‹ André Marvell poète, puritain, patriote 1621-1678Chapitre 9 sur 88 · TOR · texte numérisé non relu

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ont le mouvement, la vie et l'être (42). Ainsi ce croyant frayait-il, à son insu, les voies au déisme de la fin du siècle.

Whichcote avait appartenu à Emmanuel, le collège puritain. A l’autre aile de l’anglicanisme, le collège de Saint-Pierre recevait depuis 1635 l'impulsion de Jean Cosin, partisan déterminé et ami personnel de Laud, donc considéré par les puritains comme un papiste déguisé. Il devait prouver plus tard l'injustice de cette accusation en deshéritant son propre fils pour s'être converti au catholicisme. Mais beaucoup de ses disciples ne surent pas contenir dans les limites légales la ferveur ritualiste qu’il leur avait inspirée. Dans la chapelle ouvellement construite pour le collège, « se dressait, au haut d’un degré, un somptueux autel neuf, devant lequel principal, agrégés et étae faisaient des génuflexions. Posés sur l’autel, des vases sacrés [basons], des candélabres.

| des cierges; au-dessus pendait un grand crucifix » (43). C’est là que \le poète Crashaw, de neuf ans l’ainé de Marvell, et déjà réputé pour ses vers latins, « dans le temple de Dieu, sous Son aile, passait sa vie….; là il logeait sous le toit d’anges décrit par Tertullien; là il faisait son nid plus joyeusement que l’hirondelle de David près de la maison de Dieu; et là comme un saint de la primitive église, il offrait plus de prières dans la nuit que d’autres n’ont coutume d’en offrir le jour; là il écrivait ces poèmes, degrés par lesquels des âmes heureuses graviront le ciel » (44). Crashaw, ainsi que trois autres agrégés du collège Saint- Pierre, devait se soumettre bientôt à l'autorité de Rome; il mourut chanoine auxiliaire de Lorette.

Le collège de la Trinité, au point de vue religieux, tenait, sous la direction de Thomas Comber, le juste milieu entre ceux d’Emmanuel et de. Saint-Pierre. Le principal, très respecté et aimé, avait plus de goût pour l’érudition que pour la polémique. Mais quels sentiments nourrissait alors Marvell lui-même ? Nous savons de quel côté l’inclinait l'exemple de son père; nous possédons aussi l’opinion de la fin de sa vie sur Laud et ses collaborateurs; avec toute la prudence nécessaire sous la Restauration à qui abordait un tel sujet, il laissera entendre que l'archevêque porte la principale responsabilité de la guerre civile : « Je suis persuadé, dira-t-il, qu’il s’étudiait à bien servir à la fois Dieu et Sa Majesté; mais hélas, combien profondément il se trompait ! Cet homme si docte, si pieux, si sage, ne semblait rien voir au delà des cérémonies et de l’arminianisme... Là il commençait, là il s’arrêtait, ainsi défigura-t-il le règne du meilleur prince qui tint jamais le sceptre en Angleterre > (45). Et dans une satire anonyme Marvell exprimera la même pensée sans les mêmes ménagements, et traitera de sot le roi qui, obstiné à défendre « le surplis, les manches de linon, la crosse et la mitre », s’est laissé conduire à sa perte par des coquins parlant au nom

(42) Tbid., pp. 588-0. — Le même verset fournira à Browning l’épigraphe de son Cléon : As certain also of your own poets have said...

(43) Prynne: Canterbury's doom, cité dans le D.N.B. vie de Cosin.

(44) Préface anonyme de l'édition de 1646 &es poésies de Crashaw. Le recueil se divise en deux parties, dont la première, composée de poèmes sacrés, a pour titre Les degrés du Temple. Le passage cité justifie ce titre.

(45) The Rehearsal transprosed, 1° partie (Grosart, III, 211).

de l'Eglise (46). Enfin nous connaissons les tendances latitudinaires, proches de celles des platoniciens de Cambridge, qui animeront les pamphlets théologico-politiques de Marvell;: et, en labsence de tout témoignage extérieur, nous n’hésiterions guère à en trouver la source dans la prédication de Whichcote et de Sherman.

