‹ Andromaque (volume 5)Chapitre 126 sur 160 · ACTE IV, SCÈNE IJl · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IJl

Prenons, en signalant mon bras et votre nom.

Vous, la place d'Hélène, et moi, d'Agamemnon ; ilGO

De Troie en ce pays réveillons les misères.

Et qu on parle de nous ainsi que de nos pères.

Partons, je suis tout prêt

HEUMIONE.

Non, seigneur, demeurons* Je ne veux pas si loin porter de tels affronts. Quoi! de mes ennemis couronnant l'insolence, 1165 J'irais attendre ailleurs une lente vengeance ! Et je m'en remettrais au destin des combats, Qui peut-être à la fin ne me vengerait pas ! Je veux qu'à mon départ toute l'Epire plen-re. Mais, si vous me vengez, vengez-moi dans une heure. 1170 Tous vos relardements 2 sont pour nVoi des refus. Courez au temple. Il faut immoler...

OKESTE.

Qui?

Pyi rhus, madame ^ !

1. C'est la môme pensée et le mouvement que dans leianicux passa^jC du Cid (V, i ), lorsque Roiirigue s'écrie :

Est-il quelque ennemi qu d préSiMil je ne dompte 1 Paraissez Navarrais, Mores ot C^stillans^ Et tout ce que PEspH^ne a nourri de vaillants; Unissez-vous ensemble, et faites uno orrnce Pour cornhallre une main de la sorte animée; Joignez toas vos oirorts contre un espoir si doux : Pour en venir à bout c'est trop peu que de vous.

La situation est la même, en *»fi[et; Chimène laisse entendre à Rodrigue qu ell« sera « le prix » de son combat a^ec don Sanche, Hermione promet à Oreste de le suivre, s'il tue Pyrrhus. Et cependant, quelle diiïérence entre ces deux héros et ces deux amours: Rodrigue enflammé d'héroïsme, le cœur plein d'un amour radieux, Oreste pousse au crime, victime d'un amour aussi sombre et aussi fatal que sa destinée.

2. Expression vieillie, mais très usitée au xvip siècle et encore en usage au xviii^, dans ledo!it)le sens d^action de rendre tardif et d étalde ce qui tarde. Racine dit de même (/p/wg., m, i);

Surpris, n'en douiez point; do mon retardement, Lui-même il uie viendra chercht^r dans un moment.

3. Dans une curieuse étude sur une tragédie He Cyrano dk BBRaERAC, la Mort d'Agrippine (non la m^;re de Néron, mais la fille de Junie et la petite-fille d'Au^^usle), M. A. ViTU fait observer que Racine emprunte ce mouvement t

Pyrrhus

UERMIONE.

Eh quoi! votre haine chancelle?

Ah ! courez, et craip^f>ez que je ne Vous rappelle. N'alléguez point des droits que je veux oublier; 1175 Et * ce n*est pas à vous aie juslitier,

ORESTE

Moi, je Texcuseraisl Ah I vos bontés, madame,

Ont gravé trop avant s<^s crimes dans mon âme.

Vengeons-nous, j'y consens, mais par d'autres chemins 2 :

Soyo is ses ennemis, et non ses assassins; "1180

Faisons de sa ruine une juste conquête 3.

Quoi! pour réponse aux Grecs p()rt^^rai-jp sa tête?

Et n'ai j pris sur moi le soin de toul l'État,

Que pour m'en acquitter par un assassinat?

S >uirn»z, au nom des dieux, que la Grèce s'explique*, 1185

Et qu'il meur«' charj^é de la haiae publi jue.

Sjuvenez-vous qu'il régne, et qu'un front couronné... ^

Cyrano, « Livilla (l'héroïne de Cyrano), n'écoutant que la haine et la jalousie, ▼eu* iavoir de Sejanus s'il est prêt à faire ce qu'elle lui commanderar Ce que je veux sera peul-êlre ta ruine,

liSJANUB.

N'importe; parlez, c'est ..

LITILLA. •

C'est la mort d'Agrtpplne.

SEJANUS.

D'Agrlppine, madame, hèlas ! y pensez-TOUs?

C'est hien positivement la scène d'Hermioneetd'Oreste. » [La Mort d'Agrippine, conférence, p. 35-36.)

\. Tournure vive impérative. dans laquelle et ne joue pas simplement le rôle de conjonction copulative, mais équipa t à d'ail eurs, du reste,

2. Comme voies, moyens. Racine dit de même [Britann., III, 3):

... Par un chemin plus doux, Vous lui pourrez plu« tôt rairiL-ner un époux.

Ce vers très elliptique, se comprend toutefois sans peine. La Grèce fera une guerre légitime à Pyrrhus, et le perdra justement p^r la conquête de l'Épire.

h. L'expression est impropre et faillie. En effet, il ne s'agit pas ici d'un échani-e de pourparlers diplomatiques, mais d'une vengeance par les armes.

5. Racine s'inspire ici des i<iées de son temps sur la oiajesté myale. On trouverait dans la ' litique tirée de l'Ec itur sainte, de Bn>suET, le dévelop e'nen/ coiTiplei de la pensée indi iuée par Oreste: « Il paroît de tout cela que la per sonne des roi> e-ts.icréeei qu ttenter sur eux v est un sacrilège. Dieu le* fait oindre par ses pn^phètes d'une nction sacrée, co.nme il tait omdre les pontifes et ses a'Heis.,. Us sont sacrés par le.ir charge, ( Ou)me étant les représentant.-, de la majesté divine, députes par sa providenee à l'exécuiion de 166 desseins... » etc. (Livre III, art. Il; propos, 2.)

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