I.ç perfide I il mourra. Mais que t'a dit Oreste
CLÉONE
Oreste avec ses Grecs dans le temple est entré,
HERMIONE
Kh bien I à me venger n est-il pas préparé? 14^10
CLÉONE
Je ne sais.
HERMIONE
Tu ne sais? Quoi donc! Oreste encore Oreste me trahit I
CLÉONE
Oreste vous adore ;
1. D'Olivet profite de ce vers pour faire solonnellemeni acte de grammairico créateur: « Il seroità souhaiter, dit-ii,que chaque particulier, à mesure qu'il croit avoir découvert une règle nouvelle, eût le courage de la proposer... J appelle d'avance rèoles nouvelles, celles qui ne se trouvent pas encore dans nos grammairiens. Telle est la règle fondamentale que je propose en ces termes: Quand le pronom relatif qui est un nominatif, if ne saurait être séparé du substantif auquel il se rapporte. V {8em. sur Bacine, par. 78.) Si jamais le besoin d'une règle nouvelle se fit peu sentir, c'est dans le cas présent. En eiïet, la tournure condamnée est une des plus usitées, des plus caractéristiques et des meilleures de la langue du dix-septième siècle. Après l'avoir ahaniionnée, sous l influence par trop négative et timide des grammairiens comme. d'Olivet, on semble y revenir, et les meilleurs grammairiens modernes recommandent seulement de rapprocher le relatif de son antécédent, lorsqu'il peut y avoir équivoque. Voy. Chassano, ''îr. />'., cours «w;),, par. 258.
Quant aux exemples de cette tournure au dix-septième siècle, il suffira d'en citer deux, (\ e d'Olivet eût sans doute condamnés et qui sembleraient aujourd hui très corrects. L'un, de La Fontaine \Fah„ (, 10) '
Un loup survient à jeun, qui cherchoit aventure. L'autre, de Mme de Skvioné, qui l'emploie avec une prédilection particulière:
Je vis hier une c/io«e chez Madi moiselle qui me fil plaisir. »
C'était un reste de syntaxe latine. La place et les emplois divers du relatif étaient si variés en latin que, ne pMiv;int mêmp indiq ler les princi[>aux, nous renvoyons à la grammaire. Voy. Madvig ou Gantrelle..
4CTE V, SCENE lî it5
Mais de * mille remords son esprit' combattu
Croit tantôt son amour et tantôt sa vertu.
n respecte en Pyrrhus l'honneur du diadème; liG5
Il respecte en Pyrrhus Achille et Pyrrhus même;
Il craint les Grecs, il craint l'univers en courroux;?
Mais il se craint, dit-il, soi-même ^ plus que tous.
Il voudrait en vainqueur vous apporter sa lête:
Le seul nom d'assassin l'épouvante et Tarrête*. 1470
Enfin il est entré, sans savoir dans son cœur
S'il en devait sortir coupable ou spectateur. ^
Non, non, il les verra triompher sans obstacle;
Il se gardera bien de troubler ce spectacle.
Je sais de quels remords son courage est atteint : 1475
Ko lâche craint la mort, et c'est tout ce qu'il craint.
Quoi! vsans qu'elle employât une seule prière.
Ma mère en sa faveur arma la Grèce entière'';
Ses yeux, pour leur querelle, en dix ans de combats,
Virent périr vingt rois qu'ils ne conmiss vent psfs; 1 i8()
Et moi, je ne prétends que la mort d'un parjure,
Et je charge un amant du soin de mon injure:
11 peut me conquérir à ce prix, sans danger;
Je me livre moi-même et ne puis me venger!
Allons: c'est à moi seule de me rendre'' justice. 1485
Que de cris de douleur le temple retentisse;
1. Sur cet emploi de de au lieu de par, voy. plus haut, p. 9J, n. t.
2. Var l\ craint les Grecs, il craint l'univers en courroux. (1668-76.) 3 Sur cet emploi du réfléchi, voy. plus haut, p. i6i, n. 3.
/i. Cette horreur se mnrque énergiquement dans le rôle d'Oreste, à parlirdu quatrième acte, parla réi" tilion fréquente de ce mot assassin, qui robsède et semble lui brûler les lèvres.
5. « Il y a ici antithèse de mots sans opposition réelle d'idées. » (Gbruzkz).
6. M iivcmcnl cmiiriiutc à Viuoii.K (Eu,, l, 39-40). C'est Junoo qui parle;
Pallas ne evurere cli<=sem
Argivuin, ntque ipsos potuit suhmerg re ponto... Asi ego, queo diviirn incedo regina , etc.
Ce ast ego (que Racine tra luit par « Et moi.. », v. 1481) est la forme là plus naturelle et la plus vive de ces retours sur soi-même qu'aiment tant l'orgueil, réfjoïsme. le sentiment de la justice hlessés. Nous le voyons ici tragique et viuienl. Mans le comique, une de ses formes les plus connues est le fami ux « Tandis que cnoi. morbleu!... de Beaumarcjiais, Le Manaye de Figaro, V, j),
7. Le sens du vors appellerait plutôt faire que ren tre. En effet, se rendis justice, c'est se rendre lémoigna^'eà soi-même, on hien ou en mal : se faire justice, c'est exécuter, dans son [)rupre iuténH, ce que l'on croit juste, ce q.ii est le cas d nermione. Racine a employé plus haut (v. i Jio) se rendre Justice dans son véritable sens
ANDtiOMAQLîÈ
De leur hyiDcii talal Iruiiblons révéneiiieuU ;
El qu'ils lie soient unis, s'il se peut, qu'un monn^nl,
Je ne choisirai point dans ce désordre extrême :
Tout me sera Pyrrhus, fût ce Oreste lui-même 2, 1490
Je mourrai, mais au moins ma mort me vengera;
Je ne mourrai pas seule, et quelqu'un me suivra^*