ID., p
t. Mémoires, édit. de 1822, p. 300.
k. Réflexions sur iarl théâtral, p, x, en tôte des Mémoires dt Leka%n.
et dans mes réflexions pour tâcher d'atteindre à la beauté de ce rôle, pour y soutenir le caractère, sans altérer la fraîcheur de IMge, est un de mes plus pénibles trivaux. » En effet, dit-elle, « Hermione ne doit avoir que vingt ans environ. » Elle ajoute: « Dans tout -e qui peint l'amoar d'Hermione, il faut soigneusement éviter les sons les plus touchants, la physionomie simple et douce qui caractérise les Ames tendres, et, dans son emportement, s'éloigner; autant qu'il est |)ossibl\ des élans sûrs, fermes, de la femme expérimentée, telle par exemple que Roxanc dans Bajazet^, »
A la même époque, le rôle d'Oreste trouvait un illustre interprète dans Lekain, entré en 1750 à la Comédie-Française. Selon les contempo ains, il était la personnification même du génie tragique, « le grand acteur, selon L« Harpe, celui qui a porté le plus loin le sentiment et l'expression de la tragédie ». Voltaire disait de même, non 8 ns quelque injus ice pour ses pr.'docesseurs : « Baron était p'ein de noblesse, de grâce et finesse; Bcfjubourg était un énergumène; Dufres e n'avait qu'une belle voix et un be^iu visage; Lekain seul a été véritablement ti agique » Moins compassé et d'un jeu moins strictement réglé que M"' Clairon, lui aussi, néanmoins, devait tout au travail; la nature n'avait rien fait pour lui: petit, laid, d'une voix désagréable, il faisait oublier tous ses défauts pir l'énergie, la pathétique, la noblesse de son jeu. Poursuivant la réforme en partie opérée par Baion, il combiliit à son tour « celte déclamation redondante et fastueuse, cette d.ction chantante et martelée, où le profond respect pour la césure faisait tomber régulièrement les vers en cadence^, » et chercha en tout le naturel et la vérité. On verra tout à l'heure la p irt considérable qu'il eut dans la réforme du costume théâtral.
Le même rôle fut un des triomphes de Talma qui le tint de 1789 à 1826. 11 le jouait avec ses qualités ordinaiies de science profonde et d'inspiration, de fougue et de calcul, depithétique et de dignité, de naturel et de simplicité (nul plus que lui ne fut l'adversaire de l'ancienne déclam ition pompeuse), admirable surtout dans les deux derniers actes et dans la scène de fureur qui termine la pièce ^. Il réussissait à dissimuler la diminution que Racine fait subir à Oreste pir le genre d'amour qu'il lui prête ^ et à montrer dans toute l'étendue de son malheur li victime de la fatalité: « Oreste, avec Talma, était 1 Oreste am )ureux de Racine; mais cet amour malheiu^eux et désespéré semblait être encore un des châtiments de sa vie. Triste, mécontent, aigri par ses tourments que les expiations de la Tauride n'ont qu'à moitié guéris, il promenait partout ses chagrins, allégés un instant par l'espoir de reprendre Hermione à Pyrrhus, mcjs bientôt redoublés et aggravés sous nos yeux par la conviction qu'il a de
1. Mémoires, p. 299-300. — Voy. encore ci après, p. 43, n. i.