Voy. ci-après, p. 63, n. 1 et
3. Tombé en disijrâce poui avoir vivement critiqué le traité des Pyrénée dans une lettre adressée au maiéchal de Grequi, il avait quitté la France en 1661> était passé en Hollande, puis en Angleterre, où il s'établit près de son amie, la duchesse de Mazarin.
4. Saint- Evremond était alors la plus haute autorité littéraire du temps; ses jugements, presque toujours aussi justes qu'ingénieusement motivés, étaient attendus avec impatience et lus avec avidité. Voy., sur son rôle, l'intércï^sante étude de M. Ch. Gidel, en téte des OEuwes choisies dv Saint-Evremond (librairie Gaynier, '\n-i%)
SUR ANDROMAQîm Hâ (Irois qu'il lui donnât le bon goût de cette antiquité qu'il possède si avan'ageusemont; qu'il le fit entrer dans le génie de ces nations mort 'S, et*connoitre sainement le earactèie des héros qui ne sont plus. C'est, à mon avis, la seule chose qui manque à un si bel esprit. Il a des pensées fortes et hardies, des expressions qui égalent la force de ses pensées, mais vous me permettrez de vous dire, après cela, qu'il n'a pas connu Alexandre ni Porus. » Saint-Evi emond appartenait à la génération dont Corneille avait olnrmé la jeunesse*; Racine était le poète d'un nouvel âge. 11 eût voulu, comme on le voit, que Racine se mît à l'école de son devancier et le continuât. Ce n'était pas possible, car, nous l'avons dit, le système dramatique des deux poètes est aussi différent que leur génie. Andromaque venait bientôt prouver avec éclat qu'un art nouveau commençait. Celte révélation ne pouvait que chagriner les amis de Corneille; c'est malheureusement une loi de la nature humaine que toute admiration, surtout une admiration de jeuuesse, continuée et fortifiée dans l'âge mûr, soit exclusive et inquiète. Saint-Evremond le prouve bien. Il est curieux de le voir, au sujet Andromaque^ partagé entre sa partialité pour Corneille, et son sens droit, qui lui montre toutes les beautés de la pièce nouvelle, se débjttre entre ces deux sentiments contradictoires'.
On lui envoie Andromaque^ avec Allila de Corneille, joué quelques mois plus tôt : « A peine ai-je ou le loisir, écrit-il à M. de Lionne, de jeter les yeux sur Andromaque et sur Attila; cependant il me pa* roît qu.' Andromaque a bien l'air des belles choses; il ne s'en faut [ire-que rien qu'il n'y ait du grand. Ceux qui n'entreront pas assez dans les choses l'admireront; ceux qui veulent des beautés pleines y chercheront je ne sais quoi d'attrayant qui les empêchera d'être tout à fait contents. Vous avez raison de dire que la pièce est déchue par la mort de Monifleury*, car elle a bi^soin de grands comédiens qui remplissent par l'action ce qui lui manque; mais, à tout prendre, c'est une belle pièce, et qui est fort au-dessus du médiocre, quoique un peu au-dessous du grand. Attila, au contraire, a dû gagner quelque chose par la mort de Montfleury^ un grand comédien eût trop poussé un rôle assez plein de lui-même, et dit fait faire trop d'impression à la férocité sur les âmes tendres*. » Singulier parallèle I singulière réflexion! Attila mis en balance avec Andromaque^ le premier d'autant moins capable d'eliet qu'il sera mieux joué, la seconde d'autant plus qu'elle le sera moins bien! Quant au reste, ce nest que spirituels faux-fuyants, qu'il est impossible de discuter, car ils ne disent rien de précis. Plus tard, dans une autre lettre au même comte de Lionne,
1. Voy. F. Deltour, les Ennemis de Racine, première partie, chap. m.