‹ André Marvell poète, puritain, patriote 1621-1678Chapitre 52 sur 88 · VE TRE · texte numérisé non relu

VE TRE

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ee ds RME ; l'ironie se concentre toute dans un seul ot qu'un lecteur pressé pour-

fait croire inoffensif : Marvell énumère les diverses sortes de fonction-

naires qui siègent à la Chambre et qui ont intérêt à soutenir la politique des ministres : « Qui aurait refusé de l'argent pour continuer la guerre contre la Hollande, parmi les commissaires aux prises, aux malades et blessés, au rapatriement des prisonniers anglais, à l’affamement des prisonniers hollandais ? » (212) Le cœur de Marvell se révolte à la pensée des souffrances infligées par ses compatriotes concussionnaires à des ennemis loyaux, mais son visage reste impassible. Aïlleurs la louange injustifiée accuse, comme quand Marvell déclare un certain pamphlet contre Shaftesbury alors en prison « indigne de la générosité frechwellienne ou de la magnanimité trérisienne » (213) : on sait qu'il voyait en ces deux seigneurs, Frechwell et Trerise les chefs de

lR « conspiration » papiste. — Parfois au contraire, ét ici Marvell fait

preuve de plus d'originalité, la modestie de l'éloge tourne en dérision, non ce que l'on loue, mais celui qui semble en ignorer la valeur : à la fin de l’Essai sur les conciles l'auteur invite le clergé à « recommander fortement aux fidèles la lecture de la Bible. C’est un très bon livre, et celui qui le lira avec soin y apprendra bien des choses » (214). — De loin en loin Marvell se sert de l’anachronisme voulu, cet instrument très littéraire d’ironie employé peu avant lui par Boileau (215) et après lui par Dryden et surtout par Pope : pourquoi trois siècles de persécutions contre les chrétiens ? Parce que « les prêtres des Gentils ne purent s'empêcher de remarquer la diminution du nombre de leurs paroissiens. » (216). Mais ce procédé est chez lui exceptionnel.

En général l’érudition moqueuse, mais satisfaite d’elle-même, s'étale complaisamment. Sur le point de conclure l’Essai, Marvell cherche une parole historique pour l'appliquer à Turner : « Je ne dirai pas comme Popilius dit à Antiochus, ni comme Démosthène dit à Eschine, ni comme le très savant P. Ærodius ou le jésuite Gaspard Schottus dit au critique [Turner], ni comme Dolabella dit à Cicéron, ni comme le Cicéron chrétien [Finch, selon Turner] dit au Parlement anglais, ni comme le centurion romain dit au porte-enseigne romain; mais je dirai quelque chose de semblable à ce que Léonas (qui présidait au nom de Constance le concile de Séleucie où l’on discuta sans fin et en pure perte) dit aux évêques; non pas obite igitur in ecclesia nugas agitare, mais : < Mon bon monsieur le réfutateur, que faites-vous dans la capitale à flâner comme un étudiant paresseux et à écrire des Censures ? Rentrez chez vous et vous « censurerez » et « réfuterez » tout votre saoul dans votre propre collège » (217). Par cette accumulation de souvenirs li-

(212) Ibid, 326 °: « Or who would have Genyed mony to continue the war with FMolland, when he were a commissioner of prizes, of sick and wounded, of transporting the English. or of starving the Dutch prisoners ? ».

(213) Ibid, 375. À

(214) Ibid, 157-8 : & ‘Tis a very good book, and if a man read it carefuily, will make him much wiser ».

(215) Satire IX (1668), v. 129-30

Avant lui, Juvénal avait dit en latin, Qu'on est assis à l'aise aux sermons Ce Cotin. (216) Grosart, IV, 99 : « For the Gentile priests could not but observe a great

decay in their parishes.… ».

(217) Ibid., 159 : & I will not say Letc..], but good Mr. Exposer, what do you loyter-

