‹ André Marvell poète, puritain, patriote 1621-1678Chapitre 44 sur 88 · TRE · texte numérisé non relu

TRE

Tran à

quatre anapestes dans quelques vers (vingt-sept. sur cent-douze pour cette pièce) (126) fortement cadencés :

But observing that Mortals run often behind, (v. 0).

Yet a President fitter in Jirgil he found... (v. 21).

He himself would not dwell in a Castle of air. (v. 31).

So the Bribes overlaid her that Rome once betray’d.…. (127)

Mais pour les autres vers, c’est-à-dire plus des trois-quarts, le métricien doit faire appel aux substitutions de pieds : tour à tour l’iambe, le trochée, le spondée, le dactyle et l’amphibraque viennent prendre la place d’un des quatre anapestes (128), voire de deux, et après toutes ces concessions on se trouve en face d’un vers qui refuse obstinément de se plier à aucune scansion classique

Às all Chedder Dairys club to the incorporate Cheese (v. 68).

Nous ne voyons pas comment l’on pourrait s’y prendre pour réduire le second pied à moins de quatre syllabes. Aussi le plus sage est-il de renoncer à ces vains efforts pour emprisonner une réalité rebelle dans des cellules inadéquates, et de reconnaître ici la présence d’un mètre purement accentuel, dont l'origine remonte par une longue file d’ancêtres souvent obscurs au vers anglo-saxon, la différence essentielle entre celuici et son descendant se trouvant dans la substitution de la rime à lallitération (129). Depuis le quinzième siècle ce vers accentuel s’employait surtout dans les chants populaires [ballads], et l’on sait que ceux-ci, graves et martiaux au début, n'avaient plus guère le choix au temps où Pepys en faisait sa précieuse collection, qu'entre la niaiserie sentimentale et le comique assez gros. Marvell trouvait donc pour ses satires un instrument commode, mais encore bien imparfait, dans un vers que nul artiste n'avait employé avant lui à cet usage (130). Ce serait trop que d'accorder à notre poète l’honneur d’avoir amené cet instrument à sa perfection, mais il a su en tirer des effets heureux, et en montrer les promesses d’avenir. Il à aussi lutté contre l’ankylose qui menaçait la poésie anglaise de son temps (et la sienne propre) par l'effet de leur soumission excessive aux règles syllabiques.

(126) Et encore sur ces vingt-sept vers réguliers, douze ont-ils une syllabe hypermétrique finale. — Et pour faire du vers 104, un tétramèêtre anapestique pur il faut mettre un accent secondaire sur la première syllabe d’expatiation aw lieu de la seconde comm l'indique le N.E.D. (procédé auquel Shelley recourra fréquemment)

As too närrow by fâ4r for his éxpatiätion.

L'accent va souvent de trois en trois syllabes sur les polysyllabes dans ce genre de vers.

(127) Noter la rime intérieure. — Tous ces vers ont la césure médiane; toutefois celle-ci est plus souvent féminine que masculine.

(128) La substitution la plus fréquente est celle &e l’iambe à l’anapeste dans le premier pied (environ une fois sur deux dans l’ensemble des satires anapestiques; trois fois sur cinq dans À dialogue between the two horses). Chez Dryden la proportion sera encore plus forte. Cf. Saintsbury, Historical manual of English prosody, pp. 75 et 82.

(129) Schipper, À history of English versification, $$ 72-4.

(x30) Les tentatives de Cleveland, étudiées par Saintsbury dans son introduction précédemment citée (pp. 10-12), ont pu guider Marvell vers l'emploi de l’anapeste; mais elles sont limitées à la poésie amoureuse (fortement mélangée d'ironie) et Cleveland ne leur fait aucune place dans ses satires politiques, toutes écrites en distiques

héroiïques.