Aussi quelle surprise de constater que le seul fait connu, ou presque, sur Marvell pendant ses années d'université, soit sa conversion, éphémère il est vrai, au catholicisme ! Il devint, probablement en 1630, la ! proie des Jésuites, dont les émissaires, bravant des lois draconiennes : mais rarement appliquées grâce à l'influence de la Reine, recrutaient des prosélytes jusque dans les séminaires de l’église anglicane : « Quelques mois plus tard son père le découvrit dans la boutique d’un libraire à Londres et le décida à retourner dans son collège » (47). La sécheresse du vieux biographe nous prive de tout autre détail sur cette escapade, et nous laisse le soin d’imaginer si le Révérend Marvell usa de persuasion ou d'autorité pour ramener au bercaïl la brebis égarée. Du moins subsiste-t-il un témoignage indirect de l'émotion causée par cette fugue d’un tout jeune homme, presque d’un enfant. En janvier 1639/40, un ecclésiastique anglican du nom de Norton, curé de Welton à quatre lieues de Hull, dans un malheur analogue s’adressait à son confrère pour lui demander conseil : « Je désire savoir ce que vous fites vous-même; je pense ne pouvoir rendre à Dieu de meilleur service que de poursuivre cette affaire devant le parlement s’il siège, sinon d'informer quelques seigneurs du conseil privé.….; peut-être un décret de la chambre étoilée est-il de saison pour terrifier les autres [catholiques] en faisant de ceux-ci un exemple public; car si des pratiques aussi effrayantes restent impunies, où envoyer un enfant. » (48). Et de fait, l'hiver suivant, le Long Parlement entendit la plainte de Norton qui alla grossir la liste des griefs qu’on sommait le Roi de venger sur la personne de Jean Cosin, devenu vice-chancelier de l’université. Ainsi se préparait le grand conflit; ainsi l’intolérance puritaine dres-

(46) À dialogue between two horses, v. 117-121. — Au sens sirict le mot Q cross,»

qu’emploie Marvell désigne non la crosse épiscopale mais la croix archiépiscopale à

double traverse.

(47) Cooke, I, 4. s ie É (48) La fin de la lettre manque, mais le sens général est clair. L’original se trouve

dans les archives municipales de Hull. — Sur toute cette affaire voir l’article déjà cité de Margoliouth dans la Modern language review, pp. 353-6 et 360, qui complète et rectifis les découvertes de Grosart, vol. I, p. xxvirr. — Nous étions arrivé ineépendamment et par un chemin légèrement différent aux mêmes conclusions que Margoliouth en ce qui concerne l'identité de Norton avec l’auteur de la lettre au Rév Marvell. Pour ce qui est de la date de l’aventure du poète, il semble bien qu’il faille la placer, comme le suggère Margoliouth, peu avant celle eu jeune Norton et rectifier en conséquence le récit de Cooke, autorité des moins sûres, selon qui l’escapade ce Marvell aurait précédé son obtention du grade de bachelier-ès-arts en 1638/9. Une seule objection se présente : nous savons que Marvell a touché sa bourse pour toute l’année universitaire qui commença le 29 septembre 1639 (voir infra); n’aurait-elle pas été suspendue si sa conversion s'était produite après cette date ? Du moins convient-il &e raccourcir fortement « les quelques mois » que son pére aurait mis à retrouver le fugitif. Mais le cadre pittoresque de la boutique du libraire semble appartenir à une tradition de famille recueillie par Cooke auprès des nièces de Marvell. Si c’est en 1639 que le jeune André devint catholique, le remariage de son père le 27 movem-

bre 1638 (voir infra) y fut-il pour quelque chose ?

sait-elle un acte d'accusation où les chefs futiles voisinaient avec les plus graves, contre le faible époux d'Henriette-Marie de France.

L'aventure du jeune Marvell dénote un certain relâchement de la discipline que d’autres témoignages confirment. Les excès des étudiants avaient trait surtout au costume et à la fréquentation des cabarets (49). Les ordonnances royales de 1630 révèlent que même les bacheliers de droit et de médecine et les maitres-ès-arts vont « manger, boire, jouer ou fumer dans les tavernes ». De nombreux étudiants, nous apprend aussi ce document, contractent mariage avec des femmes « d’humble condition et de mauvaise réputation ». La licence grandit pendant la peste de 1630. Pour la visite royale de 1632 on doit édicter une prohibition spéciale contre le tabac pris en public, et défendre, pendant les représentations de gala « de fredonner, se râcler la gorge, siffler, ou rire, ou frapper du pied ou du poing ». En 1636 on proscrit les cheveux longs et « les rabats indécents » (50). Les châtiments corporels sont restés en vigueur, ce qui ne surprend pas quand on songe à l’âge de certains de ces étudiants. Si Milton n’a pas reçu le fouet au collège du Christ, l’année 1648 fournit encore un exemple de cette punition. On y échappait à dix-huit ans, lorsqu'on devenait « adultus » (51). A l’aide des verges l’université enseignait « de meilleurs arts et de meilleures manières », comme le reconnaitra plus tard Marvell (52).

