‹ André Marvell poète, puritain, patriote 1621-1678Chapitre 49 sur 88 · NA AN · texte numérisé non relu

NA AN

Dans tous ses pamphlets (sauf — jusqu’à un certain point — l’Essai et la Relation) l'attitude de Marvell ne se définit que par rapport aux contemporains qu’il défend et surtout qu’il attaque; elle est critique et négative. Il s'ensuit qu’un récit de ces controverses fait plus de place aux amis et aux adversaires de notre auteur qu’à lui-même, si l’on s’en tient au fond. Mais la situation se rétablit en sa faveur dès que l’on considère le style. Grâce à son esprit plus qu’à la valeur de sa pensée, plus même qu’à la bonté ou à la victoire de la cause qu'il soutenait, les écrits théologico-politiques de Marvell ont survécu à ceux qu’ils réfutaient. C’est de ce point de vue que se justifie l'éloge de Swift, un peu surprenant au premier abord : « Il y a une exception », dit l’auteur

(155) Dans la vie de Danson (Athene, Ed. Bliss IV, 5094) il se pose sans y répondre la question : les Remarques sont-elles &e Howe ? f : à (156) Cette vie est placée en tête d’une édition des Œuvres de Howe. L allusion à Marvell se trouve page 22.

du Conte du Tonneau, à cette règle que les réfutations périssent comme les plantes annuelles, « c’est lorsqu'un grand génie consent à ridiculiser un sot écrit; ainsi nous lisons encore avec plaisir la réponse de Marvell à Parker bien que le livre auquel il répond ait depuis longtemps sombré dans l’oubli >» (157).

Si la supériorité pour le détail de la forme (abstraction faite de la composition) appartient sans conteste à l’auteur de la Répétition transprosée, le mérite d’avoir découvert cette veine burlesque revient, nous l'avons dit, à celui de la Politique ecclésiastique. Mais peut-on parler de découverte ? (158). Il s’agit tout au plus de l'emploi dans un domaine jusque là réservé aux discussions sérieuses d’une manière d'écrire déjà en vogue depuis longtemps. On pourrait plutôt s’étonner de voir le burlesque triompher à une date aussi tardive. En France les jours où

Jusques à d’Assouci tout trouva des lecteurs

sont révolus. Le Virgile travesti, qui marque l’apogée du genre, achève de paraître en 1652. Quand Louis XIV décide de gouverner par lui-même, l'éclat de sa majesté met en fuite ce genre bas et populaire. Mais l’Angleterre suit nos modes avec un certain retard, et d’ailleurs l’exubérance nationale, que le goût classique naissant ne comprime guère, y trouve son compte. Le succès de Hudibras, effet de cette disposition du public, la renforce à son tour par l’émulation qu’il suscite.

On connaît la formule quasi-mécanique du burlesque : faire parler « Didon et Enée comme des harengères et des crocheteurs » (159), ou en termes plus généraux traiter petitement des sujets grands par nature ou par convention. Quoi de plus tragique qu’une vraie bataille ? Le burlesque abondera donc en descriptions de combats où toute l’effusion de sang se bornera, au plus, à un saignement de nez. Hudibras passe son temps à rosser et à être rossé. Mais Marvell n'avait pas besoin de l'exemple de Butler pour suivre une tradition qui remonte au moins à la Batrachomyomachie. Dès son séjour au château d’Appleton, il racontait dans le plus pur style burlesque l'assaut donné par un ancêtre de Fairfax au couvent où était séquestrée sa maîtresse :

Quelques nonnes opposent en vain sur la brèche leurs saints de bois à l’ennemi.

Une autre plus hardie soutient l’assaut

avec leur vieux goupillon;

tandis que l’abbesse affolée égrène

(57) Ce passage se trouve dans l’Apologie de l’auteur qui précède le conte dans l'édition de 1710 : « There is indeed an Exception, when any Great Genius thinks it worth his while to expose a foolish Piece; so we still read Marvel’s Answer to Parker with pleasure, tho’ the book it answers be sunk long ago ». (Ed. Guthkelch-Smith, D. 10).

(158) Comme le fait Wood, IV, 231 : & the then, but newly, refin’d art (tho’ much in mode and fashion almost ever since) of sportive and jeering buffoonry ».

Pour l'opinion inverse qui fait de Martin Mar-prelate l'inventeur de cet « art », ow du moins le premier à l’employer dans la controverse religieuse, et l’ancêtre de Marvell, voir infra, chap. VIII, notes 12 et 13. À notre avis la ressemblance entre les deux pamphlétaires puritains est assez vague (voir toutefois n. 36 supra).

