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Gobet. « Ah) ah ! femme CathaHna, vous faites » de ces échappées! on vous dira deux mots. » Pour toi, mon garçon , tiens-toi bien sur tes » gardes... Mais, encore une fois, quelle idée » avais-tu de te réfugier chez cette sorcière , » et surtout de ne pas sortir quand je t'appe- )) lais?... Avais-tu peur aussi? Allons 1 conviens » au moins que tu avais peur.
» — J'en conviens.
)> — A la bonne heure ! » dit Gobet d'un air de triomphe.
Tandis qu'il discourait gaîment , les enfans étaient venus de nouveau et faisaient cercle autour de lui. Il voulut en caresser un de la main, pour montrer combien il savait être populaire dans l'occasion ; mais la mère retira vivement son jeune fils, etdit avec emportement :
c — Ne le touche pas, Satan: tu lui porte- » rais malheur.
)) — Qu'a cette folle ?» dit Gobet interdit.
« — La main de Gobet appelle celle duboun reau : elle n'a jamais touché un honnête hom-
» me Laisse -moi, mon fils ; ne me touche
» pas , mon fils !
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» — Mais...
» — Je te dis de me laisser, mon pauvre en » fant , » poursuivit la mère eu le cachant dans ses bras.
« — Oui, oui, elle a raison,» crièrent les autres femmes.
« — Eh î mon dieu , que veux-tu j*en fasse? » Me prends-tu pour un bohémien ? »
Les femmes murmurèrent et se répandirent en invectives.
« — Au nom de l'empereur, silence! » cria Gobet un peu surpris de l'orage.
« — Adieu, monsieur,» dit Marie; « à vous » revoir.
,) — Oh ! je ne pars pas encore : j'ai une pe- » tite expédition.
» — Quoi donc ? » demanda la jeune fille.
« — Rien, rien ; vous n'avez qu'y voir
)) Adieu , adieu. »
En peu d'instans Marie arriva devant la maison de son père, car le hameau des Catalans n'est pas long à traverser : la porte était ouverte: elle entra, et elle vit Mattéo et Jnan, la tète sans crépine , les cheveux en désordre , et les vêtemens trempés d'eau , qui étaient accoudés sur
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la table; le capitaine semblait leur adresser des paroles de consolation; dans un coin, un homn^e au maintien grave et pincé , assis sur un escabeau, semblait indifférent et étranger à ce qui se passait autour de lui.
« — Sainte Madone! ce sont ses pas,)) dit Juan.
a — C'est elle , » s'écria Mattéo : « la «voilà !
)) — Oh ! mademoiselle Marie ! que vous » avez tardé ! )^ dit le capitaine.
» — Fille , fille ! » murmura Juan en pleuraut de joie et en la pressant dans ses bras, c< que ça fait de mal ! que ça fait de bien !
» — Pauvre sœur , va ! )) dit Mattéo en lui serrant fortement la main , « nous te croyions )* perdue ! »
Marie recevait toutes ces caresses avec une sorte d'embarras. Elle songeait que durant cette affreuse tempête, tout entière à son amour , elle n'avait pas eu une seule pensée pour son père , et elle en éprouvait au fond du cœur une honte et un regret amers.
« — Nous te sommes allés chercher au vallon )) des Auffes , )> poursuivit Juan.
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« — Oh ! père!...
» — Nous n'y avons pas trouvé Marie , et » voilà tout ce que nous en avons pu rapporii ter , » dit-il en montrant son fils et lui.
fi — Quoi ! naufragés !
>, — Il ne me reste pas une planche entière » de ma bonne tartane... Éclair du ciel! si ceci *r n'est que le présage d'un malheur plus grand, » quel malheur va donc fondre sur nous?
)) — Père! père! » s'écria Marie confuse en se jetant dans les bras de Juan, et en le baignant de larmes.
(( — Enfin, te voilà ; c'est une douce conso- » lation. Mais ma pauvre tartane qui courait » sur la mer houleuse comme d'autres y cou- » rent par un vent favorable, ma tartane dont » les longs flancs portaient toujours de quoi » nourrir une ville , qui me la rendra!... Fau- »dra-t-il qu'à mon âge j'aille tendre la ^ tnain ?...
» — Fi, patron, fi de cette pensée! » dit le capitaine ; « comme vous lorsqu'on a des amis, » tout se répare. Il y a bien du bois sous le so- » leil , et bien du chanvre pour des voiles.
» Merci , gratid merci , capitaine , » ré-
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pondit le patron : « mais le plus beau brick » peint à neuf ne me vaudrait pas ma tar- » tane : nous avions vieilli ensemble , elle me » connaissait; je lui parlais comme à un cheval, »et, comme un cheval, elle me semblait » entendre. Si vous l'aviez vue plonger sa » poupe dans les flots, et l'en retirer toute » écumeuse ; si vous l'aviez vue redoubler de » vitesse à ma voix , et gagner le port avec la » rapidité d'un oiseau ! Triste monde que cen lui-ci, où il faut se détacher peu à peu de » tout ce qu'on aime, et voir mourir quand >î on ne meurt pas !... Viens, fille : embrasse- » moi pour me rappeler que je n'ai pas tout » perdu.
» — Capitaine , » dit l'homme au maintien grave, avons savez que mes momens nem'ap- • partiennent pas...
« — C'est juste , docteur ; c'est très- juste , » le régiment peut avoir une migraine, une » fièvre , et il faut que vous soyiez là. Dieu ! » la fièvre ! j'aimerais mieux avoir une jambe » cassée ; oui , docteur, cassée, brisée, em- M portée à tous les diables par un obus, et avec » l'obligation de l'aller ramasser au bout du
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» monde au jour du jugement dernier, afin de u paraître au grand complet devant le Père » éternel. Si vous saviez pourquoi j'ai tant la » fièvre en horreur, vous seriez de mon avis; » je l'ai gagnée une fois dans les marais de la » Syrie...
» — Je connais cette histoire, » dit le docteur en souriant ; « venons à l'autre.
» — Avec ce damné docteur , il n'y a pas » moyen de placer la moindre parole... Soit!» dit-il en chargeant sa pipe. <t Patron Juan, je » vous présente monsieur le docteur Bonfillas, » homme de talent , chose rare, et honnête » homme au par dessus. ^>
Le patron ôtasa crépine, le docteur inclina la tête d'un air protecteur.
" — C'est le chirurgien du régiment , » poursuivit le capitaine, a et je vous l'amène pour » qu'il donne à votre fils une bonne pleurésie, « ou pour qu'il lui casse bras et jambes, à son » choix.
)) — Qu'est ceci ? » ditMattéo un peu effrayé.
(( — N'aie pas peur , mon garçon , » reprit
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le capitaine : « il n'y a que ce moyen pour te )/ tirer de peine.
» — Je suis bien votre serviteur , » répondit Mattéo, (( mais le moyen n'est pas de mon yy goût.
» — Sois donc tranquille , quand on te dit de » rêtre.
)) — Eh ! oui , » dit Juan , « le docteur ne te » rendra pas plus malade qu'il ne te guérirait V si tu l'étais... Pardon : ce n'est pas ce que je » voulais dire; je m'explique, monsieur le doc- » teur... enfin c'est un service qu'il te rend , » quoi ! y es-tu ? il est impossible que tu n'y » sois pas.
))— Je comprends,» lui répondit Mattéo d'un air de doute.
« — Vous voyez que je suis homme de pa- » rôle , » dit le capitaine en regardant amoureusement Marie. Mais la jeune fille se troubla et détourna les yeux ; Andréa se laissa tomber, toutétourcli, sur un siège.
« — Venez ici, jeune homme,» dit le docteur d'un air important. « Vous boitez, je crois?
» — Moi? je marcherais sur la pointe d'un » mal.
» — ïii n'es qu'un fanfaron, Mattéo, » dit le capitaine : a je ne t'ai jamais vu marcher » droit une fois en ta vie.
» — Eclair du ciel! Demandez à mon père, » à ma sœur, à tous les Catalans!.... il n'y a » pas sur la plage un plus rude coureur.
» — Venez çà, » dit le docteur, qui se mit à lui tâter les jambes. « Hum ! voilà des ge- » noux qui sont mal , au moins !
» — Vous croyez? » dit Mattéo un peu inquiet.
« — Je gagerais , » poursuivit le docteur , « que vous avez été obligé de garder le lit un an » durant.
» — Moi ? je ne le garde que pour dormir , » quand je dors. Je me sens en état de faire M deux lieues à l'heure.
» — Puisqu'il l'assure ! » dit le docteur en se tournant vers le capitaine.
« — Sot , qui ne sait rien entendre , » murmura celui-ci.
« — C'est une chose qu'on ne saurait faire » à la légère, » poursuivit le docteur.
• — Soyez certain, docteur, que j'ai dit » vrai.
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»— Voyons, il a peut-être quelque autre in- » firmité. Mon garçon , » poursuivit-il en s'a^ dressant à Mattéo, « qu'éprouvez-vous après » un long travail ?
» — Une lassitude dans tons les membres.
M — Mauvais signe , » dit le capitaine.