‹ André Marvell poète, puritain, patriote 1621-1678Chapitre 7 sur 88 · SG TE · texte numérisé non relu

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d’hui réside dans la gloire de leur élève, André Marvell, notre héros. C'est en effet dans cette école que le poète reçut sa première instruction. Un demi-siècle plus tard il se rappellera avec un sourire le temps où il peinait sur des vers latins de ce genre :

Montibus, inquit, erunt; et erant sub montibus illis : Risit Atlantiades; et me mihi, perfde, prodis ? Me mihi prodis ? ait.

& Car, explique-t-il, la « scansion » était un art libéral que nous apprenions au collège; et l’on nous faisait scander des vers... avant de les comprendre » (24).

Les méthodes déjà surannées de ses maïtres conduisirent du moins le jeune André au but visé : quand il les quitta à douze ans pour entrer à l’université il possédait « les fondements solides du savoir grammatical » (25); c’est de grammaire non anglaise mais latine qu'il s'agit bien entendu, peut-être aussi de grammaire grecque. La chose en ce temps n'avait rien d’exceptionnel, et il ne faut pas voir dans le futur poète un petit prodige. Son enfance connut le jeu et les loisirs. Un ennemi lui reprochera longtemps après « une éducation malheureuse parmi les maîtres d'équipage et les mousses, dont 1l a appris les expressions, le langage grossier et incivil.… qu'il n’a jamais désappris » (26). En réalité notre héros habitait alors avec son père le logis réservé au directeur de la Chartreuse, près de cet hospice, à quelque deux cents toises des murs de la ville et trente toises d’une petite rivière, le Hull, parmi des jardins. Mais s’il s’échappa souvent pour aller jouer sur les quais avec des gamins de son âge, nous n’en éprouvons pour lui aucune confusion. Le raffinement chez Marvell n’exclura jamais la force, la cordialité et une certaine aptitude à se mettre au ton de la compagnie. D'ailleurs quoi de plus attirant pour un enfant que le mouvement d’un poït ? Et la ville, pressée entre le Hull, le Humber et ses murailles, éfait toute tournée vers le négoce maritime. La campagne environnante, plate et triste, ne pouvait se poser en rivale de l'estuaire aux flots sales mais puissants (27).

Hull, l'élève de son père qui aurait cumulé le principalat avec ses deux autres fonctoñis. Lors de notre passage à Hull en juin 1922, nous étions arrivé à la conviction qu'il y avait là une fégende sans aucun fondement. H.-M. Margoliouth, dans la Modern language review d'octobre 1922, pp. 351-2 (voir bibliog. n° 196) a non seulement prouvé sans réplique possible que le Rév. Marvell n'avait jamais été principal du collège, mais encore expliqué fort ingénieusement l’origine et le développentent de l'erreur.

(24) Mr. Sinirke.…, 1676 (Grosart IV, 15).

(25) Wood, ut supra.

(26) Parker, op. cif., p. 227.

(27) T.-T. Wildridge, dans le Hull Times du 19 mars 1921, fait remarquer que le collège de Hull possédait alors un gran& jardin, et que d’ailleurs le Rév. Marvell devait habiter la Chartreuse. Margoliouth, ut supra, est plus catégorique : « The poet did nat live from the age of three to that of twelve in the schoolmaster’s house by Holy Trinity Church in the centre of the town, but at the separate house of the master of. the Charterhouse in which the Master was obliged to live by the terms of his appointment, and from which he was not allowed to be absent without first obtaining leave from the Corporation. These almshouse buildings were outside the town. about a quarter of a mile north of the walls and some fifty yarés from the River Hull. There were gar@ens belonging to the Charterhouse ». Il est difficile d'imaginer suel pouvait être l'aspect de ce site, aujourd’hui en pleine ville. Pourtant nous ne croyons pas commettre d’injustice en le décrivant comme plat et triste: il faut aller assez loin

Le 14 décembre 1633, André Marvell était immatriculé sur le re- | gistre de l’université de Cambridge (28), comme boursier (29) du col-, lège de la Trinité (30) où il avait dû entrer à la Saint-Michel précédente. Il était plus jeune que la moyenne de ses camarades, mais non au point d'attirer l'attention sur sa précocité. Thomas Fuller, qui était entré lui-même au collège de la Reine en 1621 à treize ans, signale un Statut du quatorzième siècle fixant l’âge d’admission à dix-huit ans, mais ajoute que s’il n’a jamais été rapporté, du moins il n’est plus en vigueur : « Aucune règle n’est observée en cette matière, sauf que l'on effraie les écoliers de petite taille d’une tradition plaisante, à savoir que nul ne doit prendre ses grades s’il n’est plus grand que la canne du bedeau » (31).

Malgré sa jeunesse, Marvell se trouve dès son arrivée à Cambridge mêlé à la vie politique et religieuse de son temps. En ces années qui précèdent la guerre civile et où le parlement ne siège pas, l’opinion publique ne s'exprime, timidement et non sans danger, que dans les communautés municipales ou universitaires. L’histoire de Cambridge est alors celle de ses résistances aux empiètements du pouvoir royal, résis-

du Hull moderne pour trouver un paysage un peu varié. Aussi Margoliouth force-t-il la note, à notre sens, en disant : « Marvell.. did actually live in the country during the whole of his boyhood until he went to Cambridge in 1633, and not, as has been supposed, in the tightly-packed little town of Hull. Into Hull he merely made c@aily journeys to school ». Certes nous attribuons à Marvell nos propres préférences (d’enfant); mais quelle autre méthode est ici possible ?

(28) Cette cate a longtemps prêté à discussion; elle est pourtant correctement donnée dans Cooke, I, 4, et dans la Biographia britannica (voir bibliog. n° 214); malheureusement une note marginale de cette compilation, note d’ailleurs empruntée au Geseral dictionary historical and critical, VII, 483, E, indique comme autorité le registre du collège au lieu du registre de l’université. Aussi Thompson (voir bibliog. n° ï) ITI, 437, se fondant sur une lettra &e Lort, président du collège em 1765, où celui-ci constate que le registre collégial n’a été ouvert qu’en 1635, rejette-t-il l’affirmation de la Biographia britannica. Birrell, p. 10, suit Thompson et place l’arrivée de Marvell à Cambridge en 1635. La question est définitivement tranchée par Venn, Matriculations and degrees, ut supra.

(29) Thompson ut supra : & Il fut élevé à Cambridge aux frais de la commune de Hull ». — D’après Wildridge, Old and ne Hull, p. 42, la grammar-school de cette ville, possède une bourse [exhibition] de 40 I. st. par ans, qui permet à un de ses élèves, d’entrer dans un collège &e Carhridge à son choix. La bourse fut fondée en 1627 par Thomas Bury et accrue par l’échevin Ferries en 1630. Si c’est à elle que songeait Thompson, Marvell en aurait donc été un des premiers bénéficiaires. — Sur le registre d’immatriculation il est désigné comme « sizar »; ce mot (dont l’équivalent à Oxford était « servitor ») indique qu’il devait s'acquitter &e certaines besognes domestiques auprès.de camarades plus riches. — À cette date les autorités luttent contre l'emploi de domestiques et même de servantes qui ten@ent à supplanter les « pauvres écoliers ». Voir J.-B. Mullinger, History of the university of Cambridge, vol. III, 1626-1669, publié en 1911, p. 108. La plupart des remarques générales qui suivent, proviennent de cet ouvrage touffu et d’une lecture difficile, mais plein de faits et documenté &e première main.

(30) On peut s'étonner que le Révérend Marvell n’ait pas envoyé son fils à Emmanuel où lui-même avait été élevé. Mais le collège de la Trinité, s’il n'avait pas encore la prééminence incontestée dont il jouit de nos jours, disputait dès lors la première place à celui de Saint-Jean. En 1641, le nombre de ses membres était Ge 277 sur tn total de 2001 pour l’université, Mullinger, op. cit. p. 272.

(31) History of the University of Cambridge, 1655. Ed. James Nichols (1840) page

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