CHAPITRE III
£e6 Catalane.
Douce patrie !
Terre chérie !
{f^ieille romance.)
Aux portes de Marseille , non loin du golfe du Pharo , golfe si riant et si animé aux jours de fête , si doux et si majestueux au silenceet au mystère de la nuit, est une baie sauvage,
resserrée entre deux longs promontoires, qui se projettent bien avant dans la mer. Une tour en ruines, dont les flots sapent incessamment les chancelantes bases, s'élève à l'extrémité de l'un des deux caps, et ajoute encore, par son aspect désolé, à l'air de tristesse qui règne dans ces lieux. Des montagnes sans terre et sans verdure, une rive d'algues et de sable, quelques maisons basses et isolées, un puits sans eau, un reste de monument où des filets grossiers sèchent au soleil, sous des débris d'arcs et de portiques, quelques barques que les pêcheurs sont contraints de tirer sur le rivage , tant la baie est peu sûre , voilà l'asile que choisirent jadis des bannis, et dont leurs descendans se sont fait une patrie.
On n'est pas d'accord sur les causes qui portèrent ces hommes à se réfugier sur cette terre étrangère, et l'on varie beaucoup sur l'époque de leur migration. Les uns veulent que ce soient des victimes des guerres civiles qui désolèrent jadis la Catalogne ; d'autres estiment que ce sont des proscrits volontaires qui suivirent la fortune de leur roi lorsque les princes delà maison de Barcelone montèrent
TES CA.TALA.rVS. 53
sur le trône de Provence. Quoi qu'il en soit, ce peuple de pécheurs a conservé avec un soin pieux le souvenir de son premier pays. Mœurs, langage, costume, chez eux rien n'a changé : à les voir, aies entendre, on se croirait encore en Catalogne. Leur commerce avec les habitans des villes n'a pu altérer leur probité antique ; hardis pécheurs, ils passent sur mer presque toute leur vie , et la mer est presque toujours leur tombeau. C'est, dit-on , un usage constant chez eux de ne s'allier qu'à des filles de leur sang ; et , de fait , comment une fille de Marseille, une faible Française pourrait -elle accepter cette vie de dangers et de fatigues? comment pourrait-elle suivre un époux dans ses courses lointaines, sur une frêle barque, et l'aider à lutter contre la fureur des tempêtes!... On prétend que, lorsque l'un d'eux ne trouve pas dans le hameau une femme selon son cœur, il traverse la mer, et va chercher en Catalogne une compagne qui veuille partager la cabane et la triste fortune du banni. Ainsi se renouvelle et se perpétue le souvenir de la mère-patrie ; ainsi les Catalans vivent depuis des siècles sur le sol provençal , étrangers
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aux mœurs et aux lois de la Provence. A l'époque où se passèrent les choses qu'on entr éprend de raconter, leur amour du pays natal se manifesta d'une manière bien sensible ; le roi d'Espagne , Charles IV, avait fixé, son séjour à Marseille ; les Catalans l'entourèrent de tant de respect, de tant d'amour, que l'infortuné vieillard put croire un moment qu'il n'avait pas perdu son trône : cet humble hameau devint, pour lui, comme un autre royaume où il ne trouvait que des sujets dévoués et fidèles ; mais la police impériale prit . ombrage de ces hommages innocens rendus par un peuple proscrit à un monarque proscrit comme lui, et le roi desEspagnes et des Indes fut retenu captif dans la maison qu'on décorait du nom de palais , de peur qu'il n'allât s'asseoir quelquefois sous le toit du pécheur, et oublier ses maux en soulageant la misère de ses anciens sujets.