vresques, cueillis au hasard dans le pamphlet de Turner, Marvell entend railler son adversaire. Mais ailleurs il se montre tout aussi pédant. Ou s’H échappé à ce reproche, ce n’est pas par l’absence de citations, mais par leur variété et leur nouveauté. Dans l’antiquité classique il choisit l’anecdote. peu connue rapportée par un auteur obscur de préférence au lieu commun éclatant. Dans Tite-Live lui-même, ce rhéteur solennel, il déniche une historiette, qui a jusque là passé inaperçue, sur la façon de préparer un banquet somptueux rien qu’avec du porc accommodé de diverses façons (218). Et puis, outre les Romains, les Grecs, et, bien entendu, les Hébreux, tous les peuples de la terre contribuent à illustrer ses raisonnements. Ne parlons pas des Guelfes et des Gibelins divisés à Florence par la façon de peler ou de couper un oignon (219); mais voici « Muleasses [Muley-Aziz] roi de Tunis. qui s’imaginait en se cachant parmi les oignons éviter qu'on le découvrit par ses parfums » (220); voici « le mufti et le moulah ». qui « ne manqueront pas dé féliciter > Parker du rétablissement de sa santé dès que la nouvellé « en sera parvenue à Constantinople et à Agra » (221); voici les derviches tourneurs dont la méthode pour trouver l'inspiration ressemble à celle de Parker (222); voici les Samoyèdes qui « portent autour du cou des boyaüux, mais finissent par les avaler » (223). Le style de l’archidiacre de Cantorbéry lorsqu'il loue feu l’évêque de Derry n’a d’égal pour l’emphase que chez « son confrère le pundit dans lAistoire du Mogol, là où il s'adresse à Dancehment Kan… » (224). Aïlléurs Parker « tel un Indien [entendez un Malais] frappé de folie ‘furieuse « devient amoc » (comme on dit là-bas), Courant et poignardant tous ceux au’il rencontre jusqu’à ce qu'on l’assomme lui-même » (225). Ailleurs encore le même Parker évoque chez Marvell la vision des Tartares qui croquent des poux (226) et coupent des oreilles (227). Sï l’on étudie le pamphlet du pieux Danson, il faut se garder « du sort de celui qui remue le poison dans la marmite des Indiens : quand il tombe mort sous l’effet de la fumée et de la puanteur, les autres ouvrent les portes et trempent leurs flèches » (228). La fin de la comparaison ne’ s'applique à tien de précis ; elle est là pour la curiosité; elle orne la collection du virtuose. — Enfin si Charles II en croyait Parker il « échangerait son royaume d'Angleterre contre celui de Macassar, où le grand arcane du gouvernement consiste à cultiver un jardin de plantes vénéneuses, et à préparer de celles-ci un poison dans lequel le prince trempe un dard qui là où il

ing like an idle scholar, and « Animadverting » here in town ? Get you home again, or it were better for you, and « expose » and « animadvert » as long as you will, at your own College ».

(218) Grosart, III, 491-2. — Voir à ce sujet notre note dans la Revue CUT -Américaine de Février 1924 (ibhogzs n$ 204}. EE =

(219) Libid., 55. 5 ge.

(220) Ibid, 286-7.

(221) Ibid. 236.

(222) Ibid., 393.

(224) III. 19 : & a strain of his fellow-Pendets-in. the ne of the Mogol.….

(225) Ibid., 45 : & like a raging Indian (for in Europe it was never before a tised) he runs a-mucke (as they call it there), stabbing every man he meets, till himself be knockt on the head ».

(226) Ibid., 247 : « the Phthirophagi ».

(227) Ibid., 321.

tire la moindre goutte de sang fait pourrir le corps et le fait tomber em pièces sur le champ; et l'office du roi est d'exécuter ainsi ses sujets > (229). Pareille érudition fait songer à Montaigne, dans son chapitre Des Cannibales et dans maint autre. Marvell qui avait lu les Essais (230) offre quelque ressemblance avec le grand prosateur de la Renaissance par la superposition à une culture classique fondamentale d’une lecture vaste et capricieuse où l’exotisme a sa part.

Que l’histoire ecclésiastique tienne beaucoup de place dans ces pamphlets ne doit pas surprendre. Même dans le grand public on était bien plus familier alors qu’aujourd’hui avec cet ordre de connaissances. Aussi ne faut-il pas trop admirer Marvell d’avoir lu la plume à la main Eusèbe, Socrate le scolastique, Sozomène et d’autres encore plus oubliés. Mais ce qui lui est personnel, c'est le tour de ses citations, traduites dans un anglais sans façon (231), et surtout l'esprit des commentaires qui les accompagnent. Il faudrait pouvoir citer tout le récit du concile de Nicée; voici du moins comment Marvell réfute le suprême argument des orthodoxes en faveur de cette assemblée : « Mais le Saint-Esprit était présent au milieu de ces trois cent dix-huit évêques et les dirigeait, ou du moins trois cents d’entre eux ? Alors s'ils avaient pris conseil de moi, ils auraient siégé là toute leur vie, de peur de ne jamais plus le revoir une fois la session finie. Mais songèrent-ils qu'il Jeur fallait tout d’abord fixer leur quorum d’après Ses ordres; autrement nul évêque n’aurait pu être absent ni sortir pour aucun motif sans qu’Il: lui ouvrit la porte; et il convenait qu'ils fussent très ponctuels dans leurs ajournements ». Si ce début est d’un député rompu aux chicanes sur le règlement parlementaire, la suite révèle le philosophe, au sens du XVIII siècle : « C’est une conception ridicule, et aussi grossière que de faire de l'Esprit et du concile une seule substance. Et point n’est besoin d’un autre argument pour prouver Son absence que cette prétention à être mu par Lui, pour un tel ouvrage. Le Saint-Esprit ! Qu'un si grand nombre d'hommes, une fois réunis, agissent en créatures rationnelles, cela suffisait en bonne justice, et c'était tout ce que l’on pouvait es-