(159) Boileau. Lutrin, Au lecteur (1674).

les cliquetants boulets ramés de son chapelet ; mais leur canon le plus bruyant était leur poumon et leur arme la plus perçante était leur langue. Mais, les chassant de la main comme mouches.

le jeune Fairfax escalade le mur. (160).

Voici maintenant, emprunté à la première partie de la Répétition transprosée, un tableau de l’alarme que la Déclaration d'Indulgence provoque dans le parti de la Haute-Eglise : « Dès la publication quelques-uns de vos supérieurs, dit-il à Parker, gens de votre robe, firent passer le mot d'ordre dans le camp ecclésiastique, et commandèrent de battre ces tambours, les chaires, contre le Papisme.. Et pourtant ils avaient oublié pendant des années qu'il existât dans notre nation la créature appelée papiste récusant; pourtant la « théologie polémique et controversiste » (161) pendait depuis si longtemps dans les grands salles de nos manoirs comme l’armure rouillée et surannée de nos ancêtres, plutôt pour rappeler les anciens temps et pour faire rire que pour servir; et tout à coup. heureux celui qui le premier put en grimpant sur un escabeau décrocher une vieille cuirasse ou un haubert qui avait été porté du temps de la reine Elisabeth. ! Certains l’endossèrent en hâte sans enlever la rouille; d’autres se mirent à huiler et à fourbir leur armure: les uns pissaient dans le canon de leur mousquet, d’autres crachaient dans le bassinet pour le nettoyer. Ici l'on pouvait voir un casque mis c'en devant derrière, là une boucle sur le dos qui aurait dù être sur là poitrine. Certains par erreur se saisirent d'arguments sociniens-arminiens, d’autres d'arguments papistes pour combattre un papiste. Ici un nain perdu dans les accoutrements d’un géant; là un Don Quichotte équipé de pièces disparates et de toutes les paroisses. Jamais il n’y eut telle incongruité ni telle non-conformité [que] dans leur appareil. L'un courait emprunter un sabre à Calvin, celui-ci un mousquet à Théodore de Bèze; celui-là une bandouillère à Keckermann lui-même. Mais quand ils en vinrent à chercher mèches, balles et poudre, il n’y en avait plus à vendre. Les fanatiques [— dissidents] les avaient toutes achetées, et les leur firent payer un prix exorbitant. Et ce n’était un moindre divertissement de contempler les chefs. Peu savaient lancer des commandements et comprenaient l'instruction d’une compagnie : ils étaient aussi novices que leurs soldats étaient gauches, et l’ensemble faisait un spectacle aussi plaisant que l'exercice de la milice dans le comté de — » (162).

(160) Upon Appleton house, v. 249-538 :

Some to the Breech against their KFoes Their Wooden Saints in vain oppose.

Another bolder stan@s at push With their old Æoly-Water Brush.

While the disjointed Abbess: threads The gingling Chain-shot of her Beads.

But their lowd’st Cannon were their Lungs; And sharpest Weapons were their Tongues.

But, waving these aside like Flyes, Young Fairfax through the Wall does rise.

(161) Expression méprisante dont se sert Parker pour désigner les écrits calvinistes. (162) Grosart, vol. III, pp. 188-190 : & For I suppose you cannot be ignorant that some of your superiors of your robe did, upon the publishing that Derlaration, give the word, and deliver orders through their ecclesiastical camp, to beat up the

Marvell a lâché la bride sur le cou à son esprit; il en oublie même que: dénigrer la milice, c’est faire le jeu des partisans d'une armée permanente, nouveauté qu'il déclare par ailleurs destructive des libertés anglaises (163).

Outre l'allure générale du morceau un trait au moins rappelle Butler : la comparaison de la chaire avec un tambour sur lequel s’abat en guise de baguette le poing du prédicateur (164). Maïs par delà ce modèle récent, on retrouve Cervantès qu’une allusion à son héros désigne exphicitement : et surtout la plaisanterie copieuse et un peu grasse évoque nécessairement notre Rabelais (165). Ici encore Marvell suit les traces de Parker auquel il reproche d’ailleurs « d’avoir lu Don Quichotte trop tôt et la Bible trop tard » (166). Il est de fait que l’archidiacre de Cantorbéry trouve nombre de ses effets dans l’histoire du chevalier de la triste figure et de son écuyer. De même, quand Marvell cite dans la deuxième partie de la Répétition transprosée une anecdote empruntée à la légende rabelaisienne, il a soin d’ajouter que le curé de Meudon est pour Parker « une vieille connaissance »; et, un peu plus loin, il appelle un des pamphlétaires venus au secours de l’archidiacre € son second Rabelais », comme s’il voulait en bon puritain rejeter sur ses adversaires l’opprobre qui s'attache au nom même du conteur gaulois (167).

