‹ AndréaChapitre 10 sur 20 · ROTROU · texte numérisé non relu

ROTROU

Daws leur fuite rapide, ils eurent bientôt gagné la porte de la ville, et ils entrèrent dans ce chemin poudreux que bordent d un côté ce qui reste des remparts, et de l'autre les

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inurs de la campagne. La belle Catalane pressait Andréa de questions, mais celui-ci la conjura de ne le pas interroger davantage; il lui promit qu'un jour il s'armerait de courage , qu'un jour elle saurait tout, et il faljut bien qu'elle se contentât de cette réponse. Déjà ils avaient dépassé la colline où l'on voit, adossée à un pan de mur resté debout, 1 une des portes de la citadelle de Saint-Nicolas; déjà ils touchaient au chemin qui sépare les Catalans du Champ-de-Mars, lorsque Marie crut voir des baïonnettes luire au soleil. Inquiète, elle s'approche à pas furtifs, le corps baissé, et se cachant à la faveur d'un parapet; elle découvre, sous des arbres nouvellement plantés, des faisceaux d'armes; non loin , des soldats vêtus de blanc * et nonchalamment couchés sur le sable; à l'avenue du Champ-de-Mars, des sentinelles attentives.

« — Pourquoi ces soldats?» dit-elle.

« — Ce sont les nouvelles recrues de la co-

* A cette époque on avait formé des cohortes déparlemenlales. L'habit uniforme pour la cohorte des Bouclicsjdu-Rhônc était blanc, paremens et passe-poil verts.

l'arrestation. 1-73

» horte qui se viennent exercer au maniement » des armes, » répondit Andréa.

« -^ Noji, non! » reprit Marie qui se sentit troubler; « ils n'y viennent pas en hiver. Que » veulent-ils, grand Dieu !... Retournons sur » nos pas; entrons dans les champs. »

Ils rebroussèrent aussitôt chemin, et, gagnant la campagne par une brèche mal bouchée par des buissons d'épines , ils arrivèrent, en peu d'instans , à l'esplanade des Catalans.

La petite colonie était réunie presque tout entière sur un seul point. Curieuse de savoir ce qui pouvait mettre ainsi en émoi le peuple catalan, Marie y courut; elle aperçut Gobet qui, suivi d'un valet de ville , se disposait à faire une publication. Elle voulut éviter cet homme ; mais il n'était plus temps: Gobet vint droit à elle.

« — Est-ce que je vous fais toujours peur, » mon enfant?» lui dit-il d'un air de galanterie comique.

« — Non, Monsieur; mais j'ai hâte de ren- » trer au logis, et... w elle fit une révérence. c( Et vous me permettrez...» d'une main qu'elle

l-yA ANDRÉA.

tenait derrière elle, elle faisait signe à Andréa de ne point approcher. « Vous me permettrez » de prendre congé de vous.

» — Allons , allons ! je vois que vous tenez » rancune. Vous ne pouvez me pardonner la i) frayeur que je vousai causée chezlaCathalina. » C'est bien à tort, car, mon devoir rempli, je » suis presque aussi doux qu'un autre... Vou- » lez-vous bien reculer , petits malheureux? » cria-t-il d'une voix terrible aux enfans qui l'entouraient et le regardaient d'un air curieux. « Voulez-vous bien reculer, et ne pas » empêcher l'autorité de respirer ? » Les enfans s'enfuirent en poussant un cri de peur.

« — Le moment est assez mal choisi pour M me vanter votre douceur, » dit Marie, qui affectait de sourire, mais qui redoublait ses signes à Andréa, et n'osait pas tourner la tête dans la crainte de paraître préoccupée.

a — Le devoir, ma belle enfant, le devoir... «Et puis,» ajouta-t-il en se rengorgeant, « quand on représente l'Empereur, il fautsa- » voir se faire respecter.

i) — C'est trop juste... Et peut-on, sans in-

l'arrestation. 175

» discrétion, vous demander ce que vous ve- » nez faire aux Catalans?

» — J'y viens publier un effet perdu.

» — Riche? » demanda Marie avec distraction.

