‹ AndréaChapitre 5 sur 20 · L EXEMPT · texte numérisé non relu

L EXEMPT

son courage; toutefois, habile à dissimuler , elle se leva , et cachant sous un air riant le trouble de son âme :

« — Bonsoir, monsieur Gobet, » dit-elle, « quel heureux hasard vous amène si tard ici?

» — Il n'y a point de hasard, il n'y a point » de monsieur Gobet,» répondit-il d'un air digne; a il y a une Autorité venue exprès... » Soldats! » reprit-il en brandissant sa canne, « ne laissez sortir personne. Vous m'en ré- » pondez sur votre tête.

w — La Cathalina, » dit Marie d'une voix éteinte, «je me sens mal.

» — Du courage , ma fille , » répondit tout bas la Génoise.

« — Femme Cathalina, » reprit Gobet d'un ton emphatique, « vous avez reçu chez vous » un ennemi du gouvernement. Au nom de » l'Empereur,» et ici il ôta son chapeau, «au » nom de l'Empereur, nous, Autorité, vous i) sommons d'avoir à nous le livrer inconti- » nent, sous peine des poursuites voulues par » la loi.

» — Un ennemi du gouvernement ! » dit la

Cathalina en jouant la surprise, « qu'est-ce que» » cela ?

j) —Je ne suis pas ici pour répondre à vos » questions.

» — Mais, mon bon monsieur Gobet...

» — Je vous ai déjà dit qu'it n'y avait pas » de bon monsieur Gobet ici. Apprenez à par- » 1er, ou, sinon, on vous l'enverra apprendre » à Embrun *.

» — La Cathalina , » dit tout bas Marie, «fais » qu'il parte. Il m'effraie.

» — Encore un coup, femme Cathalina...

)î — Encore un coup, » répondit la vieille en l'interrompant vivement, «que voulez-vous » de moi? Est-ce à cette heure qu'on vient » faire du scandale dans une maison honnête?

» — Oh! oh! la vieille, » dit Gobet enchanté de ce changement de ton, car il pouvait se fâcher plus à son aise, « une maison honnête! » L'honnêteté et toi n'avez jamais passé par la )) même porte.

)) — Oui-da! » répondit la Cathalina qui n'a-

* C'est dans cette ville qu*est la maison de correction |)onr les femmes.

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vait feint la colère que pour amener le terrible exempt à oublier son caractère, « pour » l'honnêteté, est-ce à votre porte qu'il fau- » cirait aller frapper?

» — Femme! » dit Gobet tout stupéfait de s'entendre tenir un tel langage , « tout à l'heure » on réglera votre compte; pour l'instant il » me faut cet homme...

» — Cet homme! c'est donc un homme que » vous cherchez chez moi ? Je n'en ai pas vu » un de la journée, en vous comptant.

» — Vraiment ! mais on a des yeux , ma- » dame, et l'on vient de voir Andréa entrer )) chez vous.

w — Andréa! » s'écria la vieille. «De plus )> fort en plus fort!... Ce n'est donc pas un )> homme que vous cherchez?

w — Andréa! » dit timidement Marie. « Com- » ment une faible femme peut-elle porter omi) brage au gouvernement ?

w — Une femme comme lui, » dit Gobet d'un air goguenard, « ressemble diablement )* à un homme. Allez faire à d'autres vos contes » de mamelles coupées et de plomb fondu. » On sait ce qu'on sait. »

Une vive rougeur se répandit sur le visage de Marie; elle sentit son cœur battre d'une manière étrange, et elle n'osa pas s'interroger sur le sentiment qui l'agitait; seulement elle regarda la Génoise d'un air de reproche; puis, pensant au danger que courait Andréa, elle se troubla de nouveau, pâlit et baissa la tête.

« — Une femme ! » poursuivit Gobet. « Oui , » si l'on en croyait les commères; mais voilà,» dit-il en tirant de sa poche un poignard au manche d'ivoire, « voilà la quenouille que j'ai » trouvée tantôt sur cette femme.