A la différence du décasyllabe iambique, le vers accentuel de notre poète se présente presque toujours par strophes. La seule exception est le Dialogue entre les deux chevaux, écrit en rimes plates, et dont les distiques sont aussi indépendants les uns des autres que ceux des Dernières instructions. Mais dans Un poème sur la statue du Marché-aux- Ceps les distiques sont réunis deux par deux pour former des quatrains. Cet agencement encore très simple est celui qui domine dans la poésie populaire du XVII: siècle. Le quatrain à rimes croisées de Clarendon pend la crémaillère et de La statue de Charing-Cross constitue déjà un effort artistique supérieur. La stance des Serments du Roi ne comporte il est vrai, ni croisement ni embrassement; c’est pourtant une vraie stance, non seulement parce qu’elle enferme rigoureusement le sens, mais parce qu’elle se compose de trois vers sur une seule rime ‘(131). Quant à la pièce Sur le droit de cité. c'est une véritable chanson : chaque stance se compose de six vers; le premier et le second, le quatrième et le cinquième riment deux à deux et portent chacun deux accents ; le troisième et le sixième qui riment ensemble portent trois accents chacun (aza2b3c2c2b3). Le rythme chantant appelle la musique et nulle pièce attribuée à Marvell ne méritait mieux ce public infiniment plus étendu que l’air assure aux paroles. À la lecture la liberté des vers de deux et de trois accents apparaît encore plus irréductible aux règles syllabiques que celle des vers de quatre accents. C’est un exemple extrême des tendances métriques de la satire populaire autour de Marveli, sinon chez Marvell lui-même. D'ailleurs le satirique n’a fait ici que copier la stance employée par le poète officiel de la Cité pour célébrer fort respectueusement la même cérémonie (132).

Naturellement la rime subit ici des violences plus marquées que dans les distiques héroïques. La différence essentielle ne porte pas sur la quantité ni la qualité des voyelles (133), ni sur les déplacements d’accent qui apparaissent pourtant en plus grand nombre (134), ni même sur les

(131) Schipper, Metrik, II, $ 303-4, ne connaît pas d'exemples de strophes de trois vers sur une seule rime antérieurs à Donne, et chez celui-ci l’unité est le vers iambi-

que de cinq pieds; — pour la même strophe composée de vers de quatre accents, Schipper descend jusqu’à Cowper, The symptoms of love; il ignore donc The Kings Vouwes. — M. Margoliouth nous signale que les Rump Songs fournissent déjà des

exemples de la strophe &e The Kings Vowes, comme d’ailleurs des autres strophes employées par Marvell dans ses satires.

(132) Voir Margoliouth, I, 304.

(133) Dans Clarindon's House-Warming, on trouve : Worster / muster, example / Temple, holy / folly; — dans The Kings Vowes : oppose / nose | lose (perdre) et decoy | enjoy / Roy (le mot français emprunté pour la circonstance; — dans The Statue in Stocks-Market : back / wreck, horse / worse, enrich | breech; — dans Upon his Majesties being made free of the Citty : weight / might, unbuilt / undwelt, Tradeing /'Breeding, now /through, Ahen/Italian; — dans The Statue at Charing Cross : sight / eight; — dans. A Dialogue between two Horses : records (normalement accentué alors sur la seconde syllabe) / words, Charing / hearing, on / stone, faith | saith, Estates | Ratts, Crown / own, adde / made, Commons | Summons, whore / poor, Tongue / wrong, word / sword, afraid | said, Laud | masquerade, consider / Rider, soul / Noll, wrath/sloath (sloth), speeches | breeches, words | swords, groan / Son, recall / ale; — dans The Chequer Inn : Becre / Shire, supper / Cooper (nom: propre), home | come; mais Gans cette pièce le son fait parfois violence à la correction grammaticale, d’où les rimes chosen / rosen, care / péthecére.

(134) Dans Clarindon’s House-Warming : Brickbât / Chocolatte, &t-home / Atome, abide / Backside; — dans Upon his Majesties… : London / éndone; — dans The Statue at Charing Cross : small/ Whitehäll; — dans À Dialogue, voir la note de Margoliouth sur la rime oblige yee / effigie (v. 22) et Wyld, Op. Cit., D. 124.