(228) IV, 230 : & that I may not incur the fate of him that stirs the Indians’ poison-pot, who when he falls down dead with the steam and stench, they then throw the doors open, and €ip their arrows ». à

(229)'III, 06. — On sait que les missionnaires catholiques furent parmi les premiers à stimuler cet intérêt pour les peuplades primitives ou lointaines. C’est ce qui conne un charme particulier à ce croquis d'une mission, avec ses méthodes de conversion très accommodantes : & Must they [the Nonconformists], while the good Popish Fathers suffered those of Chiapa to come to church with their chocolatte pots, to comfort their hearts, be inforced to come to church by him [Turner], to have snush [— sauf] thrust up their noses.. ? » (IV, 80). On sait sjue Chiapa est le siège épiscopal de Las Casas.

(230) « I should have thought I had been all this while reading a chapter in Mountagne’s Essayes; where vou find sometimes scarce one word in the discourse of the matter held forth in the title » (III, 185-6). — Le lecteur anglais songera aussi à l’'Anatoniie de la mélancolie de Robert Burton et aux Pseudodoxia epidemica du chevalier Thomas Browne. ;

(231) Voir par exemple un passage relatif aux Novatiens, tiré d'Eusèbe : « Niovatus.… had prepar’d a company of rogues like himself, that treated them [three bishops] in a private room very freely, and having thwack’d their bellies and heads full with meat and Grink, compelled the poor drunken bishops.. to make Novatus also a bishop » (Grosart, IV, 107). |

pérer » (232). Ce passage déparerait-il tel chapitre de l’Essai sur les mœurs, de l'Examen important de Milord Bolingbroke, ou encore l’article Conciles du Dictionnaire philosophique dont il suffira de rappeler ces quelques phrases

« Tous les conciles sont infaillibles, sans doute; car ils sont composés d'hommes.

Il est impossible que jamais les passions, les intrigues, l'esprit de dispute, la haine, la jalousie, le préjugé, l'ignorance, règnent dans ces assemblées. (233).

Enfin nous avons le grand concile de Trente, qui n’est pas reçu en France pour la discipline; mais le dogme en est incontestable, puisque le Saint-Esprit arrivait de Rome à Trente, toutes les semaines, dans la malle du courrier, à.ce que dit Fra Paolo Sarpi; mais Fra Paolo Sarpi sentait un peu l’hérésie >» (234).

Le simple rapprochement de ces textes montre, avec des différences de degré, une similitude de nature. La raison est constituée par Marvell comme par Voltaire en juge des traditions et des autorités; si elle les condamne, elle se sert pour les discréditer du ridicule.

Pourtant l'esprit n’est pas tout dans ces pamphlets. De temps à autre le ton de Marvell se fait sérieux; ou bien l’ironie n’est plus que le voile transparent de l’indignation. Turner avait justifié par un exemple tiré de l’antiquité romaine la loi anglaise sur les conventicules qui interdisait aux dissidents toute réumon religieuse de plus de cinq personnes (outre les membres de la famille sous le toit de laquelle se tenait la réunion). Marvell remarque : « Le parlement lui est fort obligé [a Turner] et cet homme mérite des remerciements publics pour avoir fourni au parlement, si longtemps après coup, un précédent. J'avoue que je m'étais toujours étonné que l’on autorisât jusqu’à cinq personnes : le Christ ayant promis que si deux ou trois s’assemblent sur la terre pour demander quoi que ce soit en Son nom ils l’obtiendront de Son père, ce chiffre de cinq me semble formidable » (235). Ici l’accent se fait vengeur et mieux que de longues démonstrations réprouve l’inexcusable cruauté de ces persécutions exercées au nom de Jésus. Parfois même l'écrivain rejette ce voile d’ironie comme dans le jugement fortement motivé qu'il prononce pour finir sur le concile de Nicée : « Je de-