pulpit drums against Popery… So that, though for so many years those your Superiors had forgot there was any such thing in the nation as a Popish recusant; though « polemical and controversial divinity » had for so long been hung up in the halls, like the rusty obsolete armour of our ancestors, for monuments of antiquity, and for &erision rather than service; all on a sudden.… happy was he that could climb up first to get down one of the old cuirasses or an habergeon that had been worn in the days of Queen Elizabeth. Some clapp'd it on all rusty as it was, others fell of oyling and furbishing their armour ; some piss’d in their barrels, others spit in their pans, to scowrthem. Here you might see one put on his helmet the wrong way; there one buckle on a back in place of a breast. Some by mistake catched up a Socinian-Arminian argument, and some a Popeish to fight a Papist. Here a dwarf lost in the accoutrements of a. giant; there a Don Quixot in an equipage of Giffering pieces and of several parishes. Never was such incongruity and Nonconformity in their furniture. One ran to borrow a sword of Calvin; this nan for a musket from Beza; that for a bandeleers even from Keckerman. But when they came to seek match, and bullet, and powder, there was none to be had. The fanaticks had bought it all up, and made them pay for it most unconscionably and through the nose. And no less sport was it to see their leaders. Few could tell how to give the word of command, nor understood to drill a company : they were as unexpert as their soldiers aukward; and the whole was as pleasant a spectacle as the exercising of the trained bands in shire ».

(163) Cf. Ch. VI, supra, et la lettre à Hull du 17 novembre 1660 : « I can not but remember, though then a child, those blessed days when the youth of your own town were trained for your militia, and did methought become their arms much better then any soldiers that I have seen there since ».

(164) Hudibras, Part I, Canto ÎÏ, v. 11-2.

(165) Marvell était fort capable &e lire Rabelais dans le texte, mais il a eu à «a disposition la traduction des livres I et II par Urquhart de Cromarthy, parue en 1653. Le seul passage de Rabelais cité par Marvell (Grosart, III, 300) provient du livre EE, chapitre III. La citation est d’ailleurs inexacte : & This is. like Doctor Rabelais his setting Julius Caesar to beat mustard.… ». Or l’on sait que « Jules Caesar et Pompée estoient guoildronneurs de navires » et que « Xercès crioit la moustarde ». Urquhart tracuit exactenvent. Le passage ne prouve donc ni que Marvell se soit servi de la traduction, ni le contraire.

(166) Grosart, vol. III, p. 46 : « This happens by his growing too early acquainted with Don Quixot, and reading the Bible too late. Hence it is that you shall hear hi: anon instructing princes, like Sancho, how to govern his island. y», Cf. p. 184, et aussi p. 140, où se trouve une citation de Parker relative à l’armet de Mambrin. — P. 146 Marvell fait allusion à l'épisode des moulins à vent.

(167) 1bid., pp. 247-8. Ces allusions à Rabelais interviennent au cours d’un passage-

Mais ceux-ci ont déjà pu signaler dans la première partie de la Répétition transprosée « une humeur gargantuesque » (168) en citant comme exemple ce passage (il s’agit de Parker qui vient d’entrer chez un grand seigneur en qualité d’aumônier) : « Il fut alors transporté par la sainteté de son ministère jusqu’au ravissement extatique. On le vit pendant ses prières soulevé parfois en l'air, et une fois en particulier si haut qu'il se fêla le crâne contre le plafond de la chapelle. ». Assez curieusement la métaphore reprend, quelques lignes plus bas, mais accomodée au goût métaphysique. Parker devient de plus en plus amoureux de lui-même, et « cette fêlure de son crâne, comme c’est le cas pour les miroirs brisés, le multiplie dans sa vanité et son imagination » (169). Si l’exagération burlesque vient de Rabelais, elle prend donc chez Marvell un tour bien anglais, tout aussi mécanique maïs plus bizarre.