Lies

assonances : Allens (pluriel du nom propre Allen) ne rime pas plus mal avec ballance (135) que is avec this, et si France/brains (136) choque davantage, c’est parce que les voyelles diffèrent encore plus que les consonnes. Les cas plus scandaleux se rencontrent dans la satire dont l’attribution à Marvell est la moins probable (137), et dans un passage interpolé, semble-t-il, d'une autre pièce plus authentique: suivant son annotateur le plus récent notre poète ne serait pas coupable de cet accouplement contre nature : Dutchess/horses (138). — Non, ce qui distingue surtout les rimes des vers accentuels, c’est l'emploi incomparablement plus fréquent que dans les vers iambiques, des-syllabes hypermétriques : dans La statue de Charing Cross la proportion des rimes féminines est de 2/28; — dans Les vœux du Roi, 2/23; — dans La statue du Marché-aux-Ceps, 3/30; — dans Clarendon pend la crémaillère, 19/56; — dans la chanson Sur Su Majesté..., 23/66 (139); — et enfin dans le Dialogue entre les deux chevaux, 35/04. On trouve même des rimes de trois syllabes : sobriety/propriety, Alien/Italian, mais seulement, il est vrai, dans la plus vulgaire et la moins authentique de ces pièces. Par contre celle-ci n’est pas seule à renfermer des rimes féminines brisées comme Maggott/dragg it, ou composées comme leave him/receive him; on rencontre aussi des exemples de ces deux catégories dans Clarendon pend la crémaillère et dans Un dialogue entre les deux chevaux, et ils rivalisent avec les rimes funambulesques de Butler dont Marvell imite ici le procédé favori : buy at/fiat, Amplhon/free on, tell ye/belly, then, sirs/Answers, oblige yee/cfhçie, provide ’um/bestride ‘um, find him/behind him, gall us/Sardanapalus, drink ‘um/sink ‘um. Faisons une place d'honneur à ces deux vers dont la rime combine la brisure et la redondance avec un déplacement d’accent

When the Asse so bouldly rebuked the Prophet, Thou knowest what danger was like ta come of it.

Ni les voyelles des syllabes hypermétriques ni les consonnes qui les précèdent ne sont identiques; cette rime a donc tous les défauts qu'une rime peut avoir, mais elle n’en produit que mieux son effet burlesque, et montre presqu’autant d’ingéniosité que le distique fameux de Hudi-

bras There was an ancient sage Phulosopher,

That had read Alexander Ross over.

Et tout en reconnaissant à Butler une sûreté supérieure dans le maniement de son outil, on peut se demander si l’excentricité cocasse des rimes

(135)Clarindons’s House-Warming, vV. 49-51.

(136) À Dialogue between the two Horses, V. 93-4.

(137) Upon his Majesties… : feed on / freedome, Quarrels / Carwels (mais le nom de la favorite française, Kéroual, n’en était pas à une déformation près dans son pays d'adoption), Governe / Soveraigne. | ;

(138) Voir la note de Margoliouth sur le vers 95; dans le passage interpolé on trouve aussi Plenty / empty. — Pour les assonances apparentes farthing / Guarding et Villains / shillings, voir Wyld, pp. 112-3 : on prononçait alors fardin, guardin et shillins. Û u PAS S

(139) Dans chaque strophe de cette pièce la rime b est féminine, la rime a masculine, la rime c masculine sauf dans la strophe XI. — Dans les autres pièces l'alternance des rimes masculines et féminines n’observe aucune règle.

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s’harmonise aussi bien avec la régularité interne de son octosyllabe iambique qu’avec le libre rythme du vers accentuel de Marvell.

En tout cas, sans nous risquer dans un parallèle général entre deux systèmes de versification et pour nous en tenir à l’œuvre de notre poète, nous avouons préférer ses satires irrégulières à ses satires régulières. Prenons deux pièces de la même date, inspirées par les mêmes évènements et citons en anglais le début de chacune; voici le distique héroique :

After two sittings, now our Lady State,

To end her Picture, does the third time wait.

But er’e thou fal’st to work, first Painter see

It be’nt too slight grown, or too hard for thee. Canst thou paint without Colours ? Then ‘tis right For so we too without a Fleet can fight.

Or canst thou dawb a Sign-post, and that 1ll ? ’Twill suit our great debauch and little skill.

Et voici maintenant la strophe de vers accentuels

When Clarindon had discern’d beforehand, (As the cause can easl’y foretel the Effect) At once three Deluges threatning our Land; ‘was the season he thought to turn Architect.

Us Mars, and Apollo, and Vulcan consume ; While he the Betrayer of England and Flander, Like the King-fisher chuseth to build in the Broom, And nestles in flames like the Salamander.

Dès l'ouverture le second mètre nous semble plus cordial que le premier et l’impression subsiste jusqu’au bout; pourtant le chancelier est malmené avec une férocité plus grande, si possible, dans Clarendon pend la crémaillère que dans Les dermières instructions, mais le rythme populaire entraîne injures et obscénités dans son cours rapide, tandis que le distique plus savant isole, détache et souligne toute faute de goût. Si Britannia et Raleigh et la Prophétie de Nostradamus sont de Marvell, la comparaison de ces deux pièces avec le Dialogue entre les deux chevaux montre encore plus nettement l'influence du mètre adopté sur le ton de la satire. Par la date, par le sujet, par la forme dramatique, l'entretien entre la figure symbolique de la patrie et l’un des héros nationaux ressemble fort à la conversation entre la monture de Charles I et celle de Charles IT; mais la verve familière de cette dernière pièce ne s’en oppose que plus nettement à la rhétorique tant soit peu déclamatoire de la précédente. Et la Prophétie de Nostradamus, âpre, sombre, monotone en dépit de sa brièveté, contraste avec la conclusion également prophétique du Dialogue entre les deux chevaux, où le poète passe avec aisance du ton le plus rabelaisien à une éloquence presque cornélienne, puis termine sur un mode familier par une plaidoirie en faveur des cafés de Londres qu’un édit royal vient de fermer comme nids de sédition