(232) Ibid., 128-9 : & But the Holy Ghost was present where there were three hundred and eighteen bishops, and directed them, or three hundred ! Then, if I had been of their Counsel, they should have sate at it all their lives, lest they should never see Him again after they were once risen. But it concerned them to settle their quorum at first by His dictates; otherwise no bishop could have been absent, or gone forth upon any occasion but He let him out again; and it behoov’d to be very punctual in the adjournments ! Tis a ridiculous conception, and as gross as to make Him of the same substance with the Council. Nor needs there any stronger argument of His absence. then their pretense to be actuated by Him, and in doing such work. The Holy Spirit ! If so many of them, when they got together, acted like rational m'en, ’twas enough in all reason, and as much as coul& be expected ».

(233) Edition Beuchot, tome XXVIII, p. 147.

(234) Ibid., pp. 152-3.

(235) Grosart, IV, 76 : « However they are oblig'd to him, and he deserves the publick thanks for furnishing them, so long after, with a precedent. I confess I alwayes woncer’d they would allow them so many as five, for fear when, not two or three, but five of ‘em were gathered together, God should hear their request : and it seem’d therefore to me a formidable number ». Cf. Mathieu, XVIII, 19-20.

moi

mande humblement la permission de dire que, d’un bout à l’autre, ce concile, quoique le meilleur de l'espèce, me semble avoir été une pitoyable affaire humaine, accompagnée des mêmes circonstances funestes que Jes autres affaires mondaines, conduite par un esprit d’ambition et de discorde ; ce fut le premier et par conséquent le plus terrible coup œcuménique que portèrent des chrétiens au christianisme » (236). Ou encore lisez ce raccourci de la Réforme : « Si la petite église catholique invisible et ce genre d'hommes qui fouillaient sans cesse les Ecritures et y croyaient n'avaient pas opposé la barrière de leur témoignage et de leurs souffrances, les symboles auraient détruit la foi et l’église aurait ruiné la religion » (237).

Mais ces citations, trop courtes, risquent de ne pas donner une idée juste de la force de Marvell et de ses limites. Voici dans son mouvement et avec quelque chose de son ampleur, sinon dans son intégralité, un passage où il discute cette grave question : les lois humaines obligent-elles la conscience ? Sans hésiter il repousse la thèse affirmative, qui est celle de Parker, et soutient que le citoyen est en règle avec la législation de son pays lorsqu'il a payé l’amende ou fait la prison. Il s’agit bien entendu des lois contre les non-conformistes, en particulier de celle qui interdit les conventicules. Marvell va donc s’efforcer de montrer le caractère utilitaire, relatif et temporaire de ces lois et des Jois humaines en général : « En vérité comment peut-on imaginer qu'un magistrat (et dans quelle intention le ferait-il ?) établisse des lois sauf pour l'avantage général ? Et de même quel magistrat ne serait heureux de les abroger quand il les trouverait pernicieuses pour son gouvernement ? Aussi est-il très habituel de ne faire d’abord que des lois à l'essai et pour un nombre d'années déterminées, de sorte que le législateur et le sujet puissent tous deux vair à loisir si elles sont appropriées à l'effet qu’on s'est proposé d'obtenir. Et en vérité toutes les lois sans exception passent par le noviciat du Temps. On a beau vouloir leur donner un caractère perpétuel : si elles sont de nul profit, de même qu’elles furent faites par le consentement général, de même elles expirent par l’universelle inobservance, et sans abrogation tombent en désuétude » (238). L'expression et la pensée s'élèvent simultanément à une hauteur rare chez Marvell. Ta formule « All laws however are but

(236) Grosart, IV, 122 : & I must crave liberty to say, that from one end to the other, though the best of the kind, it seems to me to have been a pityful humane business. attended with all the ill circumstances of other worldy affairs, con@ucted by a spirit of ambition and contention, the first and so the greatest Œcumenical blow that by Christians was given to Christianity ».

(237) Ibid., 131 : & had not the little invisible Catholick Church, and a people that aiways search’d and believ'd the Scriptures, mace a stand by their testimonies and gufferings, the Creeds had destroy’d the faith, and the Church had ruined the Religion ». PAS L à :

(238) Grosart, III, 400-171 : « Indeed, how is it possible to imagine, and to what purpose, that ever any magistrate should make laws but for à general advantage ? and who again but would be glad to abrogate them when he finds them pernicious to his government ? and therefore it is very usual to make at first probationary laws, and for some term of years only; that both the law-giver and the subject may see at leisure how proper they are and suitable for the effect for which they were intended. And indeed all laws however are but probationers of Time; and though meant for perpetuity, yet, when unprofitable, do as they were made by common consent, so expire by universal neglect, and without repeal grow obsolete ».