Voici un procédé polémique qui lui est familier et qui dérive aussi de l’habitude des pointes : feindre de prendre au sens concret une expression figurée de son adversaire. Turner a-t-il bien pesé ses paroles avant d'écrire « qu’il obligerait les dissidents « à ouvrir les yeux, bon gré mal gré » ? Car il faudrait deux anglicans pour chaque non-conformiste, sauf pour un borgne par ci par là. Un plus petit nombre d’orthodoxes ne saurait s'acquitter décemment de cette mission, et chaque équipe de deux devrait aller bien en mesure, et ouvrir les yeux de son non-conformiste exactement en même temps, de peur qu’un œil ne füt d’une opinion et l’autre d’une opinion contraire. Et puis l’humanité exigerait qu’on accordât au non-conformiste le temps de cligner de l’œil. Autrement autant vaudrait lui couper les paupières comme les épiscopaliens de Carthage le firent au presbytérien Régulus pour le punir de s’en être tenu au vrai sens de son engagement (170). Mais d’autre part ce serait un trop grand honneur pour un ramassis de gueux fanatiques de se voir servir avec autant de majesté qu’Obeshankanogh, roi de Virginie, qui avait deux écuyers attachés en permanence à sa personne pour lui soulever les paupières chaque fois qu’il jugeait l’homme placé en face de lui digne de son regard » (171).

sur les Phthirophages ou mangeurs de poux qui est lui-même très rabelaisien dans son ‘exagération. 1

Ce que nous avons appelé : «& une anecdote empruntée à la légende rabelaisienne » parait être, nous dit obligeamment M. Jean Plattard, professeur à l’université de Poïitiers, une invention de Marvell lui-même : « Doctor Rabelais, upon examination for his degree, answer’d that if his Gargantua were sick he would prescribe him pilulas evangelicas, ex centum hbris aloes et myrrhae ». L’aloès symbolise l’amertume, non certes de l'Evangile lui-même, mais de ceux qui prétendent le prêcher; on ne voit pas ce que signifie la myrrhe.

(168) Reproof…, p. 269 : & his garagantuan humour ». ;

(169) Grosart, vol. III, pp. 49-50 : & he was transported now with the sanctity of his office, even to extasy : … he was seen in his prayers to be lifted up sometimes in the air, and once particularly so high that he crack'd his scull against the chappel ceiling.… that crack of his scull, as in broken looking-glasses, multiplied hin: in selfconceit and imagination ». Grosart signale avec raison que cette image se trouve dans Donne, The broken heart, in fine. À

(170) L'original dit « covenant » avec une allusion aw pacte de ce nom conclu par les presbytériens écossais en 1638, et dont l'interprétation fut l’objet pendant toute la guerre civile d’interminables discussions. ù

(171) Grosart, vol. IV, p. 79 : & he would oblige them « to open their eyes whether they will or no ». For it would require two of the Church of England to every Nonconformist, unless ’twere here an& there one that had lost an eye in the service. Less

300) ai

Dans le choix de ces éomparaisons héroïco-classique et exotico-grotesque Marvell hésite entre la forme proprement burlesque et la forme inverse de parodie, celle qui ennoblit des pensées ou des évènements mesquins par une expression élevée. Le ridicule naît alors du, désaccord entre l'ampleur du contenant et la petitesse du contenu. De ce genre de plaisanterie Boileau donne vers le même moment dans le Lutrin un exemple qui n’a jamais été égalé. L'usage qu’en fait Marvell n’atteint pas. tant s’en faut, la même finesse. La facétie qu’un bon juge (172) a déclarée la meilleure de toute la Répétition transprosée est moins son œuvre que celle de Parker. Celui-ci dans sa Politique ecclésiastique avait déclaré « moins dangereux de tolérer la débauche que lhérésie » [p. xzv] et soutenu qu’ «une plus grande sévérité s'imposait dans la surveillance des consciences que dans celle des vices et de l’immotalité » [p. xLirr]. Dans la première partie de la Répétition transprosée Marvell avait fait de cette opinion le thème d’une des « six pièces de théâtre » dont il attribuait la composition à « Monsieuf du Laurier » ; il avait intitulé cette pièce : « La débauche tolérée » [Grosart, IIT, 87- 00]. Dans sa Réfutation, Parker se prétendit calomnié [p. 65]. Pour parer l'attaque de Marvell il composa une proclamation où il substitua son titre d’archidiacre à celui de roi et son sobriquet de « Laurier >» au nom du monarque régnant, et dans laquelle il s’efforça de réduire à l’absurde l'accusation portée contre lui en la couchant en termes officiels : « Aussi pour empêcher et prévenir les maux qui menacent de s’abattre sur notre royaume par l'effet de la moralité et de la gravité des non-conformistes, c’est notre volonté et notre bon plaisir d'accorder une licence entière et sans frein à toute sorte de vice et de débauche; et par un don de notre gracieuse faveur princière nous délions tous nos féaux sujets des obligations que font peser sur eux les dix commandements et toutes les lois divines, et toute la législation de ce royaume sans exception, en tant qu’ils contredisent le contenu de notre présente déclaration, et nous requérons tous les juges selon leur compétence de suspendre immédiatement l'application de toutes les peines prévues par la susdite législation, que ce soit le pilori, le fouet, la chiourme, les verges ou la hache, etc.., qui sont par la présente et demeurent suspendues >». Dans la deuxième partie de la Répétition transprosée Marvell commence par reprocher à Parker « la témérité sans précédent avec laquelle il a rédigé cette déclaration au nom de Sa Majesté »; puis, pour ne pas être en reste avec son adversaire, il « obtient de son imprimeur que celui-ci prête à Parker lé secours de son ministère » (173). La décla-