S1 les discours des animaux dans les premiers siècles de Rome présageaient avec certitude des évènements prodigieux, le genre humain tout entier peut jurer que se réalisera

FaRaO ls AE

ce que deux chevaux inanimés déclarent.

Mais j'aurais dû vous dire qu'avant de se séparer

les deux rosses galopèrent à Whitehall et là humblement [pétèrent.

Ces pets annonçaient la chute de la monarchie plus clairement

que tout ce qu'elles avaient dit auparavant.

Si les discours oraculaires des sybilles delphiques

(à ce que disent de savants hommes) sortaient de leur cul,

pourquoi nos chevaux, puisque les paroles ne sont que du vent,

n'auraient-ils pas eux aussi l'esprit de prophétie par derrière ?

Quoique les tyrans fassent des lois, publiées avec de sévères

[sanctions,

pour cacher leurs propres crimes et couvrir leur honte,

lès animaux des champs et les pierres des murs

publient toujours leurs fautes et prophétisent leur chute;

quand on enlève au peuple la liberté de la parole

on lui enseigne seulement à recourir plus tôt à l'épée.

Que la Cité boive du café et grogne tranquillement

« Ceux qui ont vaincu le père ne seront pas les esclaves du fils ».

C’est le vin et les boissons fortes qui font croître les séditions,

tandis que le chocolat, le thé et le café sont des liqueurs

[pacifiques ;

parmi ceux qui les boivent point de querelles ni de jurons;

c’est Bacchus et le brasseur qui sacrent « Au diable ! » et [< A mort ! ».

Aussi Charles rapporte ton récent édit contre le café;

il y a dix fois plus de trahison dans l’eau-de-vie et la bière.

À travers la traduction en prose le lecteur français sent-il quelque chose du mouvement que le rythme communique à l'original ? Certes ce mélange de tons ne va pas sans quelque incohérence (140), mais on sait gré à Marvell de tant de bonne humeur dans l'expression de ses sentiments politiques les plus profonds et les plus ardents. La sincérité n’est pas moindre ici que dans la Prophétie de Nostradamus, et l'agrément de la satire est bien supérieur.

A cette différence de ton ne correspond pas une différence de style. Satires en distiques héroïques et satires en vers accentuels emploient à peu près le même vocabulaire et les mêmes images. Celles-ci, souvent recherchées et intellectuelles, constituent le principal trait commun au poète satirique et au pote lyrique; celui-là, volontiers brutal et tou-

(140) Margoliouth dans sa note sur la date de cette pièce suggère que les huit derniers vers ont été ajoutés par Marvell quelque deux mois après la composition &u

reste.

Taie

jours coloré, fait songer aux écrits polémiques en prose. Cette constatation de la nature mixte du style de Marvell dans les satires nous dispense d’en faire une étude séparée ; il suffit de renvoyer le lecteur à nos chapitres III et VII (141). Et pour conclure cette analyse des éléments qui entrent dans la composition des satires de notre poète, sujets, idées, forme, rien ne vaudra la traduction intégrale d’une d’entre elles. Nous choisissons la pièce Sur la statue du Marché-aux-Ceps à cause de sa brièveté, de l'absence presque complète d’allusions obscures qui exigeraient un long commentaire historique, enfin de son enjouement qui n'exclut pas la violence mais qui la rend supportable au lecteur d’aujourd’hui (142).

De même que les bourgeois qui cèdent au farouche conquérant construisent à leurs frais une citadelle dans leur ville, de même le chevalier Viner érigea la statue du Roi en mémoire de la défaite des banquiers et de la ruine de la rue des Lombards.

