‹ Andromaque (volume 5)Chapitre 127 sur 160 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

HERMIONE

Ne VOUS suftit-il pas que je Tai condamné* ?

Ne vous suffit-il pas qa^ ma gloir»' offen-ée

Demande une victime à moi seul adressée; 1190

Qu'Hermione est le prix d'un tyran opprimé*.

Que je le hais; enfin, seigneur, que je raimai?

Je ne m'en cache point ; l'ingrat m'avait su plaire,

Soit qu'ainsi 3 l'ordo.mâtmon amour ou mon père,

NMmpQi te; mais enfin réglez-vous là-dessus. llOo

Malirré mes vœux, seigneur, honleusement déçus,

Malgré la juste horreur que son crime me donne,

Tant qu'il vivra, craignez que je ne lui pardonne.

Douiez jusquà sa mort d'un courroux incertain :

S'il ne meurt aujourd'hui, je puis l'aimer demain. 1200

ORESTB.

Eh bien, il faut le perdre, et prévenir sa grâce;

Il faut... Mais cependant que faut-il que je fasse?'

Commi nt puis-je .sitôt servir votre co irroux?

Quel chemin jusqu'à lui peut conduire mes coups?

A peine suis -je encore arrivé dans l'Epire, 1205

Vous vouiez par mes mains renverser un empire;

Vous voulez qu'un roi meure; et pour son châtiment

Vous ne donnez qu'un jour, qu'une heure, qu'un moment;

1. Sur cet emploi de l'indicalif, voy. ci-dessus, p. 09, n. 2, — « Oreste, tout livré qu'il est à sa passion, gar e encore ce pendant quelques restes de sens et de iais -n; il parle de justice et d'honneur ; il allègue les difficultés d un crime exigé sur Theiire même. Vaines paroles qn Hermione n'entend et ne comprend même pa». Ils ne sont plus du m«'me monde et de la même nature. » (Saint- Marc-uirardin, Examen critique d'Andromaque, p. 201.)

2. Construct'on latine : oppressi tyranni pretium. Très fréquentes dans la lang'ieda xvi« siècle, as<ez usitées dans la première moitié du xvir, les tournures de ce genre étaient devenues tiè- r^res a Tépoque où Racine écrivait. Quam à opprimé, c'est un latinisn e encore plus hardi que la construction de la phrase elle-même : il a le -ens de "ppressus, attaqué et tué à l'improviste, assassiné, comme dans ce vers de Juvénal [Sat., X, 75) :

Si oppressa îorei sc.ura senectua

Principi»

Racine est le seul, à no're connaissance, qui l'ait ainsi employé, et l'usage n'a point ratifié cet:e hardiesse. — On le retrouvera au vers 1209.

3. AU lieu de ou, nous mettrions soit répété devant le second membre de l'alternaLive. Racine dit encore [Bérm., V, 7) :

Soit que je vous reg.inlo ou que je l'envisage Partout du désespoir je reuconVre rim..gt^

• Cette expression était très Iréquenle rans la iTOse du xvip siècle. Ainsi La Bruyère (V, De la société,] : « Soit qu"\\ parie ou qu'ii écrive. »

AtSDROiMAQTJE

Aux yeux de Luul son peuple il. faut que je l'opprime. Laissez-moi vers l'aulel conduire ma victime, 1210 Je ne m'en défends plus; et je ne veux qu'aller Reconna'tre la place où je dois l'immoler i ; ^*ette nuit je vous sers, cette nuit je l'attaque.

HËRMIONË.

Mais cependant, ce jour 2, il épouse Androniaque;

Dans le temple déjà le trône est élevé, 1215

Ma honte est confirmée 3, et son crime achevé.

Eiilin qu'attendez-vous? Il vous oiïVo sa téle :

Sans gardes, sans défense, il marche à cette fête;

Autour du dis d'Hector il les fait tous ranger*;

11 s'abandonne au bras qui me voudra venger. 1220

Voulez-vous malgré lui prendre soin de sa vie ?

Armez, avec vos Grecs, tous ceux qui m'ont suivie;

Soulevez vos amis; tous les miens sont à vous :

Il me trahit, vous trompe, et nous méprise tous.

Mais quoi! déjà leur haine est égale à la mienne: 1225

Elle épargne à regret l'époux d'une Troyenne.

Parlez; mon ennemi ne vous peut échapper,

Ou plut'H il ne faut que les laisser frapper.

Conduisez ou suivez une fureur si belle,

Revenez tout couvert du sang de rinfidclo; \±i\0

Allez : en cet état soyez sûr de mon cœur

ORESTE

Mais, madame, songez...,

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