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probationers of Time », intraduisible dans sa concision, ferait honneur à Hooker ou à Bacon. Tout de suite après le ton redevient terre-àterre, mais la marche du raisonnement demeure intéressante car elle. montre, sinon l’homme d’état que les circonstances empêchèrent Marvell de devenir, du moins l’homme politique d’expérience, capable de ramener à la réalité les théoriciens qui s’en écartent. Marvell soutient ce point de vue, fort libéral en dépit des apparences, que les sanctions pénales font plus pour le respect de la légalité que les considérations métaphysiques ou théologiques sur le fondement du droit. À Parker qui se plaint que les lois purement humaines et n’obligeant pas dans le for intérieur ne soient pas des lois, le député de Hull répond avec un rude bon sens : « Cela n’importe guère, car si ce ne sont des lois ce sont du moins des harts ». (239). Mais ce choc de mots évoque aussitôt un souvenir érudit; ou faut-il dire que ces mots ne se heurtent que pour introduire une citation de Démosthène ? Chez les Locriens d'Italie « celui qui proposait une nouvelle loi devait apparaître dans l'assemblée la hart au cou, car on croyait raisonnable qu’il sût que son propre cou pouvait avoir à souffrir comme celui des autres de cet inconvénient ». Et ainsi Marvell revient brusquement à Parker qu’il aurait assez aimé voir sinon danser au bout d’une corde du moins faire amende honorable au pied de la potence : « Mais pour un législateur ecclésiastique comme vous, j'ignore quel memento pourrait suffire; vous qui proposez une loi en vertu de laquelle quiconque enfreindra n'importe quel article du code, que dis-je ? d’un règlement local, quand bien même il ne mériterait pas d’être pendu ni d’être condamné à une amende de dix livres sterling, serait en un clin d’œil et à l’instant même damné » (240). Après ce raisonnement par l'absurde, vient une allusion à la difficulté d'obtenir des ecclésiastiques eux-mêmes l’obéissance au droit canon, füt-il renforcé par la loi divine. La résidence est-elle imposée aux bénéficiers (Parker détenait outre son archidiaconat deux cures où il se faisait remplacer par des vicaires dont l’un au moins, nous l’avons vu, indigne) par Dieu ou par l'Eglise ? Un archevêque de Grenade avait tranché la question. en faveur de l'obligation divine; mais le pape d’alors en décida autrement : « déclarer que le non-résident encourrait la privation de son bénéfice serait un procédé beaucoup plus expéditif et efficace ». La sagesse mondaine et sceptique de ce souverain pontife plaît à Marvell qui poursuit : « Et c’est une vérité trop bien établie par l'expérience que les châtiments humains agissent plus puissamment sur les hommes pour les faire obéir que les obligations divines. Mais aussi, de même qu'il est illicite de faire un compromis avec Dieu et d’énerver ses lois en les réduisant à des considérations humaines et politiques, de:

(239) Jbid., 402 : «if they be not laws, they are ‘at least halters ». — On peut noter que sur ce point la Réfutation de Parker contredisait sa Politique ecclésiastique. Cf. supra.

(240) Grosart, III, 402 : « It was, vou know, an crder in one government that he: that proposed a new law should appear with an halter about his neck in the assembly ; it being thought reasonable that he should know his own neck would be concerned as well as others’ in the inconvenience. But for such an ecclesiastical law-giver as vou, I know not what meincento were competent; who bring in a law that whosoever shall disobey any statute, nay any by-law, though he deserves not to be hang’d, nor to befined ten pounds, yet shall in a trice, and they very moment be damned ».

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inême est-il, par contre, illicite et inutile de donner à des règlements ordinaires. et civils uné sanction divine; et bien loifi de rendre hommage à le juridiction de Dieu, on empiète ainsi sur elle » (241).

“Voilà de nouveau qui est noble et fort. Le paragraphe se terminerait avantageusement sur cette distinction du spirituel et du temporel. Malheureusement Marvell poursuit, toujours avec les mêmes sautes brusques d'humeur, pendant seize pages encore sans aller une fois à Ja ligne. De digression en digression il en vient à traiter des Sujets tout

différents sans que l’on éprouve le sentiment d’un progrès. de la

pensée. Autant que le caractère éphémère des querelles qui. en furent l’occasion, la prolixité de ces pamphlets écarte d'eux le lecteur: moderne.

