‹ André Marvell poète, puritain, patriote 1621-1678Chapitre 6 sur 88 · ER AN · texte numérisé non relu

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deux fonctions ils avaient fait choix du Révérend Marvell (15), qui échangea ainsi sa paisible cure contre une vie active plus conforme à son humeur. Sa carrière illustre le double caractère de l'Eglise anglicane avant la guerre civile : d’un côté les bénéficiers dont le patron était le plus souvent le Roi, ou un seigneur, ou un collège d’Université, et dont beaucoup, incapables de prêcher ou trop paresseux pour le faire, se contentaient, lorsqu'ils résidaient, de lire la liturgie à leurs ouailles; de l’autre côté les prédicateurs dont la seule tâche consistait à composer et à lire des sermons devant les communautés bourgeoises qui les nommaient, payaient et révoquaient. On voit combien ce dernier système se rapprochait des règles adoptées par Calvin pour l’église de Genève; issu de l'esprit démocratique,’ il agissait à son tour comme cause pour renforcer ce même esprit. Un ennemi du poète fera plus tard, sur un ton injurieux, une remarque juste : voulant prouver que l'intérêt du roi est de laisser à l'Eglise ses biens, il rappellera que « dans la récente Rébellion nulles gens ne se signalèrent plus par leur loyauté que les dignitaires du clergé, et nuls ne furent de plus grands brandons de discorde que les prédicateurs [preachers and lecturers] mercenaires qui avaient pour seule subsistancé la faveur et les pensions arbitraires du peuple » (16).

Le Révérend Marvell mourut avant l’ouverture de la guerre civile, mais on ne peut guère douter qu’il eût pris parti pour le parlement : « facétieux et pourtant calviniste » dit de lui avec surprise le premier : biographe du poète (17). D'ailleurs d’assez de mérite pour obtenir d’un royaliste cet éloge posthume : « il fut très aimé à Hull toute sa vie. Très facétieux dans ses propos, toutefois d’allure grave, excellent prédicateur qui, en bon ménagier, ne mettait jamais en perce le tonneau de bière qu’il venait de brasser, mais prêchait sur des sujets étudiés suffsamment à l’avance. Si bien qu’il avait coutume de dire qu’il renversait le proverbe qui appelait le Samedi le jour du travail et le Lundi le jour de repos des prédicateurs > (18). De fait, à part une querelle, au début de. son ministère dans l’église de la Sainte Trinité, avec le curé de Hessle de qui celle-ci dépendait, querelle que la municipalité apaisa sans restreindre l’activité de son sermonnaire (19) le Révérend Marvell semble Be À

(15) Registres municipaux (Bench-books) de Hull, V, 63. Signalé par Poulson, #? supra. M. Margoliouth me signale que l'élection du maitre de la Chartreuse n'aurait eu lieu que le 2 octobre, mais il semble que la nomination comme prédicateur ait entraîné l’autre par voie de conséquence. ;

(16) Samuel Parker, Reproof… (voir bibliog. n° 49) pp. 341-2.

(17) Wood, ut supra.

(18) Fuller, ut supra. — Monsieur A.-B. Wilson-Barkworth, de Hull, possède quelques sermons et autres manuscrits du Révérend Marvell : voir le catalogue de l’exposition du tricentenaire (bibliog. n° 134 bis) n° 5. — Grosart les avait lus et les signale (vol. I, pp. xxIv-xxv).

Un sermon manuscrit du Révérend Marvell intitulé Israel and England parallel! d, daté du 28 avril 1627 et dédié à Madame Sadleir (voir infra, chap. IV) se trouve dans la bibliothèque de l'Inner Temple (531 c. 12°). — Voir le rapport XI, 7° partie, de la Commission des MSS. historiques, p. 235, — notre article dans la Modern language review d'octobre 1923, p. 416, — et la note de Margoliouth, Andrew Marvell, Senior cans la Review of English studies, janvier 1926. Ê Fs

(19) Registres municipaux, V, 70. Cette querelle eut lieu en novembre 1625.