would not do the business decently, and those two also must ba well in order, to open the Nonconformists eyes both at once, lest one eye should be of one and the other eye of a contrary opinion. AnG then they should, in humanity, give them some iñterval for winking. Else they had as good cut off their eye-lids, as the episcopal Carthaginians used the Presbyterian Regulus, for keeping in the true sense to his covenant. But on the other side it would look too big for a company of beggarly Fanaticks to be waited upon in as much majesty as Obeshankanogh the king of Virginia, that had two squires of the body in constant atten@ance, to lift up his eye-lids as oft as he conceiv’d any man worthy to be look’d upon »

(172) W. P. Ker dans sa notice sur les œuvres en prose de Marvell (voir bibliographie, n° 120) : « The proclamation of « Bayes R. » — 4 declaration for the tolerating of Debauchery — is the liveliest part of the Rehearsal transprosed ».

(173) & … seeing your Declaration, I doubt, hath not so well been taken notice of

ration n'a pas eu tout le retentissement qu’elle méritait, parce qu’elle était imprimée dans la Réfutation en caractères ordinaires. La voici -xeproduite en: caractères gothiques, les seuls qui conviennent à un docu-

ment officiel [Grosart, vol. III, pp. 441-3]. Ici nous tombons dans la

-gaminerie, d’ailleurs inoffensive et drôle, mais qui surprend chez un

homme de cinquante-deux ans: Dans cette sorte de collaboration entre

: Marvell et Parker les parts de l’un et de l’autre s’enchevêtrent si bien

qu'on ne peut guère les séparer. Car Marvell a mis en pleine valeur par artifice typographique une proclamation burlesque composée par Parker avec des phrases -cueillies çà;et là dans Marvell qui pee les avait

cueillies- dans. Parker. :: :::;,!

A cette sorte de iode qui cut ses thèmes date ne vie politique et

‘où le député de Hull se montre particulièrement à l'aise; se rattache le

discours -du’trône placé par. lui dans la bouche de Charles: Il. en 1675,

‘et qui semble bien être le premier du genre par la date comme par la

qualité. C’est peut-être ce que Marvell a fait de mieux en prose. Seul un membre du parlement pouvait écrire ce morceau, et quel membre plutôt que notre satirique ? Car si les témoignages externes qui le désignent

‘comme l'auteur sont tardifs et suspects, le style seul suffirait à justifier

l'attribution (174). Malheureusement la longueur de ce discours et les nombreuses allusions contemporaines qu’il renferme nous interdisent de le citer. Notons plutôt que même dans la Relation dont la forme rela-

itivement contenue rnontre Marvell tout pénétré de la gravité de son ‘sujet, il ne peut toujours résister à la tentation du burlesque, d’un

burlesque très voisin de celui qui inspira la proclamation de l’archidiacre et le discours du Roi. Voici un passage relatif à une ambassade française qui afrive en Angleterre au moment où Charles II et les Communes chicanent à propos de leurs pouvoirs respectifs en matière de diplomatie et de finances, tout en protestant de leur Fceuro sur la nécessité de faire la guerre à la France

. « Immédiatement après l’ajournemént débarquèrent de duc de Créqui, l'archevêque de Reims, Monsieur Barrillon, et une suite de trois ou quatre cents personnes de tout rang. Aussi la rencontre des pairs spirituels et temporels de France et d’un si grand nombre de leurs Communes avec le Roi [d'Angleterre] à Newmarket sembla-t-elle constituer un second parlement; on put croire que Le parlement anglais avait été

‘ajourné afin de mieux recevoir celui-ci. L'adresse que cette assemblée

envoya 4 94, Majesté, les lois qu'elle vota, n’ont pas encore été publiées ; mais voici-les. ‘projets dont on discourut

Loi pour maintenir au service de la France les sujets de Sa Majesté qui s’y trouvent actuellement.

