CI.ÉONE
Dissimulez. Votre rivale, en pleurs.
Vient à vos pieds sans doute apporter ses douleurs.
I1ERMIONE
Dieux ! ne puis-je à ma joie abandonner mon âme ! Sortons. Que lui dirais-je?
Où fuyez-vous, madame ?
N’est-ce pas à vos yeux un spectacle assez doux Que la veuve d’Hector pleurant à vos genoux ?
Je ne viens point ici, par de jalouses larmes,
Vous envier le cœur qui se rend à vos charmes :
Par une main cruelle, hélas ! j’ai vu percer Le seul où mes regards prétendaient s’adresser.
Ma flamme par Hector fut jadis allumée.
Avec lui dans la tombe elle s’est enfermée;
Mais il me reste un fils. Vous saurez quelque jour, Madame, pour un fils jusqu'où va notre amour.
Mais vous ne saurez pas, du moins, je le souhaite,
En quel trouble mortel son intérêt nous jette, Lorsque de tant de biens qui pouvaient nous flatter, C’est le seul qui nous reste, et qu’on veut nous l’ôter. Hélas ! lorsque, lassés de dix ans de misères.
Les Troyens en courroux menaçaient votre mère,
J'ai su de mon Hector lui procurer l'appui ;
Vous pouvez sur Pyrrhus ce que j’ai pu sur lui.
Que craint-on d’un enfant qui survit à sa perte? Laissez-moi le cacher en quelque lie déserte.
Sur les soins de sa mère on peut s'en assurer :
Et mon fils avec moi n’apprendra qu’à pleurer.
Il EU !U ION K.
Je conçois vos douleurs ; mais un devoir austère, Quand mon père a parlé, m’ordonne de me taire.
C'est lui qui de Pyrrhus fait agir le courroux.
S’il faut fléchir Pyrrhus, qui le peut mieux que vous? Vos yeux assez longtemps ont régné sur son àme. Faites-le prononcer, j’y souscrirai madame.