C'est là, c'est à la plage des Catalans que Marie et Andréa arrivèrent au point du jour. Andréa était triste et silencieux, et durant le long trajet qu'elle venait de faire avec lui, la jeune fille n'avait pas osé lui adresser une
seule fois la parole. Tout était encore silencieux ; on n'entendait que le bruit sourd des vagues qui venaient mourir sur la rive ; la mer, grise et lourde , projetait sur le hameau cette lumière douteuse qui précède celle du matin, mais là où ses flots n'étaient pas resserrés entre des rochers, au large, loin de la terre, sa surface unie brillait d'une blancheur douce et molle. Marie ouvrit la porte de sa cabane qui était située sur la plage, puis elle prit un pot de grès plein d'eau , et elle arrosa un jeune myrte, unique richesse végétale du hameau, qu'elle élevait dans un vase avec l'attention et les soins d'une mère. Quand elle se fut livrée aux premières occupations du ménage, elle fit signe à Andréa d'entrer , et lui montrant l'humble cabane, la plage aride et la mer :
« — Voilà , » lui dit-elle , « l'asile que vous » offre la pauvre Marie. La vie est dure ici : » plus d'une fois l'orage vous empêchera d'ar- » river au gîte, et il vous faudra, après avoir » travaillé toute la journée , passer le temps j) du sommeil à manœuvrer contre le gros » temps. Vous pourrez-vous faire à ces fa- » tigues ?
» — Marie , )> répondit tristement Andréa , « je suis fait à la peine ; ma vie n'a été jus- » qu'ici qu'une longue fatigue, et je n'espère n pas de meilleur jours pour l'avenir... Mais...,» ajouta-t-il en baissant la voix et en regardant autour de lui comme s'il avait craint qu'on n'entendît ses paroles, « la sûreté, seul bien » que je demande , la sûreté , la trouverai -je » ici?
» — Si l'on vous y vient chercher, » dit Marie en tendant une main vers la mer, « voilà un » chemin où l'on n'osera pas vous suivre.
— Ah! Marie ! vous ne les connaissez pas , )> s'écria Andréa en frappant son front : « ils me » suivraient jusqu'en enfer... Ils ont droit,» reprit-il d'une voix sourde, « ils ont droit de » s'acharner sur mes pas. — Misérable que je » suis!
» — Quoi! » lui dit Marie en le regardant d'un air de surprise , « quoi ! vos malheurs » sont mérités ?
» — Pourquoi ne suis-je pas femme !... On » n'aurait pas exigé de moi des vertus qu'on » n'exige que d'un homme... Ces vertus m'ont » manqué... Lâche ! il ne fallait pas promettre
LES CATALANS. Dy
» de poser mon pied aussi avant que celui qui » irait le plus loin; il fallait reculer d'abord... » Ah ! j'ai honte , j'ai horreur de moi ! »
En entendant ces étranges paroles, la jeune fille éprouva un sentiment indéfinissable; cette fois elle avait l'assurance que tout ce que la Cathalina lui avait dit de la naissance mvstérieuse d'Andréa n'était qu'une fable grossière: mais en voyant cet homme qu'elle aimait s'accuser lui-même, elle sentait une terreur involontaire s'emparer d'elle et combattre la joie à laquelle elle aurait voulu se livrer.
« — Andréa, » lui dit-elle d'une voix douce, » Andréa , calmez-vous.
» — Ne me donnez plus ce nom... Oh! par » grâce, Marie, ne m'appelez pas Andréa... Si î) vous saviez combien vous me faites mal !
» — Ce n'est pas votre nom ?
» — Je n'en suis pas digne, » dit Andréa d'un air sombre.
« — Ainsi , la Cathalina ne m'a rien dit de » vrai !
» — Que vous a-t-elle dit ? qu'a pu vous » dire cette infâme vieille?» demanda vivement Andréa.
« — Elle m'a parlé de Larnaca , d'un pa- » trou marseillais... , d'une jeune fille....
» — Tout s'explique , » reprit Andréa d'un air plus calme. « Elle a cru ce qu'on dit de » moi ; voilà pourquoi elle m'a parlé dans cette w langue... Elle ne sait rien... Je suis plus tranj) quille.
)) — Vous resterez donc ici?
» — Oui, Marie; et puisse le ciel m'offrir » l'occasion de m'acquitter avec vous !
» — Oh ! » répondit la jeune fille en soupirant, ff ce que j'ai fait est peu de chose.
» Soyez heureux, et je serai assez payée
» Allons, allons!» reprit-elle avec un doux sourire : « voilà que vous retombez dans » votre air sombre! Que craignez-vous? Vous » êtes en sûreté ici comme sur l'autel. Si l'on » venait....
