‹ Andromaque (volume 5)Chapitre 111 sur 160 · ACTE Iir, SCl^NE VI · texte numérisé non relu

ACTE Iir, SCl^NE VI

P Y II R n ij s .

J'étais aveugle alors; mes yeux se sont ouverfs.

Sa grâce à vos désirs pouvait être accordée ;

Mais vous ne l'avez pas seulement demandée ^ : 910

C'en est fait.

Ah! seigneur! vous entendiez assez Des soupirs qui craignaient de se voir repoussés. Pardonnez à l'éclat d'une illustre fortune Ce resîe do fierté qui craint d'être importune 2. Vous ne l'ignorez pas : Atidromaque, sans vous, 915 N'aurait jamais d'un maître embrassé les genoux 3.

PYRRHUS

Non, vous me haïssez; et dans le fond de l'âme

Vous craignez de devoir quelque chose à ma flamme.

Ce lils même, ce fils, l'objet de tant de soins,

hi je ravais sauvé, vous l'en aimeriez moins. 920

La haine, le mépris, contre moi tout s'assemble;

Vous me haïssez plus que tous les Grecs ensemble.

Jouissez à loisir d'un si noble courroux.

Allons, Phœnix.

Allons rejoindi'e mou é[>oux.

i. « Pyrrhus allègue la parole qu'il a flonn<''e aux Grecs de leur livrer Aslyanax; mais surtout il accuse Anclromaq«e de n avoir i)oint^voulu seulem;;ni lui demander la grâce de son fils, c'est là qu'est pour lui l orgueil d'Andromaque, c'est là qu'( st la faute qu'il veut punir par la mort d'Astyanax: vaines menaces que la bouche profère encore, que le cœur désavo ie déjà, et qui n'attendent pour tomber qu'une dernière prière d'Andromuque. » (Saint-Marc-Girardin, Eœam. crit., p. -iss.)

a. Suivant une habitude qui lui est chère, Racine subsUtue ici l'abstrait au concret, c'est-à-dire exprime par un terme général et indéterminé la personne ou la chose même dont il est quesUon. Ces deux vers reviennent à dire : « Pardonnez à une princesse jadis fortunée de se montrer encore père, au risque d'être importune. » Cette tournure par l'abstrait, fréquente aussi chez les contemporains de Racine, contribue beaucoup à la majestueuse élégance propre au x\n« siècle. Malheureusement, elle finit par être érigée en règle; au siècle suivant, Buffom, dans son Discours sur le 'Sttjle, recommande à l'écrivain de « ne noinuicr les choses que par les termes les plus généraux »; cette incessante préoccupjitioH dt» noblesse t;ngendre vite la pompe et la monotonie.

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