Car celui-ci n’est rebuté par nulle véritable difficulté de langue, On a vite fait le compte des formes employées par. Marvell et qui ont vieilli depuis (242). Si l'on y ajoute une orthographe, se capricieuse d’ail-

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(241) Ibid., 403 : « But the - Pope said, that to dec e Ar the de resident should incur the deprivation of the benefice, would be a readier way and much more effectual. And that is indee& too cxpérienced a truth, that humane penäities . do more. powerfully affect men’s obedience than divine obligations. But therefore, a$ it is unlawful to palliate with God, and enervate His laws into an humane only and politick consideration ; so is it, on the other side, unlawful and unnecessary to give to common an civil constitutions a divine sanction ; and it is so far from an owning of God’s jurisdiction, that it is an invasion upon it ».

(242) Emploi de la forme complète an de l’article indéfini devant , aspirée même lorsque l'accent se trouve sur la ‘première syllabe du substantif : an head, ait harpingiron, etc. (Dernier exemple de cet, emploi dans le N.E.D., 1665). ER

Emploi du pluriel archaïque. de , certains substantifs : hoon (Gros. : IT. 524), high-shoon bishops (IV. 107); Yéar(e) (lettre du 19 mars 1669/70). .

Emploi aujour@hui incorrect” ( e l'adjectif concret comme substantif singulier, -: the French [= the. French king] yet proceeds…, (Gros. IV, 359). y

Emploi de his, pour marquer, 1 cas possessif au lieu de la fseee s ou ?s, surtout quand le possesseur’, est, Ut nom propre : € Petronius his orator… » (Gras. ,[V, 8o). Par contre emploi ‘constant. ;de its, encore rejeté par Milton. .

Emploi de superlatifs, ‘synthétiques pour des adjectifs le CS : odiousest, seriousest, remarkablest, notablest, insolentest, considerablest. 3

Emploi du cas régime du pronom personnel de ja 3° pers. du plur. sous sa forme . em où ’m, même nes style soutenu : € having every one of ’m been :a principal limb of the Œcumenical, Apostolical, Catholick, Orthodox Council! » (Grôs.. IV, 120) ; il est assez curieux de trouver chez un originaire du comté d’York:1la. survivance de “æette forme méridionale.

Emploi &e which comme pronom relatif désignant une personne 3 CWroih and Lake which were under Baile ». (Lettre du 11 mars 1670-71) — « the kings meniall servants or those which acted by instructions. (Lettre du 16 mai 1661).

Emploi très étendu des formes synthétiques 4 relatif indéfini : whosoever, whatsoever, whensoever, Wheresoever, ce qui donne une majesté un peu surannée au style. De même . pour les formes herein, therein, hereof, thereof, her eafter, heréupon, thereupôn, whereby, etc.

Emploi,du. pluriel archaïque other : &« They of all other. IV, 60).

Emploi de la désinence th à la 3° personne du sing. du prés. dé l’indic. : Marvell écrit normalement hHath, exceptionnellemnt has; mais les deux formes peuvent se. trouver dans la même phrase : Che hath given order. and will. as soon as he has

seen. » (Lettre du 15 juin 1661). — De même dofh et saith se. ‘rencontrent plus sou-

vent que dos ou says. Pour les autres verbes la désinence archaïque ne Se rencontre guère que lorsque Marvell cite ou résume un texte de loi, ou une ‘discussion juridique, ou encore lorsqu'il émet une réflexion pieuse; on trouve ainsi : dwelleth, useth, ime ployeth, waîtcheth, followeth, discourseth, loseth, increaseth.

Emploi &e formes! ‘aujourd'hui disparues pour le prétérit ou le participe passé da

leurs (243), qui (sauf dans les lettres) est plutôt le fait du prote que de l'écrivain, on trouve dans la physionomie des mots juste ce qu'il faut pour donner l'impression du recul sans fatiguer. Plus gênantes pour qui n'a pas l'habitude de la langue du XVIT* siècle sont quelques particularités de syntaxe, mais elles n'appartiennent pas en propre à Marvell (244). On les résume toutes en disant qu'il écrivait la langue de son

verbes forts : bin (— been), writ (— wrote ou written), ough (— owed), strove (= striven), spoke (— shoken), & they Lthe words] were however spoke if spoken before the Act of Generall Pardon » (Lettre du 8 mai 1675), gotten (— got, part. passé), catched (— caught), laid (— lay prét. ou laïin), becomed (become), com (— come), rose (— risen), light (— lighted, descendu).

