ACTE 111, SCÈNE IV
Lorsque de tant de biens qui pouvaient nous flatter,
Cest le seul qui nous reste, et qu'on veut nous l'ôter.
Hélas! lorsque, lassés de dix ans de misère
Les Troyens (^n ( ourroux menaçaient votre mère,
J*ai su de mon Hector lui procurer l'appui 2: 875
Vous pouvez sur Pyrrhus ce que j'ai pu sur lui.
Que craint-on d'un enfant qui survit à sa perte?
Laissez-moi le cacher en quelque île déserte;
Sur les soins de sa mère on peut s'en assurer^,
Et mon fils avec moi n'apprendra qu'à pleurer *, 8S0
c Puisses-tu ne jamais connaître par expérience ce que je souffre dans inoa cœur 1 Tu l'ignores encore. »
1. C est, appliquée aux Tioyefis, la môme pensée que dans Virgile [En,, U, 13-U) au sujet des Grecs.-
....Fracti bello fatisque repulsi
Ductore:^ Danaum, lot jam labeutibus aonis.
2. Dans HoMKRB llliaie^ XXIY, 767-773), Hélène, pleurant la mort d'Bector, rappelle ainsi sa bienveillance envers elle:
'AXX' outco» <Ttij axouaa xax6» Viîoç, oû^' &9Ûff)X*v*
fi ixuçij (txuçbç Si, icatii^ ùJç, Tjictoç al«\),
iXkà. <TÙ TÔ'/Y iicétaffi, •Ka{»ai'jâ[xevoç xuTipuxic,
«rîj t* àYavof 90(TÛvY) tu\ ffoTç à-yavoïç tïtéeffffiv.
Ttp (ré 8* &p,a xXaio) xa\ e(X* àjAixopov, &puaéy«i xîjp*
oû Y*P "f^î l^^ot tx* âXXoç êv\ TpoÏYi lûçttii
^icio<, 01} (pîXoc* icâvTt; Si (le ites^lxatrtv.
« Jamais je n'entendis de toi une parole dure, m outrageanLe ; au conlraire, si, dans le palais, l'un de mes frères. Tune de mes sœurs au beau voile, ou ma belle-mère m'adressait quelque reproche (quant à mon beau-père, il fut toujours, envers moi, affectueux comme un père), tu les reprenais avec bonté, lu les désaimais par ta douceur et les paroles bienveillantes. Aussi, dans la tristesse de mon cœur, je pleure à la fois sur toi et sur moi, malheureuse qui, désormais, dans la vaste Troie, n'aurai plus ni ami, ni soutien; tous me voient avec horreur. »
C'est-à-dire auoir confiance flans. Construction Tréquente au xvii» siècle, surtout en poésie; Haciue i'etnploie très souvent. On dis lit encore «'awur«r en, dans. Ainsi Racine {A thaï, III, 7):
Ils ne s'assurent point en leurs propres mérite». Mais en ton nom sur eux invoqué tant de fois.
Fi MoLiÈRB (Misanthr., IV, 3) :
Ft n'esl-Il point coupible en ne s'assurant pa? A. Cri qu'on ne dit point qu après de longs combats.
4. Anrlromaque est sincère en parlant ainsi : elle ne veut pas élever dans Astyanax un futur vengeur d'Hector et des Troyens. La ruine de Troie ne filt-ellô pas aussi ii rémédiable, elle ne songerait sans doute, avec un é^oïsme bien naturel «3he2 une mère, qu'à le conserver pour elle-même et à lui éviter le sort de son l'ère. Modèle d'atfection conjugale et maternelle, ce n'est ni une Spartiate ni une r/^rnélie. M. François Coppéb, dans un épisode dramatique plein d'une poétique et cbaleureuse éloquence ifaiê ce que duis, i$79}, a mis en scèae la lutte de ces
iO
AINDROMAQUE
HERMIONE
Je conçois vos douleurs; mais un devoir austère,
Quand mon père a parlé, m'ordonne de me taire.
C'est lui qui de Pyrrhus fait agir le courroux.
S'il faut fléchir Pyrrhus, qui le peut mieux que vous?
Vos yeux assez longtemps ont régné sur son âme 835
Faites- le prononcer : j'y souscrirai, madame K