P. Jan*t, étude citée, p
2. Entre les nombreux éciits publiés sur cette question, on peut voir le Parai' lèlede M. Co neillee de >/. Racme par Fomenklle (1693), tout à l'avantage de Corneille, un passage fameux de La liR yére dans son chapitre de» Ouvrage < de l'esprit, § o/<, et un autre duns son discours de réception à l'Académie, où il se prononce pour Racine. De nos jours, M. Nisaud dans son Iliatoiie do la lîUéralure
SDR ANDROMAQUE
«phère des Corneille et des Racine, il y a des égaux, il n'y a pas de rangs. L'esprit de comparaison, qui nous aide à parler des jugements exacts sur les écriv.iiiis, deviendniit un travers si nous voiilions donner des rangs à ceux qui sont liors de rang, et distinguer des degrés dans la perfection*. » Il n'est pas nécessaire non plus d'ét^iblir à nouveau le parallèle auquel ils ont si souvent donné lieu. Ce qu'il importe de consulter, c'est que, yvec ^ndroma^we, commençait un art nouveau et qu'à des chefs-d'œuvre succédaient des chefs-d'œuvre d'uu eu ire genre,
Kien de si différent, en effet, pour le fond comme pour la forme, que le ihéâlre de Racine et le théâtre de Corneille. D'abord, romme le remarque du premier coup, à propos Andromaque, un partisan déclaré de Corneille, Saint-Evremond, dans Corneille ce sont les situations qui font les caractères, dans Racine ce sont les caractères qui font les situations; Corneille subordonne les caractères aux sujets, Racine subordonne les sujets aux caractères a Corneille, comme font tous ses contemporains, choisit son sujet d'abord, et le choisit, selon le mot de Racine, « chargé de matière *, riche de péripéties, fertile en incidents, fécond en épisodes. Il semble que ce soit avant tout la nouveauté d'une situation qui le frappe, une ou deux scènes à Êiire qui s'emparent de son imagination tyranniquemenl, qui la dominent, qui l'obsèdent cl qui, devenues ainsi le point du drame où tout doit aboutir, vont distribuer, régler, gouverner Téconomie de la pièce entière 3. » Au contraire, dans le théâtre de Racine, Ciunme dans celui de Molière du reste, I s caractères décident et créent les situations; sous Tempire de son caractère et de sa passion, chaque personnage agit suivant les lois de la psychologie et de lu morale; il produit en action cette admirable science du cœur humain qui est la marque di génie de Racine, comme l'instinct du grandiose et de l'héroïque est celle du génie de Corneille. On Ta remarqué*, la plupart des personnages de Corneille pourraient s'appliquer les paroles du jeune Horace :
Le sort qui de l'iionneur nous ouvre la barrière Oiire à notre constance une illustre matière; Il épuise sa force à former un malheur Pour mieux se mesurer avec notre valeur; r.tcoaune il voit en nous aes âmes peu communes. Hors de l ordie commun il nous fait des fortunes».
française (t. li, liv. III, chap. vu, § 4), et M. Ehunehèhe dans ses Etudes criiiqucn sur l histoire de la littérat re française (i). 213 à 23ii ont traité la q-estion a son vrai point de vue, celui des ililTéren< e8 entre les deux poètes, et non plus do leur supériorité ou de leur infériorité réciproques. \. NiSARD, Histoire de la littérature française, t. H, p. 20.
2. Voy. le passage de Saint-Evremond et sa discussion dans le travail cité de M, Brunelière, p. 225 2 .7.