D'’aucuns ont trouvé cet acte généreux et chevaleresque de fournir à la Cité un roi et un coursier alors que Viner aurait pu sans déshonneur revenir sur sa [promesse :

(141) Voir particulièrement chapitre III, notes 233, 235, 236, 239, 242, 253, 254, 256, 260. — Les allusions mythologiques, avons-nous dit, sont plus nombreuses dans les satires que dans les poésies lyriques (de même les allusions à l'antiquité non mythique); si nombreuses que leur abondance dans une pièce d’authenticité discutée peut servir d'argument en faveur de l'attribution à Marvell (voir la note de Margoliouth sur Clarindons House-Warming). Voici la liste des souvenirs classiques dans quelques satires dont Marvell est presque sürenent l’auteur (nous ne distinguons pas le fabuleux de l'historique) : dans Fleckno, Néron récitant ses vers au théâtre et ne permettant à personne de sortir même pour des besoins urgents (v. 126 — voir la note de Margoliouth), Périllus étrennant le taureau construit par lui pour Phalaris (v. 152); — tout Tom May’s Denth; — dans The Character of Holland, les Tritons et les Nymphes marines (v. 31), les Pygmées en lutte avec les grues (v. 30), Darius choisi comme roi de Perse grâce à son cheval qui hennit le premier aw soleil levant (v. 43; — allusion c'ailleurs brève et peu explicite), le Batave Civilis (v. 82), Hercule (v. 94 et 137-8; — dans ce second passage il y a contamination de la légende de l’hydre de Lerne et de celle des eux serpents étranglés par ie héros dans son berceau), le mont Athos et Dinocrate (v. 08), l’alcyon couvant sur la mer (v. 130), Carthage et Rome (v. 141-2), le Sénat anglais (v. 143), Neptune et son trident

(v. 140), Jupiter et Pluton (v. 151-2); — dans The Last Instructions, Protogène peignant le chien d’Ialysus (v. 21-6), l’âge d’or (v. 47), le principe d’Archimèce et la couronne votive d'Hiéron (v. 51-2; — voir la note de Margoliouth), Alexandre cédant

Campaspé à Apelle (v. 1o1-2), les Harpies (v. 142), Horatius Cocles (v. 249-650), Eson rajeuni par Médée (v. 337-8), Clarendon-Jupiter du haut &e son Olympe foudroyant le titan Buckinghan: (v. 356-8), Sisyphe et son rocher (v. 360), Clarendon-Vulcain forgeant ses foudres parmi ses Cyclopes (v. 371-2), Pasiphae et ses bestiales amours (v. 407-8), la philosophie de Sénèque (v. 448), Clarendon frappant du pied le sol d’où sort une fourmillière & Myrmidons, contamination, semble-t-il, de la légende d’Eaque et de la vantardise imputée à Pompée (v. 487-8), les travaux d'Hercule (v. 520), les nymphes de la Tamise, et celles de l’Esk et de la Seine (v. 527 et 656; — dans Îles deux cas il s’agit bien de naïades et non Ge paysannes mortelles comme dans les poésies lyriques ; ‘cf. chap. IIT, note 181), Neptune et son trident qui lui sert de levier pour faire franchir aux Hollandais les hauts-fonds de la Tamise, Eole gonflant leurs voiles et les Tritons les accompagnant du son de leurs conques (v. 543-50), les rives de l’Euphrate (v. 623), Hercule se brülant sur le mont Œta (v. 695), Neptune de nouveau (v. 749), Cérès, Flore, Bacchus (v. 973-4), des lapins détruisant une ville d’Hibérie comme le rapportent ‘Varron et Pline l'Ancien (v. 982).

(142) Le texte de cette satire dans l'édition Margoliouth est éclectique et adopte la leçon que donne la majorité des manuscrits et des éditions; nous ne l'avons pas suivi partout et nous avons préféré les leçons qui nous semblaient les plus intelligibles ou les plus amusantes. — Pour l’occasion de cette satire, voir supra, p. 12.

ON

; ; à ee d’un vœu fait pour obtenir une mer calme on est délié par le [naufrage.

Mais maintenant il apparaît que du commencement à la fin c'est une vengeance et une méchanceté préméditée dresser le jour anniversaire du Roi une chose qui le montre bien plus semblable à un singe qu’à un roi !

Alors que chaque passant trouve à redire au cheval tous affirment que le Roi est bien pire; et certains d’après la ressemblance soupsonnent le chevalier [Viner d’avoir à la place de celle du Roï érigé sa propre statue.

Le voir ainsi défiguré fait gronder les marchandes de légumes,

plus gracieuses que lui quand elles sont juchées sur les paniers

[de leur âne;

si précaire est son assiette que tout le monde s’accorde à dire que Guillaume Peake (143) lui-même se tient mieux en selle.