Loi pour annuler toute réclamation et revendication contre les sujets français pour touté prise maritime faite sur les Anglais, depuis l’année 1674 jusqu’à ce jour, et à l'avenir.

for want of the character in which such publick matters ought to be promulged, [I have in return of your civility prevailed with my Printer to do you a cast of his

office ». (Grosart, III, 441).

(174) Cf. chap. :V, supra et bibliographie, n° 95.

Loi pour marier les enfants de la famille royale à des princes papistes (175).

Loi pour fournir [à Charles II] un nouveau subside d'argent français.

Mais comme il ne semble pas que ni ces projets ni bien d’autres d’une nature plus secrète aient reçu l'assentiment royal, il suffit de les avoir mentionnés sans en dire plus long. Une seule chose est très certaine : le parlement anglais avait été tenu à l'écart des négociations relatives à la paix, à la guerre, aux alliances, comme s’il y avait eu inconvenance et présomption de sa part à s’en mêler; au contraire avec ces états-généraux de France on négocia et agita toutes ces questions dans un esprit de parfaite confiance. De Newmarket ces états furent invités à se transporter à Londres et ils y continuèrent leurs séances jusqu’au retour du parlement anglais; alors ils furent renvoyés chez eux avec tous les signes et démonstrations d’une satisfaction mutuelle » (176). Le comique réside dans l'emploi des termes techniques de la langue parlementaire, et aussi dans l'opposition entre les projets de loi imaginaires et les projets réels votés par le parlement anglais : tandis que ceux-ci sont fort mal vus de la cour, ceux-là qui en prennent le contre-pied plaisent grandement, sinon au Roi (Marvell hésite sur le bord du crime de lèsemajesté), du moins à son entourage de « conspirateurs ».

Parfois la plaisanterie est moins mécanique, l’exagération moins évidente, la critique moins superficielle. De la caricature nous passons à la description réaliste, que vient même renforcer l'étude des mobiles moraux. Ïl faudrait pouvoir citer tout le passage consacré dans la Relation |pp. 322-332] à la déchéance du parlement-cavalier, devenu, au bout de quinze ans et plus de mandat, le parlement-pensionné. Ce qui en fait la valeur littéraire, indépendante de sa valeur documentaire pour l'historien, c'est que l'analyse s’y relève de croquis pris sur le vif. Comment un fonctionnaire-député pourrait-il proposer des économies dans le service public où il touche son traitement ? Voilà l’idée, mais Marvell la met en action. Il fait défiler devant nous, avec moins de

(175) L'original porte « protestant », mais comme le remarque Grosart c'est une erreur typographique évidente pour « popish ».

(176) Grosart, vol. IV, pp. 374-5 : & There landed immediately after the recess, the Duke of Creqauy, the archbishop of Rheims, Monsieur Barillon and a train of three or four hundred persons of all qualities, so that the Lords Spiritual and Temporal of France, with so many of their Commons, meeting the king at Newmarket, it looked like another Parliament and that the English ha@ been adjourned, in order to their better reception. But what address they made to his Majesty, or what Acts they passed, hath not yet been published; but those that have been in discourse were

« An Act for continuing his Majestie’s subjects in the service of France.

« An Act of abolition of all claims and demands of the subjects of France, on « account of all prizes made of the English at sea, since the year 1674 till that day, and for the future.

« An ÂÀct for marrving the Children of the Royal Family to Popish Princes.

« An Act for a further supply of French money ».

But because it appears not that all ‘these, and many others of more secret nature, passed the Royal assent, it sufficeth thus far to have mentioned them: Only it is most certain, that although the English Parliament was kept aloof from the business of war, peace and alliance, as improper for their intermeddling and presumptuous ; yet with these three estates of France all these things were negociated and transacted in the greatest confidence. And so they were adjourned from Newmarket to London, and there continued till the return of the English Parliament, when they were disrmrissed home with all the signs and demonstrations of mutual satisfaction ».

ETS

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