Ces arts étaient encore ceux du moyen-âge. À vrai dire la pratique de parler latin dans les collèges semble être tombée en désuétude à la fin du XVI® siècle (53). Pour le reste l’enseignement demeurait tout scolastique. Les élèves disputaient, en des exercices obligatoires et publics appelés « actes », comme aux beaux temps de la querelle des universaux, sur des sujets métaphysiques et théologiques (54). Pourtant sous

(49) Le poète Thomas Randolph, qui &ès ses années d'université comptait parmi les « fils » de Ben Jonson, appartenait au collège de la Trinité en qualité d'agrégé au moment où Marvell y arriva. En mars 1633, il avait fait jouer avec grand succès devant le roi sa comédie des Amants jaloux. Il était très populaire à Cambridge, surtout parmi les jeunes étudiants, sans doute parce que Gans ses vers, il célébrait la liberté allant jusqu’à la licence et faisait l’apologie de l'ivresse. Sa pratique se conformait à ses préceptes, car il mourut, usé par la débauche, en 1635, âgé de moins de trente ans. — Le biographe de Crashaw (cf. n. 44) note comme la plus extraordinaire @e ses vertus, & sa modération dans son régime ». Il ne demandait jamais son inspiration «& au vin des Canaries, comme tant d'écrivailleurs ».

(so) & Unseemly bands ».

(51) Mullinger, op. cit., p. 194.

(52) Rehearsal Transpros’ d. 1'° partie FGroSexE III, 37). Voir aussi la réjouissante histoire de Thomas Triplet (1bid. 63).

(53) Mullinger, op. cit., p. 138. Laud essaya e la restaurer à Oxford, ce qui contribua à l’exode &es étudiants vers Cambridge. Il est curieux de noter ue la République, dès le mois de Juillet 1640, par l’organe de la « commission chargée de régler l'état des universités » décida que seuls le latin et le grec seraient parlés dans les collèges (Jbid., p. 368).

(54) Marvell se moquera de cet enseignement en faisant le portrait satirique &un de ses ennemis : & Il fut envoyé de bonne heure à l’Université; et là travailla ferme, et en peu de temps devint un habile rhétoricien et un disputeur non méprisable. Il avait appris à construire une thèse et à la défendre pro ou con à l’aide d’une distinction secourable; tanc@is que la vérité... » entrait par une porte et sortait par l’autre. (The Rehearsal Transpros’d, Part. I. — Grosart. III, 47).

— Dans Mr. Smirke, Marvell accorde à son adversaire qu'une dispute publique est un noble spectable, mais il entoure cette concession de tant &@e conditions rarement Nr sinon irréalisables, que l'intention satirique n’est pas douteuse (Grosart,

l'influence de François Bacon, des souffles modernes commençaient à vivifier la vieille université. A la suite d’une remarque du philosophe, Fulke Greville, Lord Brooke, l’auteur de la Vie de Sidney, avait fondé en 1627 une maitrise de conférences d'histoire et s'était réservé le droit d’en nommer le premier titulaire; il avait choisi, en l'absence d’Anglais qualifié, un Néerlandais, Dorislaüs, docteur de l’université de Leyde, la plus florissante alors de toute l'Europe. Mais Laud veillait : ses espions lui rendirent compte que dès la première conférence le citoyen des Provinces-Unies avait offensé le sentiment monarchique. Le texte de Tacite : € Urbem Romam in principio reges habuere » lui fournit la matière de discours qui parurent séditieux à ses auditeurs. L'expérience de Brooke ne Survécut pas à cet incident (55). Si Marvell devint plus tard républicain, l’enseignement de l’histoire n’en porte pas la responsabilité (56).