)> — Si l'on venait ! » s'écria Andréa en tressaillant; «vous croyez donc qu'on peut ve- » nir!
„ — Rassurez-vous ; il y a ici des bras pour » vous défendre.
w — Quoi î vous n'êtes pas seule?
„ — Si je l'étais, » dit Marie en baissant les
LES C/^TALANS. 69
yeux; nje n'aurais pas pu vous offrir un » asile.
» — Mais qui donc est avec vous?
» — Andréa, suis-je pour vous uneincon- » nue ? » dit tristement Marie. « Vous ne vous » rappelez rien ?
« — Oui, oui, Marie,)) répondit Andréa avec un embarras visible. «Je vous ai vue... y> une fois... souvent... avec votre père.
r> — Il s'en souvient ! » pensa Marie ; et un éclair de joie brilla dans ses yeux.
« — J'ai toujours vu , à votre air, que vous » vous intéressiez à moi , que vous plaigniez » Aon sort.
« — Oh! oui, je vous plaignais de toute » mon âme. Si jeune et si malheureux!.. Mal- • heureux !.. Qu'en sais-je?.. Mais il faut avoir » de bien grandes peines pour être toujours j) si triste à votre âge.
» — Marie..., )» reprit Andréa d'un air qu'il s'efforçait de rendre indifférent. « Et ce jeune » homme qui ne vous quittait jamais?
/) — Il l'a remarqué ! » pensa la jeune fille.
« — C'est sans doute celui que vous avez » choisi, celui que vous aimez.
6o ANDRÉA.
» — C'est mon frère.
» — Votre frère ! » s'écria Andréa en la regardant avec des yeux d'amour; mais bientôt il se troubla, il pâlit, il secoua la tête comme pour chasser une pensée importune ; il laissa tomber sa tète sur son sein , et il resta silencieux, pensif et immobile,
« — C'est mon frère, » reprit la jeune fille. a Comme vous, il est obligé de se cacher.
» — Qu'a-t-il fait? » demanda vivement Andréa.
« — On en veut faire un soldat de Bona- » naparte. Ils sont déjà venus deux fois pour » le saisir; mais la mer est vaste, et Matteo » est habile nageur. La dernière fois le temps » était à l'orage; les vagues se soulevaient » comme des montagnes; mais, bon ! la mer » connaît Matteo.
)) — Et si on le surprenait à terre, si on » l'empêchait d'aller jusqu'au rivage ?
» — - Silence ! » dit la jeune fille en mettant un doigt sur sa bouche... «Il y a aux Catalans » des hommes, des femmes, des enfans ; » eh bien! enfans, hommes, femmes, défen- » draient Matteo. Les mains qui manient un
LES CATALANS. Gl
» gouvernail sont assez fortes pour manier un » couteau. Mais silence !..
» — Et vous aussi , Marie, vous vous arme- » riez pour défendre votre frère !
» — Je ne suis qu'une femme , » dit Marie d'un air calme ; « mais ils passeraient sur mon » corps avant d'arriver jusqu'à lui.
» — Quoi ! vous que j'ai vue cette nuit si » faible, si timide !..
)) — Là il aurait fallu parler, et c'est ce que » Marie ne sait point faire ; ici il faudrait com- » battre, et Marie est familiarisée avec le dan- » ger, Marie est Catalane... Qu'avez- vous ?
j) — Rien , » répondit Andréa en soupirant et en levant les yeux aux ciel.
« — Paix !» dit la jeune fille. «Entendez-vous » ces cris ?
» — Cielî...
» — C'est mon frère; je reconnais sa voix. )> Venez. »
Cela dit , et le prenant par la main , elle l'entraîna sur la rive. Les premiers rayons du soleil avaient dissipé les nuages qui voilaient le ciel; le vent de l'aurore était tombé à la venue du jour , et la plane surface de la mer
Oa ANDREA.
était calme coiniiie celle d'un lac que bornent de hautes montagnes. Une barque, dont le pavillon rouge retombait, immobile, sur le mât nu et sans voiles, doublait à force de rames le promontoire.
a — Matteo ! » cria la jeune fille en mettant ses deux mains près de sa bouche pour donner plus de portée à sa voix.
a — Marie ! » répondit Matteo , « la route » est-elle libre ?