Mais un marché, disent les uns, convient bien à ce roi qui achète le parlement et vend les revenus publics (144), et d’autres pour compléter l’analogie disent que Sa Majesté aussi est souvent achetée et vendue.

Cette statue assurément est bien plus diffamatoire que toutes les caricatures hollandaises qui ont causé la guerre; et cet argent que le trésor public s’est chargé de garder [pendant cette guerre (145), nous pouvons désormais le confisquer avec meilleure raison.

Mais Robert Viner pour couper court aux médisances fait retomber la faute sur l’artiste et allègue que lui-même n’a pas mis la main à l’œuvre, car il ne fait de simulacres qu’en or, non en pierre (146).

Mais, messire de la Vigne, comment vous est-il venu à l'esprit, après avoir amené votre suzerain sur l’échafaud, de le cacher derrière des toiles et des planches, comme si vous aviez voulu lui préparer cercueil et linceul ?

Blood l’a-t-il volé comme naguère sa couronne ? Ou le Roi est-il allé en mascarade chez Clayton ? (147). Ou siège-t-il en petit comité dans son cabinet ?

Ou l’avez-vous emmené à la prison pour dettes ?

(143) Marchan& d’estampes, maire de Londres en 1667. (144) Allusion 1) à la corruption parlementaire, 2) à l'affermage des impots. (x45) Allusion à la banqueroute nationale de 1671/2, appelée « fermeture de l’Echi-

(146) Viner était orfèvre. H (147) Riche notaire [scrivener]. — D'après À Dialogue between the Tao Horses,

v. 110 Charles II aurait compté la femme de Clayton parmi ses maîtresses.

M'est avis d’ après ce vil déguisement et ce décor que vous avez envie de le changer en un paillasse. Sinon pourquoi l'exposer ainsi aux railleries populaires comme pour dire qu'autant vaudrait un roi fait de guenilles ?

Ou bien est-ce par modestie que vous dissimulez ses glorieux | [rayons avec trois planches fracassées et un lambeau de voile ? Est-ce pour indiquer que sa flotte fut fracassée et mise en pièces l'anniversaire de sa naissance et de sa restauration ? (148)

Certes le Roi ne voudra jamais rembourser ses banquiers puisque leur dévoäment expire avec ses jaunets. Si les Indes et Smyrne ne l’enrichissent (149) à peine lui offriront-ils un pauvre haïillon pour ses fesses.

Mais Viner affirme que nous lui faisons grande injure « C'est le sculpteur qui met tout ce temps à corriger la statue >». Mais hélas ! l'artiste n’atteindra jamais son but, car c’est un roi que nul ciseau ne saurait amender.

Pourtant rendez-nous notre roi avec toutes ses fautes ; aussi vrai que vous espérez en décembre la venue du printemps. Car, quoique le monde entier ne puisse en montrer un pareil, nous aimons mieux lui que son bigot de frère.

Quel rang de telles œuvres assurent-elles à Marvell parmi les satiriques de son temps ? Pour lui accorder le premier il faudrait non seulement spécifier que Dryden est hors de cause (celui-ci n'écrit pas de satire politique avant 1681) mais encore faire abstraction de Butler, dont le poème, malgré de graves défauts de construction, garde, grâce à la perfection formelle et à la profondeur de certains passages, une valeur permanente à laquelle ne sauraient prétendre les satires de Marvell. Mais Hudibras se place sur un plan tout autre que Les dernières instructions et même qu'Un dialogue entre les deux chevaux ; il s'inspire du passé, passé récent il est vrai, tandis que notre poète écrit au jour le jour. On pourrait donc poser ainsi la question : Marvell est-il le plus grand des satiriques anglais qui prirent pour texte les évènements survenus entre 1660 et 1678 ?

Mais une telle enquête se heurterait à l'incertitude des attributions. Les satires aujourd’hui retirées à Marvell par une impitoyable critique

(148) Allusion à la bataille navale du 28 mai 1672 dans la baie de Southwold. L’anniversaire exact était le 20.

