins rendit-elle en quelques semaines Marvell plus célèbre que ne l'avaient fait en vingt-cinq ans ses poèmes lyriques, ses services publics et même ses satires. Le Roi lut ce pamphlet qui « lui rendait justice », le trouva drôle, et protégea l’auteur contre les représailles de l'Eglise anglicane. Marvell avait confiance dans le succès de la politique de tolérance : « Je souhaite, disait-il dans la Répétition transprosée, à Sa Majesté et au royaume beaucoup de joie à la suite de la Déclaration d’indulgence, et autant que mon mince jugement puisse prophétiser, j'ose leur augurer une félicité mutuelle, et leur prédire que, en dépit de tout accident humain éventuel... ils n’auront, ils ne pourront jamais avoir aucune raison de se repentir de cette action ou de ses conséquences » (179). Mais quelques semaines plus tard les espoirs du Roï et de Marvell s'évanouissaient en fumée. Après une absence de près de deux ans, le Parlement se réunissait le 4 février 1672/3, et dès le 18 du même mois, la Chambre des Communes décidait par 168 voix contre 116 que « les lois pénales ne pouvaient être suspendues que par un acte du Parlement ». Le Roi repoussa d’abord avec indignation cette mise en demeure de rétracter sa déclaration, mais sa résistance fut courte. Sur le conseil même de Louis XIV, anxieux de lui voir obtenir des subsides pour continuer la guerre contre les Provinces-Unies, Charles céda le 7 mars. Mais cette concession ne calma pas le zèle des Communes qui imposèrent au Roi une nouvelle loi contre les papistes plus efficace que toutes les précédentes pour annuler le pouvoir politique de ceux-ci, la célèbre Epreuve [Test] : nul ne pouvait plus obtenir ni conserver un emploi civil ou militaire sans déclarer par écrit qu’il ne croyait pas à la transsubstantiation et sans communier selon les rites de l’Eglise établie, reniement auquel un catholique consciencieux ne pouvait se plier. Quelle fut l'attitude de Marvell lorsque ce projet de loi vint en discussion devant les Communes ? Très probablement il lui donna son approbation silencieuse (180). Les adversaires anglicans de l’indulgence avaient eu l’habileté de laisser entrevoir aux dissidents des mesures légales en leur faveur, bien préférables à la protection arbitraire et chancelante du Roi. Mais alors que la loi de l’Epreuve passa en quelques jours, le projet de tolérance limitée aux sectes protestantes traina jusqu'à la prorogation qui mit fin, le 29 mars 1673, à cette dixième session, courte mais mémorable. Les non-conformistes se retrouvèrent aussi ex-

(x70) Grosart, III, 116-7. | RE ÿ

(180) Shafteshury, bien qu’il fût chancelier en exercice et qu il eüt approuvé la Déclaration &indulgence, abandonna le Roi et parla à la Chambre des Pairs en faveur de l’'Epreuve. — Parker, Reproof, p. 281, insinue que Marvell s’est comporté comme Shaftesbury : « Had you been a member of this present Parliament [simple détour oratoire, car Parker sait bien que son adversaire est député de Hull] you would have been as forward as he that was most so in remonstrating to the Declaration and voting for the Act ». Le témoignage de Parker n'a pas en lui-même grande valeur mais il concorce bien avec ce que nous savons par ailleurs. — La majorité en faveur de l'Epreuve était si écrasante aux Communes qu'il n’y eut pas de vote par division.

