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conformistes autrement qu'en « les forçant à entrer dans les églises anglicanes pour y entendre la défense d’une bonne cause » (110) : chàtiment plus sévère peut-être que ne le soupçonne l’auteur, du moins le jour où lui-même occupera la chaire. Mais il continue imperturbablement en réclamant du pouvoir civil cette seule aide : qu'on amène à ses sermons, sans doute manu mulitari, les plus grands orateurs dissidents, et que ceux-ci « l’écoutent loyalement » [give him a fair hearing] (t11). Il est superflu d’ajouter que Turner confond dans la même réprobation catholiques et calvinistes qu’il voit ligués pour humilier l’épis- <opat au profit soit du pape soit des ministres (112), et que pour lui l’église établie par Elisabeth représente le dernier mot de la sagesse humaine, sans parler de son institution divine. Ce conservateur-borne en matière ecclésiastique adopte pour devise la parole du centurion de Tite-Live, qui fit faire halte à ses soldats là où le hasard l'avait placé « [Hic manebimus optime » (113).
Beaucoup plus érudite et vigoureuse, plus iñtransigeante aussi, est ja réponse anonyme (comme celle de Turner, mais dont l’auteur ne s’identife pas aussi facilement) à l'ouvrage de Croft, parue peu après sous le titre peu chrétien de Lex Tahomis, ou l’auteur de Vérité toute nue dénudé (114), dans lequel l'esprit de l’église, selon la définition du Lutrin, se révèle dans cette phrase énergique : tolérer les Ariens « aurait sans aucun doute sauvé beaucoup de milliers de vies et damné autant d’âmes » (115). Dans la mesure où un profane peut en juger, l’auteur de Lex Talionis triomphe de Croft sur le terrain historique; il triomphe avec insolence : « On doit s'étonner, dit-il, que cet homme, qui semble avoir toujours vécu dans le creux d’un arbre, ait entendu dire par hasard qu'il y avait eu jadis une chose appelée le concile de Nicée » (116).
La réponse de Marvell le montre de nouveau bon manœuvrier. D'abord il laisse prudemment de côté Burnet qui s’est proclamé « plutôt prévenu [byassed] en faveur des non-conformistes » (117). Ensuite il ne décoche qu’un ou deux traits aux auteurs supposés de Lex talionis (118), pour prendre le seul Turner comme tête de Turc. Mais en même temps il porte son effort le plus sérieux contre les bases historiques de l’intolérance anglicane. D'où la division de sa riposte en deux ouvrages distincts : Monsieur Minaudier, ou le théologien à la mode, et Un bref essai historique sur les conciles æcuwméniques, les symboles et la contrainte en matière religieuse. Le titre du premier de ces deux ouvrages, comme
celui de la Répétition transprosée, est emprunté à un succès dramatique
de l’année. Dans la comédie d’Etheredge, L'homme à la mode, ou le
(x10) P.ur4.
Pr) PAT 7e
Cr) RS:
(x13) P:766. —Tite-Live, Livre V,'$ Lv.
(114) Voir bibliog. n°5 60 et 61.
(as) £
(116) P. 30 : ’Tis to be wondered at, how this man, who seems to have always lived in a hollow tree, came to have heard by chance that there was once such a thing in the world as the council of Nice ».
(117) À modest SUTVEY... P- 28. — Il est d’ailleurs possible que la réponse de Burnet à Croft ait paru après celle de Marvell à Turner (voir bibliog. n° 62).
(118) Grosart, IV, p. 150.
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chevalier Petitfat Papillonnant (119), apparaît un aumônier du nom de Monsieur Minaudier, personnage quasi-muet dont les quelques répliques ne nous apprennent pas grand chose, mais qui devait exciter le rire par le jeu de l'acteur (120). D'après ce que nous dit Marveli, cet ecclésiastique de théâtre avait un air solennel et creux, aussi empesé que son rabat; chez lui l’habit faisait le prêtre, et l'habit enlevé il ne cerait resté qu’un bien mince personnage (121). D'ailleurs le sous-titre indique une allusion à « l’homme à la mode », le chevalier Petitfat lui-même, et Marvell compare aussi Turner au personnage sympathique de la pièce, le libertin spirituel et fastueux avec goût, Dorimant (122). Jusqu'ici rien de nouveau dans la tactique du pamphlétaire : il reprend le procédé qui lui a si bien réussi contre Parker, dont il rappelle le souvenir avec le plaisir d’un vainqueur à parler de sa victime (123). Comme sur Parker naguère il rejette sur Turner la responsabilité du ton badin employé pour des sujets sacrés (124). Quant à la composition, elle est aussi faible, ou plutôt nulle, que dans la Répétition transprosée : Marvell se moque de Turner qui a répondu en 66 pages aux 66 pages de Croft, et qui a cru sa tâche terminée « quand il eut payé exactement son adversaire, sinon avec une taille de même valeur, du moins avec le même nombre d’hoches » (125); mais lui-même fait pire, car il écrit, après un préambule général [pp. 6-12] (126), des « Annotations sur les Animadversions sur le titre, la dédicace, etc. » [pp. 12-28], puis des « Annotations sur les Animadversions sur le premier chapitre, relatif aux articles de foi », et avec une telle prolixité qu'il ne peut aller plus loin. À vrai dire, conscient de son défaut, il se fouette à deux reprises pour se faire avancer [pp. 62-3 et 65] en prenant soin qu’une bonne partie des coups tombe sur les épaules de Turner. Mais il lui est moins facile de se corriger que de corriger son adversaire. Aussi Marvell finit-il par renoncer à son projet « d’aller chapitre par chapitre, apposant comme Turner un titre différent à chacun d’eux » [p. 83]. Il se contente de noter quelques critiques sans même l'apparence de transitions entre elles, et s'excuse de s'arrêter court en invo-
(x19) The man of mode, or Sir Fopling Flutter.
(x20) Ibid., Acte V, sc. IT : il se cache dans un cabinet; quand il en sort un des personnages s’écrie : @& À pretty spruce fellow ! What may we call him ? » — «€ Mr. Smirk, my Lady Biggot’s chaplain. » — « À wise woman ! adod, she is. The man will serve for the flesh as well as the spirit ». On reconnaît la grossièreté habituelle &@u théâtre de la Restauration, maïs rien n’autorisait, semble-t-il, Marvell à imputer des mœurs dissolues à Turner, et il ne l’a pas fait explicitement.
(x21) Grosart, IV, pp. 11-12. Voyez aussi comment Wood interprète l'intention de Marvell : « … which name of Smirk he grave D' Turner because in his conception he was a neat, starch’'d, and formal divine ». (Ed. Bliss, IV. 546).
(122) Grosart, IV, p. 12 : « So that there was more to do in equipping of Mr. Smirke then there is about Doriman [sic], and the Divine in Mode might have vye& with Sir Fopling Flutter ». Dans la pièce Petitfat, loin de se considérer comme une création du tailieur, s'écrie fièrement : « My clothes are my creatures » (Acte IVe)
(123) Grosart, IV, p. 51, et aussi p. 158, à la fin de l’Essai.
(124) Ibid., p. 60.
(x25) Ibid., p. 60 : & For the Author's book of the Naked Truth, chancing to be of sixty-six pages, the Exposer has not bated him an ace, but payed him exactly though not in as good billet, yet in as many notches ». 4
(126) Les chiffres entre parenthèses droites sont ceux de l'édition Grosart, vol. IV où Monsieur Minaudier occupe fes pages 6-90. |