Emploi @e l’auxiliäire to be avec les verbes de mouvement « the Author... 1s cor d of his succession » [descend de cet ancêtre] (Gros. IT, 281); — «the House bcing sate… » (IV, 402): — « he [Clarendon] was withdrawn » [s'était enfuil (Lettre du 3 déc. 1667) — « The Act. is past the Commons... » (Lettre du 6 mai 1675).

Emploi de la forme négative simple (sans l’auxiliaire fo do) : it appears not…. (Gros. IV, 374), they mentioned not (ibid. 337), etc. s

Emploi de l’auxiliaire to do dans une proposition affirmative sans qu'il y ait renforcement de l'affirmation (emphasis) : &the custom. has always been, that some

lord of the council did go. » (Gros. IV, 386), — « it is ordered the Committee. domake their report. ». (Lettre &u 16 fév. 1670/71x). < Emploi du gérondif archaïque : Qawhat we are a-doing » (Gros. IV, 379). -— «.. yow

fall a-mousing about the definition of a quibble » (III, 412).

Emploi du subjonctif plus étendu qu'aujourd'hui, notamntent dans le résumé des débats parlementaires : &the house of Lords who have ordered that. he appeare at their Barre » (Lettre du 1% Avril 1668). — & I svish it do not engage the Houses… » (Lettre du 19 oct. 1675).

Emploi de la forme latine du participe passé : & an old beldam superannuate »- (Grosart, II], 409). — « it should be appropriate toward paying.. » (Lettre du 28 Fév. 1670/71). — « An order not to be violate ». (Lettre du 4 nov. 1675).

Emploi de l'adjectif pour l’adverbe : & Queen Elizabeth resented it high, that. ». (Gros. IV, 395). D

Confusion des formes prépositives et adverbiales : Marvell écrit thorow pour through, et of pour off. Dans la lettre du 9 Fév. 1666/7, « a ship. taken of of Harwich… » équivaut à € taken off off Harwich ». — withal est employé comme préposition (Gros. IV, 293) : & The ill successes which our fleet met withal….».

Confusion Ge l’adverbe then et de la conjonction than que Marvell écrit presque toujours then.

Emploi des formes contractées : ‘His, ’fiuas, in’t, etc. ou aphérétiques : have ’stound-

ed (Grosart, III, 415), to null the patent (Lettre du 9.2.1670/1), dans la prose soutenue, mais moins fréquemment que chez la plupart des contemporains de Marvell. On sait que le milieu du 17° siècle eut la manie de l’apostrophe. - (243) Par exemple Marvell dans ses lettres écrit en général president pour cire « précédent » ; cette orthographe provenait d’une confusion avec le mot qui veut dire «président » (on connaît le calembour de Bacon); mais il lui arrive aussi d'employer l'orthographe correcte precedent (Lettre du 5 janv. 1666/7). Toutefois si on la compare à celle de contemporains moins instruits, par exemple des collègues dans la représentation de Hull, son orthographe présente une remarquable fixité.

(244) Emploi de l’article défini devant un titre anglais : @ the princesse Henrietta » (Lettre du 17 janv. 1660/7r).

Emploi du pronom démonstratif these comme antécédent du relatif : « whom he hath onely a publick enmity… ». (Gros. IV, 413).

Emploi de all adjectif devant le pronom personnel € all they are not the city » (Grosart, IV, 386).

Emploi du pronom réfléchi comme sujet : & themselves can not long escape » (Lettre du 8 décembre 1670).

Emploi simultané devant un substantif de l'adjectif démonstratif et de l'adjectif possessif : (this their absence » (Gros. IV, 371). — ou de l'adjectif relatif et ce l’adjectif possessif : «© of which their proceedings. » (ibid. 353). D'ailleurs dans ce dernier exemple which équivaut à Q and those ». Ce latinisme et d’autres analogues (who — and, he, where — and there, etc.) sont fréquents chex Marvell: on trouve même (€ Since when » pour € and since then » (Lettre du 27 oct. 1668). Le lecteur moderne se sent parfois dérouté par cette pseudo-subordination qui n’est en réalité qu'une coordination. Pourtant Marvell est ici bien plus retenu que Milton

Emploi @e l'article défini entre l'adjectif indéfini et le substantif auquel il se rap-

. these to

temps, déjà plus proche de la langue classique du XVIII: siècle que de la langue élisabéthaine par ses formes et ses constructions.