(149) En mars 1671/2, plusieurs jours avant la déclaration de guerre, une flotte anglaise avait attaqué au large de l'ile &e Wight les navires de commerce hollandais re-

venant de Smyrne et valant au total quinze cent mille livres sterling. L'attaque avait échoué.

ne sont pas toujours, tant s'en faut, inférieures à celles dont il conserve, en l'absence de preuve contraire et plus par prescription qu’en vertu de titres incontestables, la possession assez précaire. Le début d'Un poème historique est plus fin, plus marvellien que Britannia et Raleigh ou que la Prophétie de Nostradamus; l’'Avis à un peintre, dont il semble bien qu'il faille faire honneur à ce vaurien d'Henri Savile, l'emporte facilement sinon sur les Dernières instructions du moins sur les Nouvelles instructions. Et le cas de Marvell n’est pas unique. Pareille obscurité enveloppe les auteurs de presque toutes les pièces satiriques écrites sous le règne de Charles II. La plus parfaite, Les jeunes hommes d'état (ou Les Jouvenceaux) (150), du reste postérieure à la mort de Marvell, revient-elle à Dryden, ou à Rochester, ou à Dorset ? Sous le nom de ce dernier pas une seule satire politique ne subsiste dont la paternité ne puisse être mise en doute; aussi serait-il vain de l’opposer à notre poète.

Du pseudo-Denham (autre exemple de ces problèmes insolubles) nous avons assez montré la seule supériorité sur Marvell : la découverte de la valeur satirique du thème du peintre. Par ailleurs il n’a donné qu’une grossière ébauche de ce que notre poète devait refaire peu après et bien mieux que lui. Plus dangereux comme rival est Rochester dans lequel Marvell, s’il faut en croire Aubrey, voyait « le seul homme d'Angleterre qui eût la vraie veine satirique » (151). Cet éloge fait honneur à la modestie de Marvell et aussi à son sens critique, car il s’y montre capable d'apprécier le don littéraire même chez un confrère dont il devait mépriser la corruption morale. Aubrey a dû entendre ces paroles tout à fait à la fin de la vie de Marvell, quand celui-ci avait cessé d'écrire des vers anglais; en effet Rochester, né en 1647, quoique précoce ne produit rien de notable avant 1675 (152). La même année il rend hommage à l'esprit des pamphlets en prose de Marvell (153). De fait l'Histoire des Insipides est pleine d’imitations ou de réminiscences marvelliennes. Pourtant on y distingue déjà la note propre de Rochester. Il a moins d'emportement, peut-être parce qu’il a moins de conviction, mais plus de méchanceté, ce qui donne à ses satires une qualité plus rare. Marvell se sert d’une massue, Rochester d’un stylet.’ L'ironie glacée de ces vers sur Charles IT fait penser au poli de l'acier :

Il récompense les ennemis de son père, épargnant ceux qui lui ont coupé la tête; quant aux vieux cavaliers, meilleur rempart de la couronne, il les laisse mourir faute d’un morceau de pain. Jamais aucun roi n’a été doué d'autant de grâce et de gratitude (154).

(iso) On the Young Statesmen, ou The Chits. (State Poems, 1697, I° partie, p. 173, etc...)

(151) Op. cit., II, 54 : & I remember I heard him say that the earle of Rochester was the only man in England that had the true veine of satyr ».

(152) À Satyr against Mankind semble être de cette année.

(x53) Voir chapitre VII, infra.

(154) The History of Insipids (1676 ?).

His father’s foes he doth reward, Preserving those that cut off’s heaû;

Toutefois c'est seulement après la mort de Marvell que Rochester donnera toute sa mesure; il ne survivra à son aîné que deux ans, mais qui comptent dans l’hisoire d'Angleterre. Il aura aloïs changé de camp et résumera en huit vers les prétentions inouïes du parlement dominé par les whigs dans sa Pétition des Communes au Roi

En toute humilité nous implorons notre souverain de devenir notre esclave, et humblement prions qu’il nous soit livré par une très loyale trahison; et s’il lui plaît de déposer sceptre, dignité et couronne, nous ferons de lui à tout jamais le plus grand prince de la chrétienté (155).

Le fait que ce programme s'est réalisé de point en point, sinon pour Charles II du moins pour ses successeurs, et que personne n’y trouve plus rien d’exorbitant, ne diminue pas le mérite de celui qui a su l'exprimer si tôt et si clairement avec une ironie qui constituait alors une suffisante réfutation. Et la facture a un fini que l’on chercherait vainement dans les meilleures satires de Marvell. C’est le grand seigneur débauché qui regratte les mots et les syllabes, et c’est le bourgeois érudit qui écrit en amateur, à la cavalière. Aussi, n’était la dette de Rochester envers son aîné, l’on serait tenté de le déclarer supérieur.

