F. Brunetièrk, ibid., p
F. Bkunetièkb, /e Naturalisme au xvu« siècle, dans la lievue poliiique et littéraire, n avril 1883.
GoRNiiiLLE, Horace, acte 11, se. 3.
24 NOTICE illSTOKiQlJE
Rien, en effet, de moins commun que i'avrntuie dlloracé, ou celle du Cid, ou celle de Polyeucte. Quoi de plus ordinaire, au contraire, et de plus journalier, que celle d'Andromaquey abstraction laite du rang et du renom des personnages, comme aussi de cette barbarie héroïque qui met dans une menace de mort suspendue sur la tête d'un enfant le ressori du drame? Que l'on suppose un simple intérêt de lortune ou de situation sociale en jeu pour cet enfant et pour sa mère, il resterait le plus uni et le plus banal des sujets : une \euve résistant à un second mariage, malgré les instances d'un homme qui abandonne pour elle sa tiancée, et celle-ci, furieuse, ;aisant servir à sa vengeance l'amour qu'elle-même inspire à un autre homme.
Transformant ainsi le rapport réciproque des situations et des caractères. Racine transformait de même, par une conséquence nécessaire, le sentiment qui, depuis Euripide et Ménandre, était devenu Iî ressort de toute intrigue dramatique, l'amour. Dans Corneille, l'amour est le prétexte ou la cause des événements et des péripéties; mais il ne règne pas en maître; sa peinture est rarement le principal but et le sujet même de la pièce. Tantôt l'honneur chevaleresque, tantôt le patriotisme, tantôt l'enthousiasme religieux tantôt le fanatisme le relèguent au second plan. « J'ai cru, disait Corneille, que l'amour étoit une passion chargée de trop de laibiesse pour être dominante dans une pièce héroïque. J'aime qu'elle y serve d'ornement et non pas de corps, et que les grandes âmes ne la laissent agir qu'autant qu'elle est compatible avec de plus nobles impressions*. » Dans Racine, au contraire, l'amour est plus ou moins modilié par d autres sentiments; mais, au fond, c'est lui qui inspire et dirige tout, ei. des le premier chefci œuvre du poète, ce rôle dominant de lamour se montre dans toute son étendue. Amour maternel chez Andromaque, amour jaloux chez Herraione, amour surexcité par les obstacles chez Pyrrhus, amour désespéré cht z Oreste, il n'est pas un des personnages Andromaque dont toutes les actions, tous les sentiments ne soient provoqués, inspirés par l'amour. C'est la grande originalité du théâtre de Racine. « Aucun poète n'a mieux peint l'amour. 11 'semble même qu'il ait épuisé le sujet, et qu'il ait réduit les poètes venus après lui, soit à dire les mêmes choses en les affaiblissant, soit à emprunter à la mode de leur temps une nouveauté qui a passe avec elle\ » Et le genre d'amour qu'il peint, ce n'est plus l'amour romanesque mis à la mode par YAstrée^ amour de tête, raisonneur, précieux, épris du rare et du raffiné, qui, surtout dans la tragédie, éiait le fléau du théâtre antérieur à Corneille et qui n'a laissé que trop sa marque dans le t( iâtre de celui-ci, mais l'amour vrai, sincère, exclusif, qui ne doit rien au bel air, et qui, au lieu d'être une des formes à la mode, a ses racines au plus profond du cœur 3.