» — Sainte Madone! » murmura la vieille, « prenez pitié de moi.

)) — Ah! ah! m'amie, » reprit Gobet d'un air triomphant; « vous voilà confondue. Vous » avez cru peut-être qu'on trompait une Au- » torité comme le premier venu ! apprenez » que l'autorité sait tout , qu'elle voit tout. » Andréa est ici; il me le faut.

» — Je jure par la Vierge et tous les saints » du paradis

» — A la bonne heure, » dit Gobet. « On » emploiera la force. A moi , soldats !

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» — Ah! mon Dieu! » s'écria Marie. « Que » veut-il faire?

» — Du calme, ma fille. » dit tout bas la Cathalina.

Les deux soldats entrèrent, l'arme au bras , dans la chambre dont ils fermèrent soigneusement la porte. Gobet, à leur tète, se mit à fureter dans tous les recoins. Après une heure d'une perquisition aussi exacte qu'infructueuse, il allait se décider à partir, non sans faire de nouvelles et terribles menaces^ lorsqu'il vit que les regards de Marie , pâle et tremblante , étaient toujours tournés vers le même point. Il s'y dirigea aussitôt et frappa avec sa canne sur la muraille, qui rendit un son sourd et creux.

« — Cest fait de moi! » pensa la vieille.

€ — Nous le tenons ! » s'écria Gobet

En entendant ces mots, Marie poussa un cri de douleur, et tomba évanouie sur le pavé de la chambre. Gobet, touché de compassion , fit un pas pour secourir la jeune fille , mais il s'arrêta bientôt , honteux de ce mouvement de sensibilité , et il examina avec soin la muraille , afin d'y découvrir la trace de la cavité

qu elle recelait. Ce fut peine perdue. Le ressort en avait été fait avec tant d'art , que le point qui unissait le panneau à la muraille aurait échappé à l'œil le plus habile.

u — Femme Cathalina^ » dit alors Texempt avec un ton d'autorité sous quoi il s'efforçait vainement de déguiser son embarras et son dépit, « il y a là-dessous une cachette. Ayez » à l'ouvrir.

» -^ Par la bienheureuse madone et tous » les saints du paradis, » dit la Cathalina, « pour »qui meprenez-vous?moi,ouvrir la muraille ! h Ai-je le don des miracles ?

•♦ — On vous fera payer cher le temps que >» vous nous faites perdre, » reprit Gobet avec humeur.

« — Parlez clairement, si vous voulez qu'on » vous comprenne.

» — Tu sais très-bien ce qu'on veut de toi, w rusée Génoise. Tiens..., • poursuivitl'exempt en levant la canne, et en se disposant à frapper de nouveau sur le mur ; mais au même instant la Cathalina prononça à haute voix quelques mots dans une langue étrangère . et

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"Cjobet, la main levée, s'arrêta, interdit, au milieu de son geste.

a — Que dis-tu? » lui demanda-t-il brusquement.

« — Rien.

» — Tu viens de parler.

» — C'est possible.

» — Dans quelle langue parlais-tu? A qui » s'adressaient tes paroles?

» — J'adressais , dans la langue de mon » pays , une prière à la madone.

» — C'est bien le moment de faire des « prières !

» — Tous les momens sont bons , » dit la Génoise en s'inclinant et en joignant pieusement les mains.

« — Je te dis, » reprit Gobet , « que ce mur » est creux , et je te le vais prouver. »

Il brandit sa canne, et l'appliqua avec force contre le mur ; un son court et sec , et qui était loin de décéier aucune cavité, se fit aussitôt entendre.

« — Eh bien? » dit la Cathahna d'un air railleur.