<c — Très riche,» répondit Gobet en

baissant la tête et en clignant de l'œil, comme pour chercher à mieux voir.

i( — Un diamant peut-être? » reprit Marie qui commençait à prendre l'alarme.

a — Oui, un diamant... Ou j'ai la berlue, ou » c'est lui.

» — Et de prix, sans doute?» ajouta la jeune fille pour détourner l'attention de Gobet.

« — Certainement; la montre vaut bien

n Ohl c'est lui, c'est lui.

» — Ah ! c'est une montre; vous m'aviez dit » un diamant.

» — Montre ou diamant

» — Promet-on une récompense?

» — Magnifique. Eh! oui; c'est Andréa.

» — Vous vous trompez , » dit vivement Marie.

« — L'autorité ne se trompe jamais Fri-

ïjG ANDRÉA.

)i ponne,» reprit-il d'un air caressant, «vous » m'avez menti, l'autre soir : il y était, vous » le saviez... Mais je vous pardonne. Pour- » quoi cet imbécile s'avise-t-il d'avoir peur » quand il est innocent ?

» — Innocent ! » s'écria la belle Catalane avec joie.

« — Innocent comme vous. Un faux rap- » port, de perfides avis... On n'est pas infailli- » ble, mon enfant. Andréa, Andréa!... Mais » voyez s'il viendra !

>, — Andréa ! » cria Marie en l'appelant.

Le jeune homme s'approcha timidement, Gobet l'attendit d'un air digne; puis, lui tendant la main :

« — Tu es plus rare que les beaux jours, » dit-il. « Où donc t'es-tu tenu caché ?

» — Je ne me cachais pas.

» — Non, tu restais à l'ombre; n'est-il pa* » vrai ? Çà , mon camarade , une autre fois » tâche de ne pas avoir peur pour rien. Tu » m'as fait courir deux jours après toi ; et si » l'on ne m'avait fait dire que ce n'était pas la » peine, j'y courrais encore.

» — Je ne vous comprends pas.

L ARRESTATION. l^-y

» — Est-il besoin que tu me comprennes ?... j) Ecoute; j'ai un conseil à te donner. Défie- »» toi de la Cathalina.

» — Encore elle, toujours elle ! » murmura Andréa.

« — La Cathalina ! » dit Marie avec rage. « Si jamais elle tombe entre mes mains...

» — Oh, oh ! la belle, » reprit Gobet étonné. « Quel changement! ce visage si doux, si mo- » deste, s'est animé tout à coup; vous avez » rugi comme une lionne.

»> — D'elle à moi, » dit Marie en s'efforçant de paraître calme, » ce n'est pas moi qui serai j' timide ! L'infâme !... Mais ces choses -là ne se fl dénoncent pas; on s'en venge soi-même; » c'est plus sûr.

» — Et plus sot. Comment , diable î Vous )) voulez vous faire justice vous-même ! vous » ne savez pas, mou enfant, à quel jeu vous ï' jouez... Que vous a-t-elle fait?

)» — Vous apprendrez le crime en appre- )i nant le châtiment.

» — Croyez-vous qu'on l'ignore, le crime? •) L'autorité a des yeux partout , » dit Gobet

IjS ANDRÉA.

d'un air d'importance, mitigé pourtant par le désir d'apprendre cette histoire.

< — Si elle l'a vu , pourquoi l'a-t-elle laissé » faire?

» — Peut-on tout empêcher?

» — Il est vrai que le doigt a bientôt pressé )> la détente...

. — Oh, oh !

I» — Mais on peut arrêter le second coup.

» — Oui,» ajouta Gobet en secouant la tête. «Oui, je sais que c'est un guet-apens » abominable... La peste! un assassinat!... Y » a-t-il du sang ?

» — Vous qui savez si bien...

» — Oui , je sais qu'il n'y en a pas eu, » ditil après avoir examiné attentivement Andréa et Marie... « Tant pis, car une bonne blessure » n'aurait pas nui.

» — Grand merci, monsieur.

» — Vous ne m'entendez pas, » reprit-il d'un air de supériorité. « Et vous l'avez vue, bien » distinctement vue ?

» — Non pas; ce serait mentir que de le dire.

„ — Je vous assure que vous l'avez vue, » que vous l'avez reconnue , y> dit brusquement

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