» — Rien dans l'air , rien sur la terre.
» — Prépare-toi à amarrer , » dit Matteo dont les accens devenaient de plus en plus distincts, car la barque s'approchait rapidement du rivage.
« — Mon père , » demanda Marie, « la pêche » a-t-elle été bonne ?
,) — Oui et non. On aura le temps de t'ex- » pliquer cela. Seulement ne dédaigne pas ce » que la mer apporte à tes pieds. »
En entendant ces mots , Marie regarda au loin autour d'elle, et elle vit un gabelou qui descendait à pas pressés du haut du promontoire , pour assister à l'arrivée de la barque. Ensuite elle se mit à examiner attentivehtnent
la surface de la mer; à quelques pas de là un petit baril flottait entre deux eaux; mais la vague mourante semblait n'ayoir pas assez de force pour le jeter sur la rive. Marie porta encore ses yeux vers le promontoire; puis elle entra hardiment dans la mer , saisit le baril , et s'enfuit avec son butin dans sa chaumière.
Quand elle revint , le gahelou chargeait sa pipe avec du tabac que lui offrait Juan , et Matteo, debout sur le pont, tenait entre ses doigts un verre lenticulaire légèrement incliné, tandis qu'Andréa, un genou en terre, amarrait la barque à un pieux planté sur la rive.
« — Il faut que le soleil soit malade aujour- )> d'hui , » dit enfin Matteo d'un air d'impatience. « Il n'a pas assez de force pour em- » braser l'amadou.
» — Donne-moi la lentille, » dit Juan. ^ J'en » serai bientôt venu à bout.
» — Les rayons du soleil ne seraient pas » plus chauds pour vous que pour moi, » répondit Matteo. «Ah , le voilà qui se décide! «l'amadou commence à fumer. Tenez! tenez!»
G4 ANDRliA.
dit-il en faisant passer à son père un morceau d'amadou en feu.
Juan le prit des mains de son fils, et l'offrit au gabelouqui alluma sa pipe.
« — Hum! w dit cet homme d'un air malin en aspirant les premières gorgées et en jetant au loin des nuages d'une fumée odorante , « voilà un tabac qui ne sent guère celui du » petit caporal. Je vous prends en fraude.
« — Bon ! » répondit Juan avec un rire significatif, « c'est un vieux reste de pro- » vision.
» — Et j'espère qu'il durera long-temps pour » les amis.
» — Il durera toujours.
»— Or ça, » reprit le gabelou, o n'avez-vous » rien à déclarer ?
» — Rien, absolument; mais si vous avez » un moment , entrez chez moi , nous y vide- » rons le fond d'une bouteille de rhum comme » on n'en voit plus.
M — Encore un vieux reste , » dit le gabelou.
« — Encore un vieux reste,» répondit Juan en lui serrant la main. « Venez donc.
» — Il est trop tard. Le soleil éclaire si bien » le promontoire que, si quelqu'un passait par » ici, il lui serait aisé de voir que je ne suis pas » à mon poste.
— » Vous refusez de boire à la santé de ma » sœur, de la belle Catalane? » dit Matteo en caressant le menton de Marie.
« — Beau pécheur, » dit le gabelou, « ne » faites pas rougir l'innocence. Voyez-la! elle )^ en est toute honteuse. A revoir, mes amis. » Le devoir avant tout. »
Et le complaisant gabelou reprit à pas lents le chemin du promontoire.
« — Eh bien ! mon père , » demanda Marie , quelle chance ?
» — Pitoyable, ma fille. Aussi bien je m'y » attendais. Hier quand je me suis mis en mer, » notre chien a hurlé une heure durant. Je » croyais n'en pas revenir.
» — Auriez -vous couru quelques dangers?
» — Des dangers! tiens,» dit-il en mettant à terre un grand panier presque vide , «porte cette belle abondance au logis.
» — Quoi ! c'est là tout , mon père !
• — Et dire que je n'avais jamais fait une
» aussi belle pèche !... 11 y en avait trois paniers » pleins, et une dorade de deux pieds et demi » que je voulais offrir à notre roi. Mais ouii) che! On lui a confisqué sa dorade comme » on lui a pris son royaume.