posés que jamais à la persécution des prélats tandis que Charles II avait perdu tout motif de les défendre. Marvell semble avoir été parmi les dupes de cette manœuvre aussi habile que déloyale (181). À peine désabusé il n’en commence pas moins la seconde partie de la Répétition transprosée où il fait contre mauvaise fortune bon visage et continue à soutenir la cause de la tolérance. À vrai dire il agit ainsi par conviction philosophique et surtout par amour-propre d’auteur plutôt que dans l'espoir d’un succès prochain de cette cause (182). Car le retrait de la Déclaration d’indulgence et le vote de la loi de l’Epreuve ont amené la dissolution de la Cabale. En fait un nouveau ministère s'ouvre le 19 juin 1673, jour où le poste de Trésorier, rendu vacant par la démission du catholique Clifford, a été confié au chevalier Thomas Osborne, plus connu dans l’histoire sous le titre, que lui confèrera le Roi dès l’année suivante, de comte de Danby. Le ministère Danby, pour employer une expression légèrement anachronique, survivra à Marvell. Or son chef, médiocre gentilhomme campagnard, partage tous les préjugés de sa classe, et notamment il hait tous les non-anglicans, aussi bien dissidents que papistes. Sur ce point la Chambre des Communes dans sa grande majorité suit ardemment Danby et le pousse même chaque fois que le Roi montre quelque velléité de revenir à la politique de tolérance. D'autre part, pour Marvell comme pour la masse des Anglais, à partir de 1673 la question qui prime toutes les autres en importance est celle de la succession au trône; aussitôt après le passage de la loi de l’Epreuve le duc d’York. a donné sa démission de Grandamiral, déclarant ainsi publiquement une conversion au catholicisme que le public ne faisait jusque-là que soupçonner, et, comme les chances pour Charles II d’avoir un enfant légitime vont diminuant d'année en année, l'Angleterre anxieuse se voit menacée d’un roi papiste. L’inquiétude redouble quand le duc épouse en secondes noces à la fin de cette année 1673 une princesse de même religion que lui, Marie de Modène; s’il en a un fils celui-ci prendra le pas dans l’ordre successoral sur les deux princesses anglicanes, nées du duc d’York et d'Anne Hyde (et qui seront plus tard la reine Marie et la reine Anne) (183). Comment s'étonner dans ces conditions du changement

(181) Il l’attribue plus tard dans An Account of the Growth of Popery, (Grosart, IV, 292) à ceux qu’il appelle les « conspirateurs » catholiques, sans aucun fondement semble-t-il. -

(182) La lettre à Harley du 3 mai 1673 exprime avec une franchise presque naïve les sentinents qui se partagent l’âme de Marvell : « Although it [Parker’s Reproof] handles me so roughly yet I am not at all amated by it. But I must desire the acvice of some few friends to tell me whether it will be proper for me and in what way to answer it. However I will for mine own private satisfaction forthwith draw up an answer that shall have as much of spirit and solidity in it as my ability will afford and the age we live in will indure. I am (if I may say it with reverence) drawn in, I hope by a good Providence, to intermeddle in a noble and high argument which therefore by how much it is above my capacity I shail use the more industry not to Gisparage it. But I desire that all the discourse of my friends may run as if no answer ought to be expected to so scurrilous a book ».

(183) La dixième session prend fin le 29 mars 1673; la onzième commence le 20 octobre, est interrompue Île 27 et se termine par une brusque prorogation (destinée à permettre le mariage du duc d’York) le 4 novembre; au cours @e la douzième session (7 janvier — 24 février 1673/4) le comte de Carlisle, appuyé par Shañftesbury fait cette motion à la Chambre haute : tout prince du sang qui aura épousé une catholique perdra ses droits au trône. — Marvell approuva sans doute l'initiative de son

qui s'opéra dans l’âme de Marvell ? Son ralliement de 1660 ne se justifiait plus pour lui. Il s’était attaché à Charles II non par sentiment ou par doctrine mais simplement en vue d'avantages pratiques qu'il voyait à la politique personnelle du souverain. Du jour où il constata définitivement l'impuissance de celui-ci à faire le bien il accueillit les idées les plus séditieuses; il fut prêt à mettre en cause la dynastie et même la monarchie héréditaire.

Le fait même de cette évolution est assez nettement établi. Les difficultés commencent quand on veut en fixer la date précise et les modalités. Non que les documents fassent défaut; au contraire l’hésitation naît de leur désaccord, ou de leur manque d’authenticité s'ils sont sincères et de sincérité s’ils sont authentiques. Ce dernier cas est évidemment celui de la deuxième partie de la Répétition transprosée qui parut pendant l'hiver 1673-4, et où Marvell ne rougit pas de dire que la tolérance du Roi bien-aimé à l’égard des consciences délicates (terme consacré pour désigner les dissidents) n’a d’égale que sa sévérité contre la débauche (184); c'est aussi le cas des lettres à la municipalité de Hull, de celle par exemple du 29 mai 1675, jour anniversaire de la restauration de Charles IT à laquelle le député fait ici une respectueuse allusion (185) mais qu'il maudit en des vers anonymes (186). Bien naïf qui croirait trouver le fond de la pensée de Marvell dans un livre signé comme l'était la deuxième partie de la Répétition transprosée ou dans des lettres dont des ennemis pouvaient avoir communication. Les lettres privées, malheureusement trop rares et encore bien prudentes, méritent plus de créance, mais le meilleur témoignage serait celui des satires en vers si l’on pouvait à coup sûr parmi celles que la tradition attribue à Marvell séparer les vraies des fausses et aussi les dater exactement. Il serait bien dangereux de vouloir marquer les étapes de la seconde conversion républicaine de notre auteur d’après des écrits qui ne lui appartiennent certainement pas tous et dont aucun ne lui appartient certainement (187). Par contre on ne

ancien patron ; à vrai dire dans An Account of the Growth of Popery (Grosart, IV, 295-7) il blâmera éloquemment la Chambre des Communes d’avoir voulu rompre le mariage avant qu’il n’eût été consommé (il avait eu lieu en Italie par procuration) et son ton se haussera à l’éloquence pour dire la solennité de cette union entre deux catholiques : « she was of his own religion, which is a redoubled sort of marriage, or the more spiritual part of its happiness »; mais la contradiction est plus apparente que réelle (même si l’on admet que An Account. est l'expression sincère &e la pensée de Marvell ; voir infra) : le député de Hull ne voulait pas de demi-mesures et préfémait exclure entièrement le duc d'York de la succession.

(x84) Grosart, III, 444-6. ; E (185) «… this [day] is set apart to celebrate its welcome commemoration ».

(186) A Dialogue between the Two Horses, v. 51-2 (cités au chap. VI infra). — Dans la même satire, v. 134, Charles II est traité en toutes lettres de Sardanapale; or dans la première partie de la Répétition transprosée (Grosart, IIL, 106-7) Marvell avait torturé un passage de Parker pour lui faire exprimer la même idée injurieuse. Le roi assyrien « delighted in spinning; till somebo@y came in on the sudden, and catching him at it, cut his thread »; donc Parker est coupable de haute trahison « whoever it be there is some prince or other whom Mr. Bayes [Parker] will have to perish ». On ne saurait acquitter entièrement Marvell du reproche de duplicité.

(187) Voici la liste des satires attribuées à Marvell qui sont postérieures à la Répétition transprosée : Upon his Majesties being made free of the Citty (décembre 1674); — Britannia and Rawleigh (début de 1675 ?): — The Statue in Stocks-Market et The Statue at Charing-Cross (1675 ?); — À Dialogue between the Two Horses (novembre 1675 — janvier 1675-6).

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risquera guère de se tromper en comparant seulement le point de départ et le point d'arrivée, l’été de 1667 et l'hiver de 1675-6, Les dernières instructions à un peintre et Un dialogue entre les deux chevaux. Celles-là se terminent par un envoi « Au Roi » qui se voit accorder par Marvell le titre de « Grand », moins, il est vrai, pour ce qu'il a déjà fait que pour ce que le poète espère lui voir faire bientôt. Toutes les malédictions sont réservées aux courtisans et aux ministres qui cherchent à séparer le monarque de la nation. Au contraire Marvell identifie dans les termes les plus forts le « royaume » et la <« cou-

ronne >»

Cérès est le blé, Flore le printemps, Bacchus le vin; le pays, c’est le Roi (188).

Même si l’on fait ici comme il convient la part de la tactique, on n’est guère préparé à lire dans le Dialogue cet échange de répliques :

De Witt et Cromwell avaient tous deux l’âme haute. —

Je le déclare sans ambages, je suis pour Olivier.

Quoique son gouvernement ressemblât à une tyrannie,

il rendit l'Angleterre grande et fit trembler ses ennemis... (189).

Et après quelques regrets adressés aux Tudors, à « la vieille Elisabeth en sa fraise » qui régna comme jamais nul n’a su régner avant ni depuis (190), vient cette conclusion que même en 1689 les éditeurs jugèrent prudent de supprimer

Mais peux-tu prophétiser quand les choses iront mieux ? — Quand le règne de la lignée des Stuarts prendra fin. — Alors, Ô Angleterre, réjouis-toi; ta rédemption approche; l’oppression dont tu souffres expirera avec la royauté. —

La république ! La république ! Voilà ce que nous proclamons [au pays; les dieux se sont repentis d’avoir restauré le Roï (191).

On peut encore discuter si Marvell attend le salut d’un nouveau Cromwell malgré la réserve qu’il fait sur l’illégalité du protectorat ou s’il croit qu'une chambre unique et toute puissante saura mieux gouverner

(188) V. 073-4 : (But Ceres Corn, and Flora is the Spring, Bacchus is Wine, the Country is the King.) {189) V. 137-140 : De Witt and Cromwell had each a brave soul. — I freely declare it, I am for old Noll.