Si la grammaire ne saurait glaner grand chose dans les pamphlets de Marvell, la stylistique trouve à l’architecture de sa phrase l'intérêt d’une transition. Un prosateur du XVII siècle se rattache au passé s’il use de la période cicéronienne: s'il manie la phrase brève il prépare l'avenir.

Cette distinction brutale appellerait de sérieuses corrections, car chez les latins eux-mêmes les écrivains de la Renaissance avaient trouvé

Fürie : € … restrain those within any the termes or laws of humanity… » (Gros. IV, 253). | Emploi de l'adjectif démonstratif fhat au sens de such : Q a prince of that good-

#ess… that none distrust him » (Gros. IV, 365).

Violation de la concordance des Temps : « had it not been. that the more sincere protessors suffered.…., their persecutors may be look’d upon. » (ibid., 101) — « whes people are in profound peace (as the Dutch then were) it was not easy to embark them. ». (ibid, 377). Ici le prétérit de la parenthèse amène par attraction le prétérit illogique de la proposition principale.

Violation des règles d'accord de personne : « Are not yow he that think. » ou de nombre : Q nor is there any, whether prince or nation, that dissents.…, but are marked

ou » (Ibid., 255). — « The marriages of the Royal Family is such®a peculiar thing reserved to the King » (ibid., 395) : exemple d'attraction. — « nobody much troubles themselves…. » (Lettre du 13 novembre 1669). —— « The House of Commons was taken

up. in Calling over their House » (Lettre du 27 mai 1675).

Emploi constant de l'infinitif passé quand le verbe (non défectif) de la proposition principale est déjà à un temps passé : Q the Papists hoped to have had reprisals…., and the conspirators to have gained commission. ». L'apparition de l'infinitif présent “dans la même phrase est une anomalie : & they had missed of a legality to have raised #aoney…., Or to imprison or execute whosocver… » (Gros. IV, 311).

Emploi de l'infinitif non précédé de 10 après des verbes qui aujourd’hui n’admettent pas cette construction : © … some... reason does cause them submit. » (ibid., 257). — Par contre Marvell emploie fo après make : & ..to make any honest…. man to comceive » (ibid. 309).

Emploi très étendu @u substantif verbal dans des constructions qui paraïîtraient

aujourd'hui sinon incorrectes du moins lourdes et parfois obscures : & Our late debaies in S' Georges businesses having not passed without some acrimony was the occasion that. ». (Lettre du 13 novembre 1669). — « they Tthe House of Commons]

Secmed inclinable to abate the renunciation of the Covenant the Assent and Consent, to ihe dispensing with Ceremonyes the reforming the Bishops Courts the taking away of Piuralityes the rectifying of Excommumications, the punishing of scandalous Clergy men and severall things of this nature, but ». (Lettre du 12 mars 1667/8). Tous ves substantifs verbaux dépendent, comime l'infinitif fo abate, de inclinable; l'emploi de the reforming avec un régime direct illustre une des caractéristiques de la syntaxe de Marvell : « the supplving the King » (Gros. IV, 381) — « the advising these alliances » (ibid, 400) — & that poor desire of perpetuating themselves those advantages… » (cbid., 407) etc.

Emploi incorrect du participe présent après deux auxiliaires dont un seul admet Æcatte construction : «& We have and are now sitting all day. » (Lettre du 1°" Déc. 1666). C’est encore un reste de la liberté élisabéthaine. — Emploi analogue de l’infinitif : @ hath and will be. » (Lettre Gu 20 juillet 1663).

Emploi fréquent de la double négation : « His Majesty never had nor never will have cause. » (Gros. IV, 366).

Mémie liberté se manifeste dans la non-répétition de la préposition au début ou à

Ja fin d’une proposition relative où la logique l’exigerait :. € #hose Lords. stood up

now for the English liberties with the same genius, virtue and cowrage, that their noble

añcestors had formerly defended the great Charter of England... » (ibid. 300).

Par contre Marvell emploie à l’occasion Ja préposition for devant l'infnitif pour lui

confirmer le sens final : & several other bills were moved for to be read. » (ibid.

403). Cet archaïsme appartenait sans doute à la langue parlementaire. Emploi de la conjonction {hat au sens de so that pour introduire une proposition

consécutive : « L[éhey] took our ships in the very ports, that we were in a inanner

blocked up by water ». (Gros. IV, 317). L Emploi de so en corrélation avec as dans une proposition affirmative : Q they hand-

ded it so tenderly as if they were afraid to touch it ». (Gros. IV, 320).

Emploi de as après deux comparatifs dont l’un d'égalité et l'autre de supériorité

« &s well and better qualified in all respects às their former compbanions » (ibid, 327).

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