‹ Andromaque (volume 5)Chapitre 22 sur 160 · OEuvres, t. II, p · texte numérisé non relu

OEuvres, t. II, p

2. Sainl-Evremond avait encore contre Andromaque un griet bien singulier: elle était veuve et il ne pouvait souffrir les veuves à la scène : « Pour être touchés, (lisait il, des lariDes et des plaintes de ce sexe, voyons une amante qui pleure la mort d'un an ant, non pas une femme qui se désole à la perle d'un mari. La douleur des nmîtresges, tendre et rrécieuse, nous Louche bien i lus que l'allliction d'une veuve arlilicie ise ou intéressée, et qui, toute sincère qu'elle est quelquefois, nous donne toujours une inée n^ ire des enterre! enls et de leurs idées lugubres. » Cette rétlexion est bien d'un f pifurien; elle est aussi très dii^ned'un ami de Créqui et d Olonne, l'un et l'autre lorL liés avec Sain t-Evie ond. Mais ily a une veuve dans le théâtre de Corneille. Saint-Evren, ond ajoute aussitôt : « De toutes les veuves qui aient jan ais paru sur le théâtre, je n' iime à voir que I l seule CornéUe; parce que, au lieu de me faire imaginer ues enfants sans [ ère et une femme sans époux, ses sentiments tout ron ains rappellent dans mon esprit l'idée de 1 ancienne Rome et du gran ' Pomv ée. » (t. II, p. I8.i Andromaque et Cornélie sont l'une l'autre, des veuves admirables, mais très difiérentes : « La veuve d'Hector, dit Geoffroy, n'est pas si fière, si martiale, si sublime que la veuve de Pompée; mais elle est pb s ai able, parce quelle est plus naturelle et plus lenime; peut-être même son coura. e est-il plus admirable, du moins si le courage doit se mesurer sur la difficulté vaincue: Antiromaciue a peut-être plus besoin de vertu pour résister à 1 amour de Pyrr us, que Cornélie pour braver la victoire de César... Si ^n .rom^que nourrissait des projets se vengeance, si sa colère et sa haine éclataient contre Pvrriius, si elle maudissait es Grecs, elle ne gérait qu'une folle, tandis que Cornélie, avec ses bra\ ades et ses emportements, est une héioVne. » Xoura de HUérature dramati'iue, t. II, p. lO.]

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des tragédies énumérees par Sdlat-Evremond. Cette iiilirmité de gout est fât heuse chez iiii homuie qui passait au xvii« siècle pour le type de l'homme de goût.

On^ regrette do trouver avec Suint-Evremonl, non pas au nombre (les enn mis de Racine, mais de> partisans trop exclusifs de Corneille, une femme de gnnd espiit, M"** de Sévigné, vive, primesautière, exclusive dans ses préférences comme dans ses antipathies, les unes et les autres toutes spontanées, plus instinctives que rétléchies. Elle aussi ne vit pas sans mauvaise humeur un succès qui ne lui semblait obtenu qu'aux dépens de la gloire et de la préé nineoce de Corneille. Si elle n'a jamais dit de Racine le mot fameux qu'un lui prête, qu'il p sserait comme le café S du moins ne put-elle jamais prendre gur elle de lui donner le rang qu'il méritait, celui du plus grand Iragique de son siècle avec l'auteur du Cid. Tandis qu'elle s'excite à l'enthousiasme pour se persuader que les dernières pièces de Corneille ne sont pas trop inférieures aux premières, qu'elle réchauffe le zèle de ses amis en faveur du grand tragique, elle conteste et chicane Racine; elle ne le loue que par acquit de conscience, et comme ù son corps défendant; cr Rien, n approchera jamais des divins endroits de Corneille ^. » Et encore : « Ma lille, gardons-nous de lui comparer Racine; sentons-en toujours la ditléjence ^ » Plus encore que Saint- Kvremond, qIq s'était fait de l'admiration de Corneille un dogme et un culte; elle ne voulait pas d'autre dieu en face de son dieu. Ei cependant elle ne peut résister à l'émotion qui se dégage d'Aiidro maque, môme jouée très médiocrement, en province; elle y pleure avec moins de bonne grâce et d'abandon qu'Henriette d'Angl terre» mais entin, elle y pleure. EU écrit à sa ûlle, de Vitré, quatre ans après la première représentation de la pièce: a Je fus... à la comédie: ce fut Andromaque, qui me fit pleurer plus de six larmes; c'est assez pour une troupe de campagne ^ d On dirait une vieille prévention, qui ne désarme qu'à demi et ne cède à l'évidence qu'en résistant. On peut être assuré, par ce* que l'on sait des sentiments de la mar quise à l'égard de Racine * q\i Andromaque dans sa nouveauté la trouva sur la défensive, et dans les sentimenti, sinon de Créqui et d'Olonne, du moins de Saint-Evremond.

1 . i; est Voltaire qui a invente et iiiio en circuUliun te jui^enient faineu.^. M'"» de SévigD ' avait dit : a Racine fait des comédies pour la Champineslé, et non pour la postérité : si jamais il n'est lus jeune et qu'il cesse ' être amoureux, ce ne sera i lus la même chose. » (Lettre lu ih mars i672.) Ailleurs, elle se déclare lasse du calé et prétend qu'on s'en dégoûtera comme d un indigne fav «ri. « Voltaire, avec sa l<^i;èrelé spirituelle, dit M. DKLToru (p. 63), s'est emparé des deux jugements, el les a réunis sous cette forme piquante, que La Har. e et d'autres cri tijues ont trouvée chez lui et citée comme te tuelle* » Voici la phrase mê'iiC de Voltaire: « Cette aveugle prévention qui lui fait dire que la mod« d'aimer Racine passera comme le café... » Ed. Beuchot, t. IX, p. 469.)

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