‹ Andromaque (volume 5)Chapitre 16 sur 160 · Id., ibid., p · texte numérisé non relu

Id., ibid., p

3. Voy., sur le style de Racine, Géruzez, fiistoire de la littérature française, t II, p. 242 243.

4. Voy., sur ce langage de la galanterie dans Racine, Marty-Lavkaux, De h langue de Racine, au t. vm de-l'édit. P. Mesnard, p. 4-5,

NOTICE HISTORIOUE

de l'action de Riclne. Les coups que frappe le premier sont plus Boud;iins et plus forts; le sec »nd, en prépiraat les siens, en aff;iiblit l'effeî sur l'iniagination, mais il les rend plus sensibles à la raison'. »

Les partis.ins de Corneille, ceux dont il avait charmé h jeunesse, ei ceux dont il était le poète favori parce qu'il ré disait Tidéal de leur âme, Corneille lui-même, vieux, grondeur, refusant de croire à la décadence de son génie et voyant, avec un étonnement mélancolique, la foule délaisser ses nouvelles pièces, les jalo jx impuissants, qu'exus. père toute gloire naissante, les sots, d'autant plus prompts à prendre parti dans une querelle qu'ils en comprennent moins l'objet, no pouvaient manquer de contester vivement le premier chef-d'œuvre de Racine et ia poétique nouvelle dont il était l'expression. Andromaque fut immédiatement en butte à des attaques moins violentes que celles qui assaillirent le Cid, car las mœurs littémires s'étaient adoucies, très vives, cependant, et d'autant plus pénibles pour Racine que son caractère était plus irritable et sa sensit)ilité plus vive. On trouverait dans l'histoire des deux pièces, sinon une ressemblance complète, du moins de curieuses analogies ^ D'abord un vif enthousiasme et des attaques violentes, des partis ms et des adversaires égalemt^nt passionnés. Corneille, à ses débuts, avait contre lui les partisans de l'ancienne littérature, de même Racine; Scudéry dénigrait le Cid^ Subligny parodia Andromaque ; le cardinal de Hiclieiieu favorisait les ennemis de Corneille, d" gr-inds scigncuis se mirent à la lêle de ceux de Racine; CorneilUe avait pour lui M'"* de Combalet, nièce de Richelieu, Racine fut protégé par Henriette d'Angeterre; Ralzac, la grande autorité littéraire du temps, avait été pris pour arbitre dans la querelle du Cid, Andromaque fut soumise au jugement de Saint- Évrtmond. Enfin, si l'Académie fra içaise n'intervint pas ofliciell ment dans la querelle iï' Andromaque, comme el e avait fait dans celle du Cid, elle n'était pas plus favorab e à Racine qu'elle ne l'avait été à Corneille; elle se trouvait encore composée en majorité de partisans de l'ancienne litlérature, de celle que Roileau attaquait si vivement^.

Nous avons déjà vu* ce que disait Perrault du succès d' Andromaque à son apparition. Le parodiste de la pièce, Subligny, l'atteste indirectement. Dans la famille où nous introduit sa Folle Querelle^ « Andromaque est le sujet de toutes les conversations, de toutes les disputes; les valets comme les maîtres ne s'occupent pas d'autre chose; on en parle au salon; on en parle aussi vivement à l'antichamhre, à la cuisine, jusqu'à l'écurie. » Cui-iinier, cocher, palefrenier, laquais, el jusqu'à la porteuse d'eau en veulent discourir. Rien*ôt, dit un des persi>nnages de la corné iie, la « contagion gagnera le chien et le chat du 1 gis ». Une maîtresse demande-t-elle sa femme de chambre, celle-

1, NiSARD, Histoire de la littérature française, t. III, p, 32 H",.

2, Voy. la notice historique de nc^re é lilion du Cid, librairie Garnler*

3, Voy., sur la composition et les préférences de 1 Aca iémie française à celle époque,' b\ Deltcur, les Ennemis dp Hacine, première partie, ch. iv.

Ci-dessus, t= ^

SUR andrôMaotte

ci, répond un \aquais, « est occupée à faire l'ilermione contre le cocher dont elle est coiffée ». Un maître reproche-l-il à son valet l'insucnès d'un message délicat : « Monsieur, dit ct>lui-ci, yai fait comme Oivsle, qui ne laisse pas de tuer Pyrrlms, quoique Cléone lui ait été dire qu'il n'en fasse rien*. » Le burlesque Robinet, enrôlé dans le camp des ennemis de Racine, ne peut s'eu)pêcher, lui aussi, de constater dans sa Gazette le grand succès d' Andromaque, mais il se tire d'affaire par un misérable jeu de mots :

On ne peut voir assurément,

Ou du moins je me 1 iu^agine,

De plus beaux fruits d une Racine \

Kn lAle des admirateurs du poète se place son aimable protectrice, celle à qui la pièce est dédiée, Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans. On a vu plus haut^ de quelle manière délicate il l'associait à la composition d' Andromaque ; il oppose son jugement à celui de ses ennemis : « Il me console bien glorieusement, disait-il, de la dureté de ceux qui ue voudraient pas s'en laisser toucher. Je leur permets de condamner ['Andr orna que tant qu'ils voudront, pourvu qu'il me soit permis d'appeler de toutes les subtilités de leur esprit au cœur de Votre Altrsse Royale. » Avec la duchesse d'Orléans, la plupart des jeunes femmes de la cour applatidissaient le jeune poète ^t lui prêtaient un «ppui qui devait l'accompagner dans toute sa carrièrr? Du côté des hommes, le Roi, qui ne c ssa de d «nner à Racine des marques de faveur, Colbert, le grand Condé, qui faisait cependant une critique à Andromaque : Pyrrhus lui paraissait « trop violent et tn»p emporté», tandis que d'autres le trouvaic^nt « un malhonnête homme », et s'indignaient de sa déloyauté avec Hermione^ Ensuite, Dange u, le pré. sident de Lamoignon, Vivonne, Tallard, Guilleragues, bien d'autres, déjà considérables ou en passe de le devenir, la jeune cour en u i mot.

Mais, si les partisans de Racine étaient nombreux et puissants, les ennemis ne lui manquaient pas. D'abord, les poètes tragiques, mena-

A, F. Deltour, les Ennemis de Racine, p. i54«l55.

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