‹ Andromaque (volume 5)Chapitre 2 sur 160 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

PREMIERE REPRÉSENTATION ïi^ANDROMAQVB. — ANALYSE DE LA PIÈCE; SES ORIGINES; SOURCES GRECQUES ET LATINES. — l'aCIION ET LES PERSONNAGES,

Racine avait vingt-huit ans; il n'était encore que Fauteur de quelques poésies fugitives, de la Thébaide (1664) et d'Alexandre le Grand (1665), un émule encore incertain et jugé peu redoutable de Corneille, lorsque Andromaque vint le placer au premier rang, à côté de son glorieux rival, donner sa vraie mesure et inaugurer une série de chels-d'œuvre.

Les premiers essais du jeune poète ne pouvaient guère faire pré voir un coup d'éclat aussi soudain et aussi décisif. Ses deux odes, la Nymphe de la Seine (1660), écriteà Toccasion du mariage de Louis XIV. la Renommée aux Muses (1663), provoquée par l'établissement des trois Académies, ne se distinguaient que par une élégance harmonieuse et une facture facile; elles étaient fort supérieures aux poésies fugitives publiées à Tenvi parles contemporains, mais elles n'annonçaient eu rien un grand poète. La Thébaido^ écrite sur les conseils et, dans une certaine mesure, avec la collaboration de Molière, devait à l'expérience théâtrale de celui-ci un plan bien conçu et une action iniélessante; mais, en somme, ce n était qu'une imitation de Stace pour le fond, de Corneille pour le style et la conduite dramatique. Même imitation de Corneille dans Alexandre le Grand, et de ses défunts plutôt que de ses qualités: un mélange d'héroïsme déclamatoire et dd fadeur romanesque, de galanterie raffinée et de grandeur factice ».

i La Thébaide fut jouée, sur le Uiéàtre du Palais- Royal, par la troupe de Molière oui' lorsque Racine était revenu d'Uzès, l'avait accueilli généreusement et aidé de sa bourse et de ses consei.s. Racine reconnut mal ces bons offices. Molière venait de monter avec beaucoup de soin Alexandre, la seconde pièce de son protégé lorsque celui-ci autorisa la troupe rivale de l'Hôtel de Bourgogne, qu'V trouvait meilleure dans le genre tragique, à jouer aussi sa pièce. Un peu pU Uird comme on le verra bientôt (p. 36), Racine enlevait a aïoli ère sa raeillettir

NOTICE HISTORIQIE

Dans Tune et dans Vaiître, cependant, d'heureux traits et des scènes bien conduites; beaucoup de promesses de talent, mais aucune trace de génie. Andromaque^ au contrairtj, révèi.iit un grand poète et soulevait la même admiration et les mêmes jalousies que le Cid.

Avant d'être représentée sur un théâtre public, la pièce parut devant la cour*, où Racine comptait déjà de puissants protecteurs : le roi, qui avait récompensé la Nymphe de la Seine d'une pension de six cents livres, et la Renommée aux Muses d'une gratiGcalion de pareille sommme, Golbert, ia reine, surtout la duchesse d'Orléans, l'aimable Henriette d'Angleterre'. Celle-ci n'était pas étrangère, s'il faut en croire Racine, à l'idée ou même à l'exécution d'Andromaque, dont elle avait eu la primeur dans une lecture particulière. « On savoit, dit le poète en lui dédiant sa pièce, on savoit que Votre Altesse Royale avoit daigné prendre soin de la conduite de ma tragédie. On savoit que vous m'aviez prêté quelques-unes de vos lumières pour y ajouter de nouveaux ornements. On savoit enfin que vous l'aviez honorée ae quelques larmes dès la première lecture que je vous en fis. » C'est même à elle, sans doute, qu'Andromaque dut l'honneur, alors très envié, d'être joué le jeudi 17 novembre 1667 devant l'élite de la cour. La Ga'zette de France du 19 annonçait ainsi cette représentation : « Le \ l novembre. Leurs Majestés eurent le divertissement d'une fort belle tragédie, par la troupe royale, en l'appartement de la reine, où étoient quantité de seigneurs et de dames de la cour. » Si la Gazette ne nomme pas cette tragédie, le chroniqueur poète Robinet' nous en donne le litre; on lit « Andromaque » en marge de ces mauvais vers de sa M use :

La cour, qui, selon ses désirs, Tous les jours change de plaisirs, Vit jeudi certain dramatique.

Poème trafique ei non comique, Dont on dit que beaux sont les veig Et tous les incidents divers, que cet œuvre de Racine Maint autre rare auteur cbagri ne*.

actrice de tragédie, W^* Du Parc. De cette conduite résulta naturellement entre les deux poètes un refroidissement qui dura toujours, mais sans' les empêcher de se rendre mutuellement justice. Voy. Taschkreau, Vie de Molière, liv. II, édit dé 1844, p. 46, et 99-101.

1. Jphigénie fut de même représentée à Versailles, devant la cour, avant de paraître sur le ttiéatre de l'Hôtel de Bourgogne.

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