Sur cette construction, voy. ci-dessus, p. 78, n
6 C'est ici que l'hallucination et le délire commencent. Depuis le meurtre de sa mère, Oreste est en proie aux Erinnyes et son nouveau crime vient de révedler leur colère assoupie. L'art antique et l'art mo lerne ont souvent represente d après Eschylb (les Euménides, I, 234, voy, ci-dessus, p. V2) cette scène effrayante de» « chasseresses iiupitoyaWes » faisant siffler leura serpents aux
Quelle horreur me saisit! Grâce au ciel, j*enfrevoi... ^ieuxl quels ruisseaux de sang coulent autour de moi!
PYLADE
Ah! seigneur!
ORESTE
Quoi! Pyrrhus, je le rencontre encore *î Trouverai-je partout un rival que j'abhorre? Percé de tant de coups, comment t'es-tu sauvé? 1630 Tiens, tiens, voilà le coup que je t'ai réservé. Mais que vois-je! A mes yeux Hermione Tembrasse^! Elle vient Tarracher au coup qui le menace!
oreilles du malheureux. M. Decharmb (Mythologie de la Grèce antique, p. 398) en donne une des plus anciennes reproductions, empruntée à un vase peint. Oresie, l'épée nue à la main, essaie vainement de repousser deux <ies dée.-^es qui le pours iivent et le pressent; l'une fait siffler -les serpents qu'elle porte enroulés à chacun de ses bras; l'autre tient à la main droi e un miro r dans lequel apparaît l'image de Clytemnestre, D'autre part, on peut vcir au musée du Louvre un tableau peint en 1800 par Hennequin, les Bemo ds d'Oresie (école française, n« 385, d ms le sty e un peu déclamatoiro et conventionnel du premier empire, mais d un effet saisissant : landis que l'une des Furies montre à Oreste, appuyé sur Electre, le cadavre de Clytemnestre percé d'un poignar.l, les autres se pressent autour de lui, le fuuet, la torche ou le serpent à la main; au fond, Pylade se voile la tête de son manteau.
Depuis MoNTFLEURY, créateuT du rôle d'Oreste, tous les ^rrands acteurs se sont essayés dans ces fureurs. Montlleury le jouait avec une fougue qui causa sa inurt (voy. ci-dessus, p. 37-33). Lekain y mo tra ses qualités habit elles, une science prof mde, un jeu sobre, contenu et d'autant plus émouvant; 'ALMAie jouait plus en dehors, avec un emportement et des gestes que Geoffroy trouve excessifs. M"« DE Staël disait du rôle : C'est là surtout que la noblesse des gestes et des traits ajoute singulièrement à l'elfet du esesçoir. La puissance de la douleur est ^d'autant plus terrible q l'elle se montre à travers le calme et le dignité d'une belle nature, v fOe l'Allemagne, deuxième partie, ch. xxvii). i\ est certain que cette interprétation répond bien à l'idée tragique dont Racine est le modèle le plus achevé, un mélange de force coiiLenne, de me>uie et de n jhiesse.
1. La scène est d'un puissant efTet et l'émotion granJit jus lu'au paroxysme. On ne peut, ce tendant, s'e-npocher de s'associer aux réflexions suivantes de Sainï-Marc-Gikardin, dont on a vu les justes critiques sur le caractère d'oreste : » Même égarement qui touche encore au contresens quand il est livré à ses fureurs. Ce n'e.^t pas le spectre de sa mère qu'il voit apparaître a ses regards épouvantés, c'est le spectre d'Hermione embrassant Pyrrhus; cest elle qui traîne les iiémons et les serpents qni vont déchirer Oreste. Qu'auraient dit les Grecs, qu'auraient dit les Furies d'Eschyle, lorsque, endormies un instant dans le vestibule d i temple, elles s éveillent bientôt pour recommencer leur course après le parricide, si elles eussent appris que leur fugitif n'est qu'un amant désespéré^de l'abandon de sa maîtresse?... Les t^ltes d'enfer ne sortiraient point pour si peu de la nuit éternelle, et on n'appartient pas aux Furios à si bon marché. » (Exam, crit. d'Androm., p. 307.)
• 2. Au sens propre du mot, lu tient embrassé, le saisit dans its braê. coram* dans ie fameux vers ("iln/an., IV, 3) :
^'tmbrasse mon rivâJ; mais c'eet pour rétOMffer.