^ — On vous a volé !
> — Ne me fais pas parler, car j'entrerais » en fureur. Éclair du ciel * ! si j'en tenais » quatre là!... Mais ils étaient plus de mille.
• — Allons, allons, père, calmez-vous,»
dit Matteo. « Il y a encore du poisson dans le » golfe.
> — Ne me fais pas parier, te dis-je...w s'écria Juan en serrant ses poings. « Les damnés ! Les » maudits!...
a — Que lui est-il arrivé? » demanda Marie à voix basse à son frère.
(( — Ils n'étaient pas si hardis autrefois » quand il y avait des marins à Toulon... Ima- » gine-toi, Marie, que nous revenions, le cœur » plein de joie et en serrant le rivage tant que )) nous pouvions, lorsqu'une maudite frégate... )) Que puissent mille et mille ralales l'assaillir,
* Juron catalan.
LES CA-TALâNS. 67
» en jouer comme d'un ballon , la peloter dans » l'air, et la plonger à mille brasses sous l'eau !
» — C'étaient des Anglais ! )> s'écria la jeune fille avec un accent de frayeur.
« — Et qui donc? Depuis dix ans as-tu vu » d'autre pavillon que ce pavillon damné?... )) Je suis pris, dis -je à ton frère; et aussitôt M un coup de canon...
» — Juste ciel !
j) — Par bonheur les coquins n'avaient pas ;> bien pointé, car le boulet passa à vingt )^ pieds au dessus de nos têtes. Alors une em- » barcation vint droit sur nous...
» — Et vous n'avez pas forcé de rames !
» — Amuse -toi donc à forcer de rames de- -0 devant des boulets , et à aller plus vite » qu'eux!
» — Ils vous ont abordé !
» — Éclair du ciel ! si je mourais sans tuer « une douzaine de ces hérétiques.... »
Il se tut, et dit à sa fille en désignant Andréa du doigt :
« — Tu ne m'avais pas dit que quelqu'un « îiOus écoutait.
9 — C'est Andréa , mon père.
tkS
» — OÙ ai-je la tête ? Eh ! oui , c'est lui. Sois )) le bien-venu.
« — Je lui ai donné un asile chez nous. On » est à sa poursuite.
« — Bien , » reprit Juan , « reste ici ; ils ne » t y prendront pas plus qu'ils n'y ont pris « Matteo.
c( — Et votre histoire , mon père?
» — Mon histoire ! c'est qu'on est bien aise » de savoir devant qui l'on parle. Sais-tu que • j'en aurais pour un mois de quarantaine si je » faisais ma déclaration ; et si, ne la faisant >» pas , on venait à le savoir, je pourrais me » recommandera Notre-Dame de Bon-Secours! «Mon histoire! quand je te dirai qu'ils ont » fait main basse sur ma pêche , j'aurai tout w dit.
» — Mon père n'ajoute pas, Marie, qu'ils ))nous ont donné un baril de rhum en » échange.
» — Et moi , je n'aurais pas donné ma belle » dorade pour un baril de piastres. Ce pau- » vre roi ! ça lui aurait mis de la joie dans le n cœur, ra lui aurait fait voir qu'il y a sur terre
» des gens qui pensent à lui... Ah ! les coquins ! » les scélérats!....
» — Père , 0 reprit Matteo , «le roi ne pourra » pas regretter la dorade, puisqu'il ne Ta pas )) vue. Donnez-lui votre rhum. Si j'en juge par wFodeur, il y a long-temps que le gosier du » pauvre cher homme n'en a reçu de pareil.
» — C'est dit, » s'écria Juan en frappant sur l'épaule de son fils. « Voilà parler ! voilà un » avis ! Après déjeuner je mettrai maveste de » velours bleu et ma plus belle crépine, et nous )) irons chez le roi.... Fille, fille, » ajoutat-il,« songe que nous avons un appétit de péw cheurs.
» — Qu'as-tu à regarder si tristement la i»mer? » dit Matteo à Andréa. « Viens donc , » puisque ttt es des nôtres. »
Et ils entrèrent tous quatre dans la chaumière.