‹ Andromaque (volume 5)Chapitre 23 sur 160 · Lettre du 12 août · texte numérisé non relu

Lettre du 12 août

5. Voy. les -livers passades oîi elle parle de Racine comparé à Corneille, rapprochés el commentes par M. Ijeltouk, ouvrage cité, p. 50 à 63,

mtïŒ HISTORIOUIÎ

ANDROMAQUE AU THEATRE. — LES COSTUMES DE THÉÂTRE AU XYll® SIÈCLE. — ANDROMAQVE ET LA RÉFORME DU COSTUME.

La distribution originale des rôles d^Andromaque à l'hôtel de Bour gogne fut la suivante :

Andromaque, M"» du Pare.

Pyrrhus, Floridor.

Oreste, Montfleury.

Hermione, m des Œillets.

Pylade, De Villiers?

Cléone, Poisson?

CÉPHiSE, Brécourt?

Phœnix, llauteroche ^

M"' du Parc appartint d'abord à la troupe de Molière, mais KaciiKî, i\ui lui avait contié le principal rôle de sa tragédie d'AlexandrCy la détermina à quitter le Palais-Royal pour 1 Hôtel r^e Bourgogne. Boileau nous dit' que Racine composa pour elle le rôle d'Amiromaque, et le lui apprit lui-même avec le plus grand soin. M"^ du Parc, excellen'e comédienne, selon Molièr ^, était de plus fort belle; s'il faut en croire Robinet % à qui les épiihètes coûtent peu, elle se mon ira, dans ce rôle, « brillante, charmante, triomph.mte », mais die ne jouit guère de son succès: elle mourait au mois de décembre 1668.

Floridor, a Tun des plus grands acteurs qui aient paru sur la scène française, » à laquelle il faisait « autant d'honneur par ses vertus que par ses talents », Floridor excellait dans toutes les parties de son art: « il tenait en chef les premiers rôles tragiques et comiques, et les remphssait d'une manière si noble et si naturelle, qu'il fit oublier tous leis grands acteurs qui avaient joué avant lui. La nature l'avait doué d une taille haute et bien prise, et d'un son de voix qui, quoi-

1. Robinet (lettre du 26 novembre) donne les noms des acteurs qui remplissaient les rôles d'Andromaque, de Pyrrhus, d Oreste et d Hermione. Pour Pylade, Cléone et Céphise, les i enseignements précis font délaul. Dans ses Etudes lit érair^s et morales de hacine (t. I, p. 210), le marquis de la Rociiefoucauld-Liancourt joint à ces derniers rôles les noms de Hauteroche, de M"* Poisson et de M"« Brécourt, nous ne savons d'après quels renseir:nements ; il se trompe évidemment pour Hauteroche, qui jouait Phœnix, d'après Robinet; on peut supposer que de Villiers, auquel il attribue Phœnix, jouait Pylade.

2. Cité par M. P. Mesnakd, Notice biogi aphigu; sur Racine, p. 76.

3. \0)'. V Jmpromj}lu de l'c/'sai'/ev, scène i. 4 Lettre du 15 décembre 1068.

SUR AiXMOMAQtJE

que très mâle, avait quelque cliose de pénélraiit et d'affectueux; son air et ses manières étaient pleins de noblesse*. » Il avait soixante ans au moment d' Andromaquey mais, pa»* un privilège dont Baron devait jouir .'lussi, il n'avait nen psrdu de ses qu ilités physiques.

Montfleury étàt encore moins jeui e : il av it soixante-cinq ans et rien de l'élégante tournure de Floridor. Molière raillaii dnns Vlmpromptu de Versailles son énorme embonpoint : « Il faut, disait-il de lui, un roi qui ^oit gros et gras comme qu.itre: un roi, morbleu! qui soit entripfiilléc mme il faut; un roi d'une vaste circonférence et qui puisse remplir un trône de la belle m^mière. » I rail ait aussi sa déclamation : « 11 faut dire les choses avec empha-e. Vnyez-vous cette posture? Remarquez bien cela. Là, nppuyez comme il faut su» le dernier vers. Voilà ce qui attire l'approbation et fait faire l;^ brouhaha'. » L'emphase en elfet, le « ton de dem -niaque, » comme dit Molière, était alors à la mode; on chantait les vers tragiques plus qu'on ne les disait. Molière eut ie mérite de réagir contre ce défaut, sans en triompher tout à fait: son élevé Baron, plus heureux, réussit à faire prévaloir une simplicité plus naturelle et tout aussi noble. Les contemporains de Moniflt^ury voyaient dans sa diction et son jeu le comble de Tart. Nous avons rapporté plus hnut ce que Saint-Evremond écriv^jit à son sujet. Quant à sa grosseur, Molière ne l'exagérait pas. Elle l'obligeait à porter deux larges ceintures, très espactéss, et Cyrano de Bergerac, son ennemi-'; lui écrivait en son plus beau style de matamore: « Votre gros embonpoint vous fait prendre par vos spectateurs pour une long*^ de veau, qui se promène sur ses lardons... Pensez-vous donc, à caus^ qu'un homme ne sauroit vous bât mner tout entier en vingt-quatre heures, et qu'il ne sauroii en un jour é biner qu'u le de vos o noplates, que je me veuille reposer < le votre mort ^ur le bourre lu ? » Il jouait nvec une fougue extraordinai:*e, « usant ses poumons, Imçant de^ regards terribles, roulant impétueusement les yeux dms la tête comme un furieux, donnant de l'effroi par ses grimaces » Le rôle d'Oreste lui |)ermettait, plus que tout autre, de jouer dans ce goût-là; il s'y donna si bien carrière qu'il en mourut au cours des représentations, le 31 décembre 1667 : d'après les contemporains, son ventre creva, malgré les deux ceintures, ou bien il se rompit une veine*. On lui faisait <iire aux enfers: « Qui voudra savoir de quoi je suis mort, qu'il ne demande point si c'est de la ûèvre, de l'hydropisie ou de la goutte; mais qu'il sache lUe c'est d'Andromaque. » Et il ajoutait: « Ce qui me fait (le) plus de dépit, c'est (\uAndromaque va devenir plus célèbre par

1. Lemazukiéh, Galerie des acleuradu Thédlre fran(,ai3, u p. 2G^-265.^

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