Déjà la Pétition des Communes nous a fait entrer dans le tourbillon du prétendu Complot papiste. À comparer Marvell et Oïdham nous sortirions tout à fait de la question que nous nous sommes posée, car les Quatre satires contre les Jésuites sont inspirées par les évènements de 1679 et leur auteur n'avait auparavant écrit aucune pièce politique; ül n'est donc pas strictement contemporain de notre poète. D'ailleurs leurs talents sont fort dissemblables. L'originalité d'Oldham a consisté à délaisser le particulier pour le général et la chronique rimée pour la satire abstraite. Marvell avait bien, en passant, donné un échantillon de ce genre dans les invectives anticléricales du Fidèle Ecossais; et le procédé même de la confession du criminel qu’Oldham applique à Loyola se trouve dans Britannia et Rawleigh appliqué à la figure allégorique du Despotisme. Mais Oldham donne une ampleur nouvelle à ces développements oratoires, et s’il renforce les qualités que son prédécesseur y avait apportées en de rares instants, il exagère encore davantage

Old Cavaliers the Crown’s best guard, He lets them starve for want of bread.

Never was any king endowed With so much grace and gratitude, (155) The Commons petition to the King.

In all humility we crave Our sovereign may be our slave, And humbly beg that he may be Betrayed to us most loyally; And if he pleases to lay down His scepter, dignity an& crown, W'd make him for the time to come The greatest prince in Christendom.

les défauts, avec toute l’intempérance d'un jeune homme qui vient de faire sa rhétorique dans Juvénal.

Dans ces limites assez étroites il n’y a pas de pattialité à décerner la première place à notre poète. Il reste le satirique par excellence des dixhuit premières années du règne de Charles II. Mais plus glorieux pour lui que cette primauté est le fait d’avoir préparé à Dryden la voie où celui-ci devait atteindre le sommet de la satire politique anglaise. Absalon et Achitophel est une chronique rimée comme les Dernières instructions; le déguisement biblique dans l’un et la convention du tableau à peindre dans l’autre ne doivent pas nous cacher la ressemblance de structure. Certes les circonstances servent mieux Dryden que Marvell : la tragédie qui se déroule de 1678 à 1682 fournit une matière bien plus riche que les incidents de 1667. D'autre part la marche du poème de Dryden n’eût pas semblé irréprochable à un classique français contemporain. C’est un fleuve puissant mais au cours parfois engorgé. Ces déductions faites, la supériorité de l'écrivain plus jeune sur son aîné demeure si écrasante qu’il y aurait de la cruauté à insister. Cette supériorité se manifeste surtout dans les portraits, moins nombreux mais plus étendus, de sorte que leur importance s’accroît et que celle de la narration diminue à proportion. Qu'on lise après celui de Turner, dans les Dernières instructions, où Marvell s’est surpassé lui-même, les portraits de Buckingham et de Shaftesbury, dans Absalon et Achitophel : on verra d’un côté la science de la composition, de la perspective, du relief, des jeux de lumière et d'ombre, une touche magistrale, de l’autre un dessin raide, des couleurs unies, une naïve gaucherie d'exécution qui sollicite de nous, non sans succès. d’ailleurs, l’indulgence amusée du décadent pour le primitif. Enfin si la grossièreté ni la violence n'ont pas disparu entièrement du poème de Dryden, la feinte modération, peut-être apprise à l’école de Rochester, s’y montre capable de faire les plus cruelles blessures. Marvell avait eu parfois l'intuition de cette vérité essentielle; on ne peut dire qu’il y ait conformé l’ensemble de son œuvre, ni surtout ses satires régulières les plus ambitieuses.

De notre poète à Dryden le progrès de la satire politique est immense, et ne saurait s'expliquer autrement que par la supériorité du génie servi par l'application sur le talent desservi par la négligence. Mais en même temps que la différence des tempéraments, on sent ici la différence entre deux âges d'un genre, la jeunesse et la maturité. Le gain qui résulte du passage de l’une à l’autre apparaît d'emblée; en faut-il conclure que ce gain ne se paie pas ? Sans opposer en une antithèse artificielle, à la Macaulay, la sincérité de Marvell et la vénalité de Dryden, on peut se demander si dans le cas de ce dernier le souci de la forme ne constitue pas l'indice d’une conviction moins ardente, et même, en restant sur le terrain de l’art, si la satire de notre poète, avec tous ses défauts, ne possède pas une certaine verve spontanée qui est, nous ne dirons pas absente, mais moins fréquente et moins vive chez son grand

successeur.

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