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s'être acquitté de son rôle à la satisfaction de tous (20). Outre son éloquence, il possédait des qualités d'administrateur qu’il déploya dans la direction de la « Maison-Dieu » ou « Chartreuse ». Cet ancien cloître: transformé lors de la Réforme en hospice de vieillards était pour la ville un sujet de fierté. En 1625 il n’abritait que 12 indigents. Mais dès l’année suivante six nouvelles chambres étaient ouvertes. C'était la première fois que l'antique fondation pouvait s’agrandir. Sous la maitrise du Révérend Marvell les revenus augmentèrent de façon constante, et le jour vint où il fallut trouver un emploi à l'excédent qui s'élevait à la somime alors considérable de 55 livres sterling, 7 schellings, 6 deniers et demi. Avec un mélange, dont son fils hérita, d’aspirations généreuses et d'esprit pratique où l'intérêt personnel n’est pas oublié, le directeur proposa à la municipalité un plan très complet de fondation, dans une chambre de la Chartreuse, d’une bibliothèque à l’usage de ses successeurs, et aussi de personnes de la ville dignes de toute confiance. Pour répondre d'avance aux médisants, il fait connaître qu’il « a consacré ses maigres ressources à l’achat de livres » et en est assez pourvu. Mais après lui d’autres viendront et « les doctes sont comme les autres artisans ; ils ne peuvent travailler sans outils, ni, tels l’araignée, tisser leur trame de leurs propres entrailles ». Et dans tout le nord de l'Angleterre, région alors à demi-sauvage, « il n’y a pas une seule bibliothèque publique qui mérite d’être citée ! >» Pour former un premier fonds, l’ingénieux directeur est prêt à céder ses livres à la Chartreuse, au prix coûtant, et il offre des facilités de paiement. « J’ai consacré récemment 35 livres sterling à leur achat, et certains disent qu’ils ont une grande valeur. Je ne m'en vante pas, pourtant je sais qu’ils sont choisis et utiles » (21). ,

I1 ne semble pas que ce projet ait jamais été mis à exécution. Pourtant les habitants de Hull n'étaient pas ennemis du savoir et la ville possédait depuis l’an 1486 un collège [grammar-school] fondé par un de ses fils, Jean Alcok, lorsqu'il fut devenu évêque d’'Ely. Une partie des bâtiments en brique rouge s'élève encore aujourd’hui au côté sud de la grande et noble église ogivale de la Sainte-Trinité, où prêchait le Révérend Marvell (22). Lorsque celui-ci arriva à Hull, le principal et unique maître était un certain Burney, qu’assistait un répétiteur appelé Fielding (23). Humbles noms dont le seul titre à être évoqués aujour-

(20) Toutefois il eut en 1632, une controverse dépourvue d'aménité sur un point de doctrine avec un ministre voisin, le Révérend Hartrington de Marfleet. Voir cans T.-T. Wildridge, Hull letters (1886) es fragments de cette correspondance (pp. 164-6). I1 s’agit de savoir si l’âme humaine du Christ est descendue en enfer localement ou métaphoriquement. Le Rév. Marvell soutient la première thèse et justifie la vigueur de ses répliques par cet adage : & In crimine hereseos neminem decet esse patientem ». Il invite son confrère « à lire son portrait » dans &e nombreux textes bibliques, dont celui-ci peut servir d’échantillon : « Homme plein de toute espèce de ruse æt de fraude, fils du diable, ennemi de toute justice, ne cesseras-tu Ge pervertir lès voies droites du Seigneur ? » (Actes, XIII, 10). Notre Marvell polémiste avait de ui tenir,

ë (21) J. Cook, The history of God’s house of Hull commonly called the Charterhouse (Hull, 1882) pp. 141-8.

(22) T.-T. Wiléridge, Old and new Hull (1884), pp. 41-3.

(23) Reg. munic., V, 57 et 96. — Depuis Thomas Cooke en 1726 (voir bibliog. n° 4), tous les biographes de Marvell déclarent que le poète fut au collège de

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