boviiLYp Récapilulatlon ou mes sou eni' s, t. H, p. 24'î
3. G. d'Heylli, ./owrrtâ/ c/ç la Comédie- rrançaise, p. 9;k , — H importe de remarquer que, surtout depuis Racliel, Herruione est devenue, sauf exceptions dues à d'excellentes artistes, le princii al rôle de la f)iè( e: « Hermione. dit M. Legouvé, a pris le preinier parce qu'elle rentre 'lans la catégorie *ies princesses de théâtre qui nous intéresse aujourd'hui; elle est violente et quelque peu meurtri re. Andromaque est trop uo ice, trop dolente pour nous; elle est de la race gémissante des colombes; nt us les aimons quelque peu croisées de vautours. Miis, du temps de Racine, les rôles de victimes étaient les beaux rôles ; Andromaque est le chef de chœur du peuple elégiaque et charmant de* Uérenice, des Atajide, des Aricie,^ deà JuQié. » (L'Art t($ ta leclùréy p. %zàj
phile Gautier disait de cette interprétation, lors des premiers gniads suc'ès «le l'actrice: « Le ro:e d^Hennione est le triomphe de M'^* Ricliri; c'est à qu'elle trouve à phicer avec le pus do bonheur lus qualités violentes qui caractérisent son talent : l'âcre ironie, le s;jrcasme insultant, ['.imour si farouche qu'il ressemble à la haine à s'y méprendre, tous les sentiments amers dont Texpression parfaite étonne dans une si jeune âme*. Si nous louons ici ces qualités, ce n'est pas que nous pensions M''« Rachcl ineajiable d'exprimer la tendres e et lamour... Elle a dans plusieurs rôles, et notamment dans Ariane, jeté des mots avec b«^aucoup d'âme et de sensibilité. Mais son talent maie et vigoureux ne don le pas dans les afféteries pleurnicheuses qui séduisent une certaine portion du public. C'est par cette sobriété do moyens qu'elle imprime à ses créations ce cachet antique et ce style sculptural*. »
Depuis Rachel jusqu'à nos jours, plusieurs artistes ont tenu avec honn- ur, à la (Comédie-Française, les rôles d'Andromaque. Il n'est pas dans notre < adre de les énumérer en détail et de marquer en quoi chacun d'eux se distinguait. 11 nous suffira de dire que, jusqu'à ces dernières années, le premier en date des chefs-d'œuvie de Racine fut interprété dignement sur notre première scène. Cette interprétation était souvent égale, parfois supérie ire à ce que la tradition théâtrale nous apprend tîes plus grands acteurs du siècle dernier ou du cornmenceiiient de colui-ci. M. M.mnet-Sully dans Oreste, MM. Laroche et Sylviiin dans Pyrrhus, M""" Sarah Bernhardt dans Andromaque, lyime. i^\nvart et Dudlay dans Hermione, ont marqué d'une empreinte originale ou reprc.dait avec une cimsciencieu^e exactitude ces rôles illustrés par leurs devanciers. Nulle part plus qu'à la Comédie-Française la fameuse métaphore de Lucrèce n'est une vérité : quasi cursores vital lampada tradunt.
Nous avons eu souvent l'occasion de remarquer, au cours de celte revue des principaux acteurs qui se sont distingués dans Andromaque, {\ue deux école» rivales de déclamation, tour à tour en faveur, se partagèrent longtemps le théâtre, l'une qui visait à la noblesse, l'autre
1. La irrande originalité, et la grande dilliculté pour une actrice, du rôle d'Hermione, cons.iJte, en eilet, dans cè contraste entre l'àie 'le l'hérome, qui n a guère que vingt ans, et les passions qu elle éprou e, contraste adaiirableraent ménagé pour la vraisemblance : « Hermione e<l la jeune fille avec toutes les passions de la femme. » (Nisard, Hist. de la litt. franç., X. III, p. 40.) Voy. ci-dessus, p. 42, l'appréciation de M'»« Clairon.
2. Th. Gautier, l'Art dramatique en France, t. II, p. 384. — Râchél acheva, 'tans la déclamation trafique, la réfor l e commencoe par Baron, continuée pair Lekain reprise par Talma, en faveur du naturel et dte la sin plicité. c< Dans Hermione, disait J. Janin, elle s'est élevée du pre nier coup à la hauteur de ce rôle a;imirable. Où la tiradition (prescrivait des cris, des larmeco de bruyants Aclats (le voix. M'"» Racl el ne met souvent q 'un sourirë d'une ^ro ondear elravanie: et tandis que la vieille déclamation hurle et errince autour d'elle, comme autrefois les comrditns n asqués et munis de porte-voix dans des am.-hithéaties qui con.enaient vingt mille specialeurs, seule elle ose parler simplement, seule eh'e a le coura. e d'être naturelle, et elle ne crie jamais que lorsque la passion la pousse h bout. » (M^ ^ I achel t la Tiagédie, p. 86.)
NOTICE fflSTORIQUE
à la simplicité et au naturel, celle-ci victorieuse enfin avec Talma. C'est également avec Talma que triompha une réforme du costume, timidement essayée .à diverses époques et hjrdiment reprise par i-.ekain. A l'origine, les acteurs, protitant de l'ignorance ou des préjugés du public, n avaient aucun souci de l'exactitude du cosiume et de la mise en scène; ils ne visaient qu'à frapper les yeux par Télégance et la richesse de leurs habits. A mesure que la science de l'antiquité devenait moins incomplète et plus générale, plusieurs d'entre eux e«îsayaient de réagir centre les anachronismes et la pompe excessive, à la grande colère des partisans de l'ancien costume. qui flattait davantage leur amour-propre. Andromaque est une des pièces dtms lesquelles s'étalait le plus volontiers le faste de Tancien cosiume et, par suite, une de celles où le nouveau essaya le plus souvent de s'introduire.
A l'origine, les pièces de Corneille et de Racine étaient jouées dans un costume assez semblable au costume de cour de l'époque, costume déjà très riche par lui-même, mais que les acteurs surchargeaient encore de rubans et de broderies. Les hommes paraissaient en habit brodé d'or sur toutes les tailles, avec un large baudrier également brodé, auquel l'épée était suspendue, les mains couvertes de gants blancs à crispins et à crépines d'or, au cou la cravate de dentelle, sur la tête la giande perruque « farcie de lauriers », et le grs^nd chapeau aussi chargé de plumes que celui de Mascarille dans ies Précieuses Ridicules *, sur la poitrine une cuirasse de drap d'o^- ou d'argent à lambrequins, aux jambes de hauts cothurnes brode* sur des souliers à talons rouges. On ne se douterait guère que cet étrange costume était imité de l'antique. Cependant, il n'était autre chose, à l'origine, qu'une copie du costume militaire d'apparat des empereurs romains. « A côté des statues en costume civil, toge ou manteau, dont s'est inspiré Talma, l'antiquité nous a laissé plusieurs figures d'empereurs revêtues de cuirasses légères en cuir précieux, avec des ornements repoussés, sphinx, génies, esclaves enchaînés; ces cuirasses prennent la forme des hanches et descendent par devant en s'arrondissant, enveloppent le ventre et marquent la place du nombril. Une double tunique passe par dessous, presque entièrement couverte par de lourdes broderies et par des lanières de cuir que terminent de larges médailles. Des knémides damasquinