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Répétition transprosée toute attaque contre le pouvoir civil qui pourraïif amener celui-ci à resserrer encore son alliance avec le pouvoir ecclésiastique.
Avec l'ouverture de la quinzième session, le 15 février 1676/7, nous entrons dans la dernière phase de la vie de Marvell, phase courte mais bien remplie. À vrai dire le poète ne donna qu’une brève pièce latine qui a surtout l'intérêt de montrer sa haine persistante contre les prélats et sa sympathie pour les presbytériens écossais persécutés. Scaevola Scoto- Brittannus (194) prolonge l'inspiration du Fidèle Ecossais; mais cette fois-ci il s’agit de glorifier la constance héroïque d’un assassin. D’un certain Mitchell, ancien prédicateur, puis précepteur chassé pour immoralité et réduit à vendre de l’eau-de-vie et du tabac, Marvell fait un nouveau Scaevola parce qu’il a essayé de délivrer sa patrie en lâchant un coup de pistolet à l’archevêque de Saint-André, primat d’Ecosse, le renégat Sharp, et que mis à la torture il a tendu lui-même la jambe au brodequin du bourreau. Malgré quelques réserves sur cette usurpation du droit de punir les ennemis publics, le poème respire la vengeance et se termine par une menace : \
Scaevola si Thuscum potuit terrere Tyrannum, Fortius hoc specimen Scotia nostra dedit.
Numina quum temnas, homines ne spernito Sharpi,
Hic è tercentum Mutius unus erat.
Paroles prophétiques comme le savent les lecteurs de Walter Scott : Sharp doit tomber sous les coups de Balfour de Burleigh et de ses coreligionnaires le 3 mai 1670. Marvell ne verra pas ce dénoûment tragique, mais jusqu’à la fin de sa vie il continuera à épier dans le nord les premiers indices d’une rébellion semblable à celle de 1637 et qui libérerait non seulement « notre Ecosse » mais l’Angleterre. Le 10 juin 1678, deux mois avant sa mort, le député de Hull écrit à son neveu : « La patience des Ecossais sous l’oppression dont ils sont victimes, n’a pas d’égale dans l’histoire. Ils continuent à tenir leurs conventicules en plein champ, irréguliers et nombreux, mais paisibles. Un certain Monsieur Welch est leur principal pasteur [arch-minister] et la dernière lettre que j'aie vue dit que des gens font quinze lieues pour l’entendre » (195). À l'admiration se mêle un peu le regret : Marvell neprenait pas au pied de la lettre les préceptes de l'Evangile qui enseignent la résignation et la soumission.
Si la seule pièce de vers composée par Marvell au cours de cette dernière phase de sa vie nous parle de l’Ecosse, ce n’est pas que la situation intérieure de l’Angleterre et la politique continentale n’eussent
(194) Ecrit sans doute en février 1676/7. Mitchell fut mis à la torture le 24 jan. vier (D. N. B.).
(195) Voir aussi la lettre à Harley du 7 août 1677.
pour lui un intérêt passionnant. A plusieurs reprises il crut toucher au but de tous ses efforts, la dissolution du Parlement-Cavalier. L’intervalle de plus d’un an entre la quatorzième et la quinzième sessions avait fourni à l'opposition un argument constitutionnel très fort pour affirmer que la chambre élue en 1661, non seulement n’était plus qu’une représentation infidèle de la volonté des Communes anglaises, mais encore était déchue en droit, par application de deux lois promulguées sous Edouard III, le vainqueur de Crécy. On ne saurait s'étonner que ces textes vénérables n'aient rencontré à la Chambre basse qu’un accueil assez froïd (196). Au contraire les Pairs, exempts de préoccupations électorales, discutèrent la question, dit Marvell, « avec plus d’ardeur » (197). Parmi les nobles opposants, quatre se signalèrent particulièrement à la haine de Danby; ce furent le comte de Salisbury, le baron Wharton, le comte de Shaftesbury, consacré définitivement chef du parti auquel il ne manque plus que le nom de whig, et le duc de Buckingham, réconcilié avec sa femme, repentant et patriote, auquel Marvell avait rendu toute sa confiance (198). Le Trésorier pour vaincre cette résistance, recourut à un coup de force mal déguisé; il réussit à obtenir d’une majorité dont les évêques formaient le principal élément un vote requérant les quatre seigneurs de demander pardon à la Chambre haute pour un manque de respect imaginaire, et sur leur refus un autre vote les envoyant à la Tour de Londres. « Ainsi, dira Marvell, voulut-on justifier une prorogation sans précédent par un emprisonnement sans exemple. Triste conjoncture ! par où la dignité du parlement et particulièrement de la chambre des pairs, souffrit beaucoup sur le champ, et peut sans doute souffrir davantage à l’avenir : car seul le parlement peut détruire le parlement >» (199). Vérité profonde, et plus large que le député de Hull ne l’imaginait, car il visait seulement les atteintes à la liberté de la parole, et non l’abus, plus mortel encore, de la parole.
La question de ja légalité de la session étant réglée « par la faiblesse à la chambre des communes, et par la force à la chambre des pairs », le parlement se mit au travail. Le ministère présenta un projet de loi
(196) An Account of the growth of Popery (Grosart, IV, 320) : « Even the Commons, though sore against their inclination, could not pass it over [the case of this long prorogation] : but they handled it so tencerly as if they were afraid to touch it ».
(197) Lettre au maire de Hull du 15 février 1676/7 : & I heare the Lords are yet debating the question of the Pts being Dis[solved]l with this Prorogation, with more earnestnesse much then twlals by the Commons. God of his mercy give a good issue to all ». ;
(198) Dès le 24 juillet 1675 dans une lettre à son neveu où il résume la treizième session, Marvell insère un éloge de Buckingham : « Never were poor Men exposet and abused, all the Session, as the Bishops were by the Duke of Buckingham; never the like, nor so infinitely pleasant : an@ no Men were ever grown so odiously ridiculous ». — Dans An Account (Grosart, IV, 200) Marvell date la conversion non seulement politique mais morale du duc de sa Cisgrâce en 1674. — Même après la mort de Marvell on continua à le compter parmi les satellites de Buckingham; une satire écrite probablement vers 1680-r1 et intitulée The D, of Bs Litany (State Poems, vol. III (1704) p. 91) contient cette stance (la 17°)
From changing old friends for rascally new ones; From taking Wildman and Marvel for true ones; From wearing green ribbons ’gainst him gave us blue ones, Libera nos Domine.
Le club du ruban vert, premier club whig, fut fondé seulement en 1679. (100) An Account. (Grosart, IV, 322) : « For nothing but Parliament can destroy
Parliament ».
qui avait pour but de rendre les peines contre les catholiques plus effectives en les adoucissant ; par exemple les prêtres de l’église romaine découverts en Angleterre seraient emprisonnés à vie au lieu de subir le châtiment capital. Pour les historiens d’aujourd’hui la sincérité antipapiste de Danby ne fait pas de doute. Mais l’opposition cria que c'en était fait de la religion protestante si ce projet était adopté. Marvell, écrivant à ses électeurs, se départ de sa réserve habituelle et exprime ou feint, une grave inquiétude (200). Et quand la Chambre des Communes, entraînée par le mouvement d’opinion, repousse cette mesure en la flétrissant, il exulte; pour annoncer aussitôt cette bonne nouvelle, il « écrit à jeun » en sortant d’une séance qui a duré presque jusqu’à neuf heures du soir (201).
Un autre projet préoccupa encore davantage le député de Hull et l'amena à se prononcer de façon plus explicite qu'il ne l’avait fait au Parlement depuis quelque dix ans. Ce projet avait comme titre : « Loi pour assurer la religion protestante en y élevant les enfants de la famille royale, et en pourvoyant à la perpétuité d’un clergé protestant » (202). On y prévoyait la mort de Charles II sans enfants légitimes et l’avènement du catholique duc d’Vork. Dans ce cas les évêques ne seraient plus choisis par le Roi mais se recruteraient par cooptation; en corps ils exerceraient le pouvoir spirituel dévolu depuis Elisabeth à l’occupant du trône; ils auraient la collation d’un grand nombre de bénéfices ecclésiastiques relevant de la couronne; enfin l'éducation des princes et princesses entre sept et quatorze ans leur serait confiée. Contre cette diminution éventuelle de son autorité le duc d’York avait protesté lorsque le projet avait passé à la Chambre haute. Néanmoins quand il vint aux Communes, l'opposition se plut à y voir un engin papiste; c’est qu'elle visait secrètement à l'exclusion totale de l’héritier catholique, et que nulle concession partielle ne pouvait la satisfaire; c’est aussi qu’elle critiquait systématiquement toutes les propositions du ministère, même les plus conformes à sa doctrine. Du moins Marvell avait-il une raison plus sérieuse et plus honorable pour s'opposer à cette mesure, à savoir le pouvoir exorbitant qu’elle accordait aux évêques, persécuteurs-nés des dissidents. C’est ce qui ressort du discours qu’il prononça contre le passage à la discussion des articles [committing| le 27 mars 1677, et dont nous possédons un résumé détaillé, mais malheureusement assez peu clair par endroits, comme ïl fallait s’y attendre de notes prises furtivement par un collègue (203); voici ce discours, allégé
(200) Voir la lettre du 6 mars 1676/7 : « The Lords Bill of Popery.. in which many things are contained of more then ordinary consequence », et celle du 31 mars 1677 « To day the Lords sent down a Bill for the speecier Conviction of Popish Recusants. That is the Title ». ‘
(201) Lettre du 5 avril 1677. £
(202) « An Act for further securing the Protestant Religion, by educating the Children of the Royal Famïly therein; and for the providing for the continuance of a Protestant Clergy ». Marvell attachait une telle importance à ce projet de loi qu’il l'a reproduit in-extenso ans An Account. (Grosart, IV, 340-52). Jusqu'en 1884 les historiens n’ont connu ce projet que par notre auteur, mais le IX° rapport de la commission des MSS. historiques à la date du 1° mars 1676/7, compare le texte conservé dans les archives de la Chambre des Lords avec celui de An Account et incique un certain nombre de variantes.