L'exempt stupéfait avait laissé tomber sa

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canne, et, la bouche béante, les bras pendans, il contemplait la muraille d'un air stupide. Ce premier étonnement passé, il saisit un fusil aux mains de l'un des soldats, et se mit à frapper à coups réitérés, mais jamais il ne put obtenir le son qu'il avait entendu la première fois.

a — IN'allez-vous pas démolir la maison?» dit la Cathalina d'un air d'impatience. « Il est » deux heures du matin. Si vous ne vous re- )) tirez pas, j'irai demain me plaindre à M. le » commissaire-général.

» — Viens-y, vieille sorcière, » dit Gobet qui écumait de rage. « Viens-y, et tu verras » comme on traite tes pareilles. »

En prononçant ces mots, Gobet se promenait à grands pas dans la chambre, revenant sans cesse au lieu fatal, et ne s'en éloignant qu'avec peine , lorsque ses regards tombèrent sur la table où brillait le verre mystérieux.

« — Ah ! ah ! » s'écria-t-il en grimaçant de joie. « On t'y prend enfin ! voilà les outils de » ton infâme métier , voilà le blanc d'œuf avec » quoi tu troubles les cerveaux faibles.

» — • C'est pour moi , Monsieur, » répondit

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la Cathalina ; ce pour moi seule. Il n'y a pas » de loi qui me défende de croire au blanc » d'œuf.

), — C'est ce que nous verrons Oh! oh ! »

reprit-il en avisant les trois gravures. « Qu'est »ceci? Arrestation du traître Pichegru.U... » Cette maison est donc une caverne !... Igno- » rez-vous, femme Cathalina, queces infâmes » estampes sont défendues ?

» — Pourquoi cela ?

» — Pourquoi..., pourquoi...? Est-ce qu'une )) Autoritéa besoin de donner des pourquoi ?... » Et celle-ci ?.... Bataille de Marengo..,, passe » encore.

» — C'est heureux.

j> — Remportée par le premier consul,. ..y^ poursuivit Gobet en lisant. « Le premier con- » sul I qu'est-ce que ça ?

» — C'est le premier consul ; vous le savez » de reste.

» — Il n'y a jamais eu de premier consul.

» — Celle-là est forte !

» — Il n'y a jamais eu de premier consul , » répéta Gobet en frappant du pied.

« — Pardon , excuse , mon commissaire , >>

dit l'un des soldats. « J'étais à Marengo^ » et, sans me vanter, je crois que l'Autrichien » s'en est aperçu. Le petit caporal nous com- )> mandait, et tout le monde, moi le premier, j> quoi ! nous l'appelions citoyen premier con- » sul , parce qu'il n'avait pas encore passé » empereur.

» — Silence ! » dit l'exempt d'un air sévère. « Laissez ces propos aux ennemis du gouver- » nement. Il n'y a jamais eu de premier consul, » s'écria-t-il pour la troisième fois. «( Napoléon- » le-Grand a été de tout temps empereur des » Français et roi d'Italie.

» — Ce sera comme il vous plaira , mon » commissaire , » dit le soldat ; « mais c'est une » chose certaine qu'il a commencé par être » voltigeur dans la 18^ demi-brigade, où j'ai » eu l'honneur de servir.

D — Silence!

„ — Voltigeur dans la 18^ demi-brigade, » dit le soldat à son camarade émerveillé. « Volj) tigeur, à cause de sa taille, c'est connu. Il r. fut fait caporal à sa première affaire sur le H Rhin , et voilà pourquoi on l'appela le petit M caporal.

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» — Femme Cathalina, au nom de l'empe- » reur, je vous arrête.

» — Moi! j» s'écria la Cathalina dont l'air j d'assurance tomba tout-à-coup. « Moi, sainte » Vierge ! qu'ai-je fait?

» — Soldats , emparez-vous de cette femme.

» — Dieu ! » s'écria Marie , qui venait à peine de reprendre ses sens , « Dieu ! qu'il est » méchant ! »

A ce compliment, la figure de Gobet s'épanouit de joie. Il s'approcha de la jeune fille , et, la regardant d'un air d'intérêt :

« — Il faut bien qu'on fasse son devoir, «lui dit»il.« Mais vous, la belle enfant, que faites- » vous ici ?

