‹ André Marvell poète, puritain, patriote 1621-1678Chapitre 8 sur 88 · Ed. Prickett et Wright (1840) p · texte numérisé non relu

Ed. Prickett et Wright (1840) p

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tances rendues souvent vaines par un loyalisme qui touche à la servilité.

C'est en 1633 que Laud devient archevêque de Cantorbéry et qu'il atteint ainsi l'apogée de sa puissance. Le roi Charles I* s’en remet entièrement à lui de l'administration des affaires ecclésiastiques qui englobent l’enseignement à tous ses degrés. Bienfaiteur et chancelier de l’université d'Oxford, Laud y exerce son autorité presque sans conteste, quoique son esprit vétilleux irrite parfois ses inférieurs. Il se donne comme tâche de rétablir la discipline et y parvient dans une certaine mesure grâce aux statuts de 1635. À Cambridge il ne peut agir d’une façon aussi directe et aussi continue. Il est amené à revendiquer en tant. que métropolite un droit de visitemais devant l'opposition de l’université, attachée à ses privilèges, il renonce à l’exercer (32). Aussi en 1639 l'entendons-nous se plaindre que les étudiants d'Oxford, rebutés par ses exigences en matière de costume, de sobriété et de science, émigrent à Cambridge pour y prendre leurs grades sans trop de peine (33).

Le chancelier de l’université, pendant tout le séjour de Marvell, est le comte de Holland, « gentilhomme de très bonnes manières et fort élégant » (34), alors célèbre surtout par ses galanteries. Plus tard la guerre civile devait révéler son manque de principes et son ambition, qui le firent trahir successivement les deux partis et périr sur l’échafaud sans être plaint de personne. Tout en n'étant pas un chaud partisan de Laud il est trop bon courtisan pour s'opposer énergiquement à ses desseins. L’homme dont l'influence balance jusqu’à un certain point celle de l'archevêque, est Jean Williams, ancien agrégé (fellow) du collège de Saint-Jean, garde des sceaux sous Jacques I‘, disgracié par Charles Ie", actuellement évêque de Lincoln. Ce Gallois à l'esprit souple et fin, très mondain sous son rochet, par ses qualités et ses défauts est l’antipode de Laud. Autant celui-ci est borné, honnête, convaincu, dangereux par sa ténacité dans la maladresse, autant le manque de scrupules et de conviction profonde donne à celui-là une sagesse modérée qui aurait peut-être évité la guerre civile si le roi l'avait gardé comme conseiller (35). En religion Williams cherchait à concilier dans l’église établie les deux tendances qui dès sa fondation s’y sont livré bataille : l’une la ramenant au catholicisme originel, l’autre l’entrainant vers le protestantisme intégral de Genève. Si l’on se place au point de vue de la forme de l’église et du culte, on appellera les adversaires ritualistes et puritains ; au point de vue du dogme, arminiens, encore que Laud et la plupart de ses partisans répudiassent ce nom, et calvinistes.

Toute la vie de Marvell devait se passer au milieu de cette querelle, souvent sanglante, et c’est à l’université qu’il s’initia aux arguments des deux partis. Dans ce microcosme comme dans la nation entière, le puritanisme est alors sur la défensive. Certes les puritains de l’Angleterre et de la Nouvelle-Angleterre récemment fondée au delà de l’A-

(32) Mullinger, op. cit. pp. 125-131.

(33) Ibid, pp. 135-137.

(34) Clarendon, cité par Mullinger, op. cit., p.00.

(35) Gardiner, History of England from the accession of James I, vol. VI, PP. 31-2.

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tlantique regardent toujours avec respect la source de la pure doctrine, prêchée sous Elisabeth par Thomas Cartwright et Guillaume Perkins, et maintenue sous Jacques I par Jean Preston. Mais les derniers champions de cette cause parmi les dignitaires de l’université disparaissent pendant les années d’études de Marvell. Laurent Chaderton, qui mourra plus que centenaire, en 1640, a, dès 1621, résigné ses fonctions de principal du collège d'Emmanuel. Richard Sibbes meurt en 1635, et alors l'esprit puritain semble émigrer et son sort se lier à celui du nouveau Cambridge (36) bâti sur la côte du Massachusetts grâce aux libéralités de Jean Harvard que Marvell a pu apercevoir avant qu’il ne quittât le collège d’'Emmanuel (37).

Toutefois le puritanisme, faible dans les collèges, reste fort parmi les bourgeais. Il se retrempe chaque dimanche après-midi au « sermon de la ville », analogue à celui du Révérend Marvell à Hull. Autant le sermon de l’université qui se fait à la même heure à i'église Sainte- Marie est profané par la conduite irrévérencieuse des ieunes étudiants, autant les bourgeois réunis dans l’église de la Trinité écoutent avec respect et attention le prédicateur élu et rétribué par eux. Les étudiants les plus sérieux viennent aussi l'entendre. Laud s'inquiète de voir trois puritains notoires se succéder dans cette chaire en 1624, 1626 et 1628, malgré la pression de l’épiscopat. En 1630 il essaie de transformer en catéchisme inoffensif le dangereux sermon, mais celui-ci, habilement et vigoureusement défendu, subsiste (38). À partir de 1636 et pendant près de vingt ans la chaire est occupée par Benjamin Whichcote, destiné à devenir vice-chancelier sous le régime presbytérien (39) et à être expulsé de la prévôté du collège du Roi à la Restauration. Whichcote d’ailleurs apporte dans le puritanisme un esprit nouveau, moins étroit que l’ancien; pendant la guerre civile il défendra, même contre l’orthodoxie calviniste, les droits du libre examen; il justifiera la doctrine chrétienne par sa « rationalité ». Pour le moment, surveillé de près, il cherche « à détourner les âmes des polémiques vers les grandes réalités morales et spirituelles qui se trouvent à la base de toute religion » (40). Son influence est à l’origine du double mouvement latitudinaire et platonicien qui va prendre à Cambridge une importance prédominante pour toute une génération. Toutefois Whichcote lui-même, peu érudit, n'avait guère étudié Platon. Le véritable initiateur en cette matière, Jean Sherman, prêchait de 1635 à 1640, dans la chapelle du collège de la Trinité, auquel appartenait comme lui Marvell, de courts sermons (47) qu’il devait ensuite publier sous ce titre significatif : Un Grec dans le Temple. Il avait pris son texte dans le discours de Saint-Paul à l’Aréopage (Actes XVII, 28) « Tod yuo xa yévos équév »; certains des poètes d'Athènes ont dit eux aussi qu'ils étaient les enfants d’un Dieu unique et tout puissant, créateur du ciel et de la terre, en qui tous les hommes !

(36) Ainsi baptisé en 1638.

(37) Muilinger, op. cit. — pp. 162, 186-189.

(38) Ibid, pp. 99-1017.

(39) Sans être obligé, grâce au respect qu'il inspirait, &e jurer le Covenant. (40) Ibid, pp. 522, 590, etc.

(ar) Appelés commonplaces.

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