CHAPITRE NT
Enfance et Jeunesse.
Au début du XVI° siècle une ou plusieurs familles dont le nom s’écrivait indifféremment Marvell ou Marwell ou Merwell habitaient les villages de Shepreth et de Meldreth dans le comté de Cambridge. Quelques-uns de ieurs membres nous sont connus par des extraits de testaments (1). De la nature des legs qui consistent en bétail ou en céréales on a déduit qu’ils appartenaient à la classe sociale des fermiers (2). Plus prudemment nous dirons qu’ils semblent avoir tiré leur principal revenu de l’agriculture et qu'ils n'étaient ni misérables ni riches : en 1531 Jean Marvell lègue « à ses filles Anne et Jeanne quatre moutons chacune ». Ces documents prouvent aussi la piété des testateurs, piété naïve qui montre que le moyen-âge se prolongeait dans les campagnes anglaises : en 1543, dix ans après la rupture entre Henri VIII et le Pape, Thomas Marvell lègue « au maïtre-autel deux boisseaux d'orge, autant pour l’éclairage du sépulcre, et un pour celui
du jubé ».
Mais la parenté de ces Marvell avec le poète demeure hypothétique et mal définie. Par contre nous savons d’assez bonne source que son père (qui porte le même prénom) vit le jour à Meldreth (3) vers
(x) Faits par un antiquaire du XVIII* siècie. Guillaume Cole, et conservés aujourd'hui au Musée britannique (Add. MS. 5861, pp. 32, 181, 206, 218). Les testaments eux-mêmes se trouvaient alors dans les archives du diocèse &Ely. Les extraits se rapportent respectivement aux années 1543, 1524, 1528 et 1531. — Cole a noté à deux reprises qu’« André Marvell le poète républicain » était &« probablement descendu » de l’un ou l’autre de ces testateurs ou témoins. — Ces documents ont été publiés en 1880 dans Notes and Queries, Série VI. vol. I, p. 319.
(2) « of husbandry rank ». ASS. Ellis dans Notes and Queries, ut supra.
(3) Thomas Fuller, The Worthies of England (1662), p. 159 : & Andrew Marvail was born at Mildred in this county, an& bred a Master of Arts in Trinity college in Cambridge. ». Une note marginale ajoute : & So his son-in-law informs me ». L’autorité semble digne de foi. Malheureusement Fuller se trompe sur le nom du collège (voir infra) ce qui fait planer un doute sur la valeur du renseignement relatif au lieu de naissance. — D’après Birrell, p. 4, les registres paroissiaux de Meldreth ont Gisparu. En tout cas il en existe une transcription dans les archives épiscopales d’Ely. Monsieur Margoliouth me communique aimablement la lettre qu’il a reçue en 1921 &@e l’évêque d’Ely. Elle contenait des extraits, faits par Mademoiselle G. Scott Thomson, du collège Saint-Hugues à Oxford, de cette transcription des registres paroissiaux; mais ces extraits se rapportent aux années 1622, 1624 et 1626, et les Marvell qui y figurent ne sont au plus que des collatéraux du poète et
De
1586 (4). Dans ce village un vieux manoir s'appelait encore au XIX° siècle Les Marvells; il est permis de supposer mais impossible de prouver qu'André Marvell père naquit sous ce toit (5).
Toujours est-il qu’au début du siècle suivant nous le retrouvons étudiant à l’Université voisine. Le choix fait par ses parents du collège d’'Emmanuel, foyer puritain fondé depuis peu, indique nettement qu'ils avaient non seulement accepté mais dépassé la Réforme royale et que l'Eglise légalement établie par Elisabeth leur paraissait insuffisamment purgée des superstitions papistes. Entre leurs ancêtres probables et eux la cassure sur ce point est nette.
Bachelier-ès-arts en 1605, maître-ès-arts en 1608 (6), le jeune homme entre dans les ordres; le voici vicaire à Flamborough dans le comté d’Vork dès 1608 ou 1608/9 (7). À la date du 22 octobre 1612, les registres paroissiaux de Cherry Burton dans le même comté portent mention de son mariage avec Anne Pease (8). De celle-ci, qui fut la mère du poète, nous ne savons malheureusement rien, sauf que son
de son père. Dans un autre registre épiscopal, celui des successions (administrations, marriage licenses, etc. vol. II. 1582-1599, f. 68) figurent à la date du 31 octobre 1587 une certaine Parnella Marvell, de Melbourne, près Shepreth et Meldreth, veuve dépuis peu, ses quatre fils et sa fille; aucun des garçons n’est prénommé André. — Monsieur Margoliouth nous communique également une lettre &u Révérend B. H. Layer-Hale- Wortham dans laquelle sont reproduites certaines inscriptions du registre paroissial de Shepreth; la plus intéressante se rapporte à « Andrew Marvell baptised April 12-1580 ». Toutefois la date nous semble un peu trop ancienne pour qu'il s'agisse du père du poète. et de plus identifier celui-ci avec l’André Marvell de Shepreth serait imputer à Fuller une erreur, à la vérité légère, sur son lieu de naissance.
Nous avions pensé que le blason nous aiderait à reconstituer la généalogie &e notre poète. On lit en effet dans le General Armory de Burke (1884) : « Andrew Maïwel (the patriotic member for Hull temp. Ch. I [sic] and II : Or, a chevron engrailed between three leopards’ faces sable. — Crest : out of a ducal coronet or, a plume of feathers argent ». Mais nous n'avons pu Gécouvrir la source de ce renseignement. (Cf. Notes and queries, Série VI, vol. I, pp. 271-2). Pour fêter le trois-centième anniversaire de la naissance de son député, les tramways de Hull portèrent entre autres décorations les armoiries de la famille Marvell, que l’Eastern morning news décrit ainsi : @ Azure, a chevron or, engrailed on the upper side only, between three animals’ hea@s in profile, erased, argent ». Pour un profane les deux descriptions ne semblent pas concorder. — Parmi les reliques exposées pour la même commémoration figurait, n° 41 du catalogue (voir bibliog. n° 134 bis) : « Brass armorial plate from: a pew door formerly in Sculcoates Church [prêté par un descendant de la sœur aînée de Marvell, Anne Blaydes]. Showing Arms of the Blaydes, De la Pryme, Marvell, and Scott families ». Mais nulle part on ne nous dit si c’est le poète ou son père ou l’un &e leurs ancêtres qui obtint ces armoiries. Une démarche faite par nous auprès dul Heralds’college n’a pas donné de résultat.
(4) Grosart, vol. I, p. xx, donne cette date et ajoute : & So all the authorities, an& reckoning from his age at his death in 1640, viz. 54 ». Nous ne savons à quelles autorités Grosart fait allusion et nous inclinons à croire qu’il n’en avait aucune; mais sa conjecture est vraisemblable, car elle concorde avec les dates des examens d'André Marvell père. Voir infra.
(5) Grosart, vol. I, p. xix : € an ancient Manor-house of the usual Elizabethan woodwork, known now and for long as the Marvells ».
(6) Anthony à Wood (voir bibliographie n° 210) vol. IV, p. 231 : note de Thomas Baker (antiquaire &u début du XVIII: siècle). — Voir aussi University of Cambridge, the book of matriculations and degrees, 1554-1659, compiled by John Venn and J. À. Venn (1905) p. 451. — Les mêmes auteurs dans Alumni Cantabrigienses (1924) donnent 1601 comme date de l’admission à Emmanuel de Marvell père.
(7) Sir Cuthbert Sharpe, Chronicon mirabile (1841), p. 126, signale sa présence à Flamborough en 1610 et 1611; mais Monsieur Margoliouth me communique des notes prises par lui sur les registres paroissiaux d’où il ressort que dès le 8 janvier 1608/9 Marvell père officiait à un enterrement dans cette localité: il l'aurait quittée en avril 1612; on ne sait quelles fonctions il exerça pendant les deux années suivantes.
(8) Notes and queries (1879), série V. vol. XI, p. 317.