» — Moi ! » balbutia Marie, « je venais... invî- » ter la Cathalina à dîner demain avec mon » père aux Catalans.

» — Vous avez l'air d'être aussi franche que » jolie; vous me direz la vérité, j'en suis sûr. » Avez-vous vu Andréa entrer ici ?

» — Non, monsieur, » répondit Marie sans hésiter.

a — Comment, non ! » s'écria Gobet avec colère. « Et pourquoi vos yeux étaient-ils

» toujours tournés de ce côté? Pourquoi lors- B que j'y suis allé vous êtes-vous évanouie?

» — C'est un enfant, » dit la Cathalina.

a — Tais -toi , vieille sorcière , w dit Gobet. «Laisse-la parler.

» — Parce que, » dit Marie en rougissant , «parce que vous me faisiez peur... Votre air j» est si terrible î

» — Il ne faut pas avoir peur, mon enfant,» reprit Gobet en s'efforçant d'adoucir sa voix. a Ce n'est pas pour vous que l'on serait sè- » vère. .. Dites-moi, » reprit-il avec un sourire: «ce verre, ce blanc d'œuf... c'était pour vous,

0 n'est-il pas vrai? Nous avons un amour en » tète et nous venons consulter la sorcière. » Vous pouvez bien m'avouer cela.

» — Non, oh! non, monsieur. Jamais d'a- « mour,» répondit la jeune fille en soupirant.

» — Jamais ! c'est bien long, jamais, » dit Gobet. « Ainsi,vous m'assurez, » reprit-il , « qu'Andréa » n'est point ici?

» — Je vous l'assure.

. — Où diable aura-t-il passé ? Il a disparu » à nos yeux comme un lutin... Où qu'il soit,

1 nous le trouverons, morbleu!... Et... prenez

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î> bien garde à ce que vous m'allez dire; et, » vous m'assurez aussi que la femme Cathalina » ne vous a point tiré les cartes ? »

Marie baissa la tête sans répondre.

« — Mais je ne lui ai pas pris un sol, mon » Autorité, » s'empressa de dire la Cathalina, «demandez -le lui plutôt. C'est un service » d*amie que je lui ai rendu. Les cartes î je » respecte trop la police pour y toucher. Il » faut que ce soit une amie comme la belle » Catalane qui m'en prie, sans quoi...

y) — Monsieur, » dit Marie, « vous qui êtes » toujours inflexible , soyez bon une fois ; ne » faites pas de mal à cette pauvre Cathalina.

» — Je voudrais faire quelque chose pour » vous, mon enfant, » dit Gobet tout fier de s'entendre traiter d'inflexible ; a mais ces es- »tampes...

» — Eh! mon Dieu, » s'écria la Cathalina en décrochant à la hâte les deux cadres : « les «voilà ces images damnées; croyez-vous que ^1^' tienne ? Je les ai achetées il y a huit ans » pour me mettre bien avec la police ; sans cela est-ce qu'une pauvre femme comme moi » aurait songé à dépenser un écu pour ces

» misères? J'en ai jeûné plus de deux jours, » ajouta-t-elle en sanglotant. « Avec ma buena » torta * j'ai tant de peine à gagner ma misé- » rable vie...

» — Laissez-vous attendrir, monsieur, » dit Marie.

« — C'est bien , c'est bien , » dit Gobet en prenant les deux gravures. « Pour cette fois » je vous pardonne.

» — Que Dieu vous bénisse I

„ — Voilà beaucoup de bruit pour rien,» dit tout bas le soldat à son camarade. « Mais » le mouchard a beau dire : le petit caporal a »été voltigeur et premier consul avant que * d'être empereur; tout le monde sait ça.

