L ARRESTATION
» et si VOUS avez le malheur de lui manquer » de respect , c'est à moi que vous aurez à » faire.
» — Il suffit, mon capitaine.
» — Du courage , Mattéo y-» reprit Thomas, « c*est une épreuve; elle ne sera pas longue.
» — Je pars avec vous, » dit le docteur, « nous ferons route ensemble. »
La troupe se mit en marche, et le capitaine poussa vivement Mattéo au milieu des soldats pour sauver à Juan la douleur des adieux.
« — Quelle journée!... » dit Juan en mettant ses mains sur ses yeux. « Quelle journée! Et le » soir n'est pas encore près de venir.
» — Que craignez-vous, patron?
» — Je n'en sais rien. Si j'avais là ma bar- » que, ma pauvre barque, je dirais : a Le flot » me lava emporter;» mais je l'ai vue se briser )) sous mes yeux : mon fils m'est ravi : à moins » que la foudre n'écrase Marie , me laissant » vivre, je ne vois pas ce qui peut me mena- » cer. Mais Marie ne me quittera pas. Non , » tu ne me quitteras pas , » criait-il en la tenant étroitement embrassée. « Il faut que le » même coup nous frappe.
» — Ayez de la raison, Juan; il n'y a pas » grand mal à tout ceci, puisque tout se peut » réparer.
» — Et comment? » demanda le patron de cet air qui semble n'avoir pas foi à une réponse.
« — Moyennant six mille livres, je tirerai » Mattéo de ce mauvais pas.
» — Six mille livres!
» — Et ma pipe d'ambre! » dit le capitaine
avec un soupir. « Si Mattéo avait un peu mieux
» joué son rôle, j'aurais pu sauver ma belle
» pipe, où fumer est si doux... Va donc pour
» la pipe, » ajouta-t-il en faisant un geste de
résolution. « Cela fait, il me restera encore
» mille écus , avec quoi Ton peut construire
» la plus belle barque qui ait jamais navigué
» dans le golfe. C'est tout ce que je possède ,
» patron *, c'est la fin de mes campagnes d'I-
fl talie et d'Orient. Trop heureux si mademoi-
n selle Marie consent, à ce prix!...
7) — Moi , monsieur ! » dit la belle Catalane.
« — Eh! mais..., » reprit Thomas avec éton-
» nement, « je croyais que tout était convenu.
»— Assurément,)) dit brusquement Juan.