D’autres nouveautés furent plus heureuses car elles obtinrent l’approbation de Laud. En 1632 une chaire d’arabe eut Wheelock pour premier occupant. La religion et le commerce s’intéressaient également à l'étude de cette langue, et leur union bien anglaise assura la prospérité de cet enseignement que devait couronner en 1649 la traduction du Coran. Les œuvres de Marvell renferment mainte allusion à Mahomet, aux choses de l’Orient et aux irréels projets de croisade que la chrétienté divisée par les intérêts nationaux ne se résignait pas à abandonner. L’anglo-saxon se recommandait seulement par les facilités que sa connaissance apportait à l’histoire des origines de l'Eglise d'Angleterre. Cette considération suffit à faire créer en 1638 une maitrise de conférences, confiée à l’omniscient Wheelock qui d’ailleurs n’y eut pas de successeur (59). Comme les mathématiques, limitées à Euclide, attendaient la venue de Newton pour régner à Cambridge, et que les sciences naturelles, malgré Bacon, y demeuraient inconnues sauf, peut-être, des futurs médecins (60), tous les esprits curieux, pour échapper à la scolastique, se jetaient dans l'étude des langues. Thomas Comber, sous l’autorité directe de qui se trouvait Marvell, s’il faut en croire son panégyriste « excellait dans les langues occidentales et orientales, comme l’Hébreu, l’Arabe, le Copte, le Samaritain, le Syriaque, le Chaldéen, le Perse, le Grec et le Latin; et aussi en Français, en Espagnol et en Italien, qu’il comprenait et pouvait parler >» (61). Richard Crashaw, dans l'intervalle de ses dévotions extatiques, était parvenu à « la connaissance de cinq langues (non compris sa langue maternelle), à savoir l’'Hébreu, le Grec, le Latin, l'Italien, l'Espagnol. Pour ces deux dernières, il avait reçu peu d’aide; il les avait acquises par lui-même » (62).

Mullinger, op. cit., pp. 83-0.

de Ce à ce de dit Birrell, p. 11, qui force le sens d’un texte du Behemoth de Hobbes : « Cicéron, Sénèque, Caton et autres politiques de Rome, et Aristote d'Athènes, qui-n’ont guère parlé des rois que comme des loups ou autres animaux dévorants » [4° partie, ad initiuml, figuraient comme écrivains ou philosophes, non .comm historiens, dans les lectures des étudiants Au reste ceux-ci pouvaient parfois ÿ puiser, bien malgré leurs maîtres, des sentiments républicains, plus oratoires d’ailleurs que vécus jusqu’au jour où la guerre civile les tire du domaine académique.

(59) Mullinger, op. cit., pp. 93-8.

(60) Ibid., pp. 372 et 465.

(61) Tbid;"D 1318; n/t2:

{62) Préface de l'édition de 1646, uf supra.

Cette remarque montre comme il est difficile de fixer la dette de Marvell envers Cambridge. Par ses œuvres et par d'autres témoignages nous savons l'étendue de ses connaissances, mais nous ne pouvons faire la part de la parole des maîtres, des voyages, de la conversation des meilleurs esprits de son temps et de lectures variées, souvent imprévues. Pourtant un fait nous est connu : dès l’Université Marvell composait des vers. |

Le 17 mars 1636/7 la reine mettait au monde son cinquième enfant (63) : la princesse Anne. Selon la coutume les deux universités saluèrent chacune cet évènement par un volume de vers. Oxford, en l'occurence plus moderne, mêla aux poèmes grecs et latins de mètres variés quelques pièces en Anglais, langue plus accessible à la reine (65). Cambridge n’eut point la même galanterie, et nous le regrettons d’autant plus que le talent, ou du moins ses promesses, se trouvent plutôt sur les bords de la Granta que sur ceux de l’Isis : de ce côté-ci le seul nom que l'oubli n’ait pas tout-à-fait enseveli, est celui de Guillaume Cartwright (et il le doit moins à ses poèmes fleuris qu’à une pièce jouée à l'Université devant le roi, qui sert d’argument pour prouver l’épuisement du théâtre anglais dès avant sa suppression par le Long Parlement) — de celui-là, Richard Crashaw, Abraham Cowley et Marvell, auxquels on peut ajouter, tant pour l’amitié qui le liait à Crashaw que pour les beautés éparses dans son informe épopée de Psyché (66), Joseph Beaumont; si Milton a quitté Cambridge, son rival et ami Edouard King collabore à l'éloge de la princesse, inconscient de l’immortalité qu’une mort tragique va lui apporter sous le nom de « Lycidas ».

Dans ce recueil intitulé Xovodte sive Musarum Cantabrigiensium concentus et congratulatio ad serenissimum Britanniarum regem Carolum, de quinta sua sobole, clarissima principe, sibi nuper felicissime nata (67) un poème latin Ad regem Carolum Parodia et un poème grec Ilpoc Kéopokov vov Basthéæ, portent la signature d’Avdopéxe 6 MaœpBéddov, ëx vod vs Toradoc, alors âgé de seize ans. D’autres avaient joué sur le mois de la naissance, Mars, ou sur le jour, Vendredi, Veneris dies; le carème avait inspiré à Cowley des vers trop ingénieux :

(63) Mrs Strickland, Queens of England vol. V., p. 260. C'était le sixième enfant si l’on compte le premier, mort le jour de sa naissance. La pfrincesse Anne mourut le 8 décembre 1640, en demandant à Dieu « d'éclairer ses yeux ».