(203) Grey, ut supra, IV, 321-5 (reproduit par .Grosart,. II, xx1x-xxxr).
de ses répétitions et de ses passages les plus obscurs, et mis au style direct pour la commodité du lecteur français
« J'aurais souhaité que le projet eût succombé à la première lecture plutôt que d’être ressuscité par une seconde. Je regrette que ce sujet ait causé tant de gaieté. Je crois qu’il n’y a jamais eu occasion aussi solennelle et triste que le projet en discussion; mais je suis heureux de voir que la Chambre est retombée dans une humeur telle que l’exige la gravité du sujet. Le projet semble tout à fait hors de saison; le début traite de deux points qui ne sont pas mûrs pour l'examen. D'abord il suppose & la mort » du Roi. On aurait pu employer un mot décent pour déguiser cet évènement à l'imagination (203/#). En second lieu il suppose < que peut-être la couronne descendra à un gouvernement [gouverneur ?] papiste », ce qu’on n'aurait pas dù supposer aisément ni promptement. Dieu soit loué pour l’âge et la constitution physique du Roi ! Le Roi n'est pas dans l’âge du déclin, et si nous devons nous mêler d’affaires de cette importance nous ne devons pas y jeter les yeux de si bonne heure, comme s’il s'agissait du testament royal. La loi déclare que c’est trahison « d'imaginer la mort du Roi régnant ».… En ce qui concerne le successeur papiste, j'espère que c’est un événement éloigné, et ne voudrais pas hâter cette calamité, non, pas même en pensée. Après le Roi vivant je voudrais offenser moins que personne son successeur. I n'y a nul homme au monde dont l'esprit ne soit dans la main de Dieu « qui le détourne comme une rivière » (204). Tant qu'il y a vie ül y a du temps pour se renseigner ». Puis vient un passage où la suite des idées n'apparait pas clairement mais qui tend à ajourner la discussion du problème de la succession : « Ce projet, répète Marvell, est hors de saison; il pourra convenir plus tard mais pas maintenant ». Nouvel argument : « Ce projet empiète gravement sur la prérogative royale Dieu dispose du royaume au profit de qui il veut; mais toujours le royaume appartient entièrement au Roi. Je n'aime pas critiquer les personnes qui représentent la religion protestante (les évêques). Je supposerai que ce pouvoir accordé par le projet de loi aux évêques le soit à n'importe quelle autre catégorie d'hommes : par exemple à neuf médecins… Ayant changé le costume [property] pour parler avec un peu plus de liberté, je ne connais aucun corps constitué qui, s’il plait au parlement, puisse s'acquitter de ce rôle aussi bien que le corps médical. Le Collège des Médecins [la faculté de médecine de Londres] tient une charte du Roi, et ses membres sont les serviteurs jurés du Roi. Qu'ils viennent vers lui pour lui faire prêter serment. C'est une jolie expérience. Tout comme d’essayer si l’aimant attirera le fer ou le fer l’aimant. Qui peut penser qu'aucun corps dépendant du Roi etc. ». Suit une allusion à la facilité avec laquelle les Anglais de toute sorte ont
(203 bis) Grey indique entre parenthèses ce « mot décent » auquel Marvell songeait {s’il ne le prononça pas lui-même) : c’est demise, qui a aujourd’hui le sens de décès mais qui, selon le N.E. D. signifiait seulement alors la transmission de la couronne d’un prince à un autre pour quelque raison que ce füt. — Le texte du projet de loi tel que nous l’a conservé Marvell lui-même dans An Account. (Grosart, IV, 340 sq.) porte d’ailleurs demise et non death.
(204) Cf. Proverbes, XXI, 1.