PYRRHUS, HERMIONE, PHOENIX
PYRRHUS
Vous ne m'attendiez pas*, madame; et je vois bien 1275 Que mon abord ^ ici trouble votre entretien. Je ne viens point, armé d'un indigne artifice. D'un voile d'équité couvrir mon injustice 3;
1. L'arrivée de Pyrrhus en un pareil moment est un véritable coud de théHire. File est absolument imprévue; et, comme il est impossiMe (iVn deviner le moiif l'attenieest aussi vive que la surprise. » (La Harpe.) L'attente du spectateur est vive, en effet, car la situa ion de Pyrrhus est bien embarras^anie et l'on prévoit le transport de fureur qui va s einparer d'ilermione. Mais l.i scène n'est pas imprévue; elle est tout a fait dans la logique de la sithaliun, et un maîiie tel que Raciue ne louvait manquer de la traiter, de même que Virgile ^vait tHi soin de mettre en présence Didon abandonnée et Enée (voy. ci-après, n. 3). A vrai dire, il faut à Pyrrhus un certain courage pour \enir au-devant d<e -etle explication, mais, s'il eût essayé de l'/ivi 1er, Hermione, telle que nous la connaissons, fût cerlaiiioment all^ la t. révoquer elle-même. En revanche, 1 initiative de Pyrrhus donne au poète le fi:oy<.n de . -enduire la scène avec une gradation plus savante et plus expressive, tandis qu'Hermione n'aurait pu débuter que par une explosion. Subligny (III à,) traite les premiers vers de Pvnhus de « ptir galimatias » et trouve ridicule « de venir ainsi chercher les gens* pour leur faire insulte. »
2. Très fréquent au xvii» siècle dans le sens d'arrivée. Racine dit encore (Iphin.,
Déjà de leur ahord la nouvelle est semée De même Corneili.k (fiodog., v, /,) :
Votre abord en cos lieux les eût déshrritY-s.
3. La situation de Pyrrhus devant Hermione est la même que celle d'Fnée ilevant Didon, qui, elle, la abordé la première (En., 304-330). U v a dans la réponse d'Enée (333-360), quelques traits dont Racine s'est servi, dans le même fcwis ou en les retournant. Ainsi (En,, 337-343) :
Pro ro pauca loquar. Neque ego hanc abscondere furto Speravi, ne finge, rugfim; iit;c coniugis unquaiu Prœtendi taedas, aut hxn in fœdi r,i veni. lie si fata mcis palerentur dncercî vitam Auspiciis, et sponlt; niea coni|>onere curas, Urbom Trojanam primura dtilcesquemeorum Reliquias coioreni...
Il faut dire, au reste, que Pyrrhus se montre beaucoup plus digne et franc qu Knée, dont les excuses sont aussi pauvres et aussi embaj-rasséos que sa coouuile a été dépUisAQte, *