Tho’ his Government did a Tyrants resserible, Hee made England great and it's enemies tremble. (zoo) V. 150 : None ever Reign’d like old Besse in the Ruffe. (to1) V. 157-62 : But canst thou Divine when things shall be mended ? — When the Reign of the Line of the Stuarts is ended. — Then, England, Rejoyce, thy Redemption draws nigh; Thy oppression togeather with Kingship shall &ye. — A Common-weaith a Common-wealth wee proclaim to the Nation; The Go&s have repented the Kings Restoration, . Pour la différence entre le texte manuscrit et texte imprimié des satires, voir Margoliouth, 1, 207. Il n'y a pas de doute que le premier ne représente la véritable pensée du satirique (Marvell ou un autre selon les cas) et le second une adaptation whig postérieure à Îa Révolution qui a conservé la monarchie et donné le trône à la fille de Jacques II.

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qu'en 1653 et en 1659, mais cette discussion est assez vaine. Le député de Hull, aujourd’hui comme toujours, est prêt à accueillir n'importe quel régime personnel ou représentatif pourvu que soient assurées la religion protestante et la grandeur anglaise.

À ces satires en vers dont nous reparlerons dans un autre chapitre il faut ajouter un très amusant morceau en prose où la critique du Roi et du régime pour être moins passionnée n’en est pas moins mordante : c'est une parodie, peut-être anticipée (192), du discours du trône par lequel Charles II ouvrit la treizième session du Parlement-Cavalier, le 13 avril 1675, et en général de tous les discours du trône où le Joyeux Monarque mendiait de l’argent avec de grandes protestations d’un dénüment trop visible et d’une économie future à laquelle personne ne croyait, lui moins que tout autre. Les ministres, Danby surtout, sont aussi atteints par l'ironie de ce prétendu plaidoyer, et la Chambre ellemême n’est pas épargnée. Le Roi dit aux députés : « La nation vous haït déjà pour m'avoir tant donné et je vous haïrai moi-même si vous ne me donnez pas davantage. De sorte que si vous ne me restez pas attachés [if you stick not to me] vous n'aurez plus un seul ami en Angleterre >». Marvell s'amuse mais il révèle en même, temps son désir de voir une querelle entre le Roi et les Communes amener une dissolution et de nouvelles élections d’où sortira peut-être comme en 1640 un mouvement révolutionnaire. La treizième session (13 avril-9 juin 1675), puis la quatorzième (13 octobre-22 novembre 1675) purent lui donner l'illusion que cet espoir allait se réaliser, car elle furent aussi orageuses que brèves. Ashley, créé comte de Shaftesbury puis disgrâcié, suscita entre Pairs et Communes des querelles juridiques qui paralysèrent le travail parlementaire et lassèrent la patience royale. Mais Charles II pouvait maintenant se passer de subsides légaux grâce à la pension que lui servait en secret le roi de France. Il prorogea donc le parlement au 15 février 1676/7, et le député de Hull dut se consoler en consacrant ses longues vacances à la rédaction d’un nouveau pamphlet, Monsieur Minaudier ou le théologien à la mode (193). Très intéressant, comme nous le verrons dans un autre chapitre, pour qui cherche à préciser la part de la foi et de l’esprit critique chez Marvell, cet ouvrage n’ajoute rien à notre connaissance de son attitude politique. Plaidant la cause de la tolérance religieuse il évite aussi soigneusement que les deux parties de la

(z92) Voir la lettre au maire de Hull qui analyse le véritable discours prononcé par Charles II à cette occasion et ajoute : &« And I must desire you not by this summary relation I give you of his Majestys speech to conceive of it accordingly For by reason of the shortnesse of my memory and conception I do it much wrong both as to the matter and the expression When printed Î will send it you ». Les Communes ont voté des remerciements au Roi pour « so acceptable a speech ». Ou bien Marvell avait composé sa parodie d'avance et avait été agréablement surpris par la sagesse du discours véritable, ou bien il faisait preuve dans sa lettre, rous ne dirons pas d’hypocrisie mais d'humour à froid. Cette dernière supposition nous paraît la plus vraisemblable; pourtant une tradition rapportée par Birrell, p. 200, veut que chacun des députés ait trouvé à sa place un exemplaire du pastiche de Marvell Gès le premier jour de la session. Peut-être Birrell a-t-il simplement embelli ce que dit, sans plus de preuves, Grosart,ll, 431 : & Now for the mock-royal Speech which Marvell prepared and issued anonymously in anticipation of the re-assembling of Parliament ». — Cf. bibliographie, n° .

Re Mr. Smirke, or the Divine in Mode. Voir chap. VII, infra, et bibliog. n° 64.

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