(65) Flos Britannicus Veris Novissimi Filiola Carolo et Mariae Nata… ‘Oxford « voudrait. rivaliser pour le nombre des langues avec celui &e vos enfants royaux mais serait obligé de faire venir de nouveaux professeurs ». — Le poème auquel la reine dût être le plus sensible, est celui que composa dans sa langue maternelle un Normand ‘de Jersey qui signe « Jean Poing&extre, de la Société d’Excestre » [collegii Exoniensis socius]. Les vers, un peu surannés, ignorent les règles posées par Malherbe, mais ont &e la grâce : Phébus

Etait sur le seuil de sa course Quand il cognut qu’en. une nuit Le Printemps aviez produict, , Et couvert, depuis la vesprée De fleurs le portail de l’année, En mariant avec vos lis

Les roses de ce Paradis.

(66) Qui, dans une version abrégée, renferme trente mille vers.

(67) Grosart, vol. I, p. xx1x, et à sa suite Aitken, Birrell et Poscher (voir bibliographie, n° 134), appellent inexactement- ce recueil (the Musa Cantabrigiensis of 1637 », ce qui donne l'idée erronée &’une publication périodique.

Dum more antiquo jejunia festa coluntur, Et populum pascit relligiosa fames..,

Henriette-Marie répand dans le cœur de ses sujets une joie qui ne doit rien à Bacchus ni à Cérès (68). Dans son poème grec Marvell, lui, prend pour texte le nombre des enfants royaux et se félicite que le chiffre cinq ne soit plus funeste aux Anglais : Avcaprorotéxoc, comme dit étrangement le jeune lecteur d'Homère. Même en 1637 on a senti le besoin d’expliquer au lecteur l’allusion à la Conspiration des poudres (5 novembre 1605) et à celle de Gowrie (5 août 1600).

Mais si les vers grecs de Marvell sont fort méchants, son poème latin a du rythme; ne l’en louons pas trop : il s’est contenté de suivre pas à pas l’ode adressée par Horace à Octave après la victoire d’Actium (I, 2). À la description des malheurs et prodiges de toute sorte qui suivirent la mort de César, il substitue celle de la peste qui vient à nouveau de désoler Cambridge (69).

Cüm scholae latis genus haesit agris, Nota quae sedes fuerat bubulcis ; Cüm togà abjectà pavidus reliquit Oppida doctus. (Strophe TIT).

Heureusement les maux de l’Angleterre tirent à leur fin : Charles et Marie repeuplent le pays. Souhaitons de conserver le plus longtemps possible cet excellent prince; il suffit ici de changer un seul mot à la strophe d'Horace :

Serus in caelum redeas, diûque

Laetus intersis populo Britanno

Neve te nostris vitiis iniquum Ocyor aura

Hollatiis (Strophes XII-XIIT)

Et nous somtnes en cette année 1637 que les historiens d’aujourd’hui déclarent décisive. Aucune sagesse humaine ne peut plus empêcher la guerre civile (70).

Pendant les études du jeune André à l’Université, divers évènements heureux ou malheureux remplissaient la vie de sa famille à Hull. Le 29 décembre 1633, sa sœur aînée, Anne, épousait Jacques Blaydes (71)

(68) Un poète avait composé ses vers sur une fausse nouvelle que la Reine avait eu deux jumeaux: il ne put se résigner à sacrifier son œuvre et se contenta d’y ajouter un prologue explicatif.

(69) Mullinger n’en parle pas, mais voir Cooper (Charles Henry) Annals of Cambridge, III, 284. Elle éclata en novembre 1636.

(70) Gardiner, History of England from the Accession of James I, vol. VIII, p. 223. — Poscher, ut supra, p. 3, fait preuve d’une vue perçante ou d’une vive imagination en découvrant dans ce poème « le futur homme politique, le démocrate, le représentant Gu peuple ».

(71) De Sutton, dans le comté d’York. Voir dans Notes and queries, série V, vol. XI, pp. 283 et 396, et série VI, vol. I, p. 271 des généalogies et renseignements fournis

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