» — C'est pour vous ce que j'en fais, mon » enfant , » poursuivit l'exempt en s'adressant à Marie, c Vous pouvez vous vanter d'avoir nfait un miracle; vous avez fait oublier son »> devoir à Gobet.... Promettez-moi de n'en rien

Espèce de polenta de maïs que les Génoises ven dans les, rues de Marseille sur un grand plat de cuivre

(Eifiteur.)

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• dire à personne Quant à cet Andréa,

» je saurai bien le trouver , fût-il caché dans les » entrailles de la terre. ... Allons! en route! » reprit-il d'un air majestueux ; et, saluant Marie du bout de sa canne, il sortit fièrement précédé par les deux soldats.

Les de^ix femmes restées seules gardèrent long-temps le silence , tant elles avaient peine à se remettre d'une alarme aussi chaude.

<i — J'ai cru que j'en mourrais ! ■ dit enfin Marie. « Pauvre Cathalina, s'il t'avait emme- » née, comment aurais-je pu faire sortir Andréa » de sa cachette ?

« — Je te remercie de l'intérêt que tu me » portes, * répondit la Cathalina d'un ton d'aigreur.

a — Je n'entends plus rien, » reprit Marie en prêtant l'oreille. « Ils sont bien loin. Qu'atr> tends-tu pour le délivrer?

w — Eh! là! J'y vais,» dit la Cathalina avec hu|g|ur. (( Oh! si j'étais seule! » murmura-

» — ^ien, rien. Je m'entends.

« — Mais va donc , la Cathalina , va donc; • il doit tant souffrir !

» — Donne-moi le temps , » répondit brusquement la vieille, et elle alla, à pas lents , délivrer le captif.

Une morne pâleur était répandue sur le visage d'Andréa ; ses lèvres tremblaient par un mouvement convulsif ; ses yeux étaient fixes et hagards. En sortant de cet étroit réduit , il prit la Cathalina par le bras , et , la regardant d'un air de défiance et de colère :

« — Dans quelle langue m'as-tu parlé ? » lui demanda-t-il.

« — Jésus ! Maria! qu'a cet autre fou?

» — Quand tu m'as dit d'appuyer mon corps j) sur le panneau pour amortir les coups, dans » quelle langue me l'as-tu dit? ^

» — Tu le sais bien , puisque tu as com- » pris.

)) — Tu me connais donc ? w dit Andréa d'une voix étouffée.

« — Non. #

» — Jure moi devant la madone que tu m* » me connais pas, » dit Andréa en faisant vio- JV lenceà la Cathalina pour l'entraîner. ^

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« — Qu'ai-je besoin de jurer? Laisse -moi,» dit la vieille en retirant son bras.

Andréa, debout, immobile, l'air sombre et pensif, dévorait la Cathalina du regard; puis il fit un mouvement pour sortir et se dérober à la vue de cette femme.

a — Où allez-vous? » s'écria Marie avec un accent de frayeur.

« — Pardon, pardon; mais... je partais... pe » partais sans vous remercier de toute l'ami- » tié que vous avez pour moi... Que Dieu vous » récompense !

» — Mais ils vont vous arrêter , malheu- » reux!

» — Que m'importe!... Je suis innocent... )) Et puis, quel prix a pour moi la liberté? » Trouver toujours des pièges sous mes pas...» Et , en disant ces mots, ses regards s'étaient portés sur la Cathalina qui secouait malicieusement la tête.

« — Andréa , j'ai un sûr asile à vous offrir.

» — Marie, comment pourrai -je jamais » m'acquitter envers vous?

» — Le jour ne tardera pas à venir; nous » irons...

5o ANDRÉA.

» — Plus bas ! plus bas , au nom du ciel ! Que )> cette femme ne vous entende pas; que cette » femme n'en sache rien.

» — Elle ! » s'écria Marie étonnée, « et pour- » quoi?

» — Tiens, tiens,» dit la vieille, « voilà » l'aube. Pars ! Mais crois que , si la Gathalina » a besoin de voir Andréa , la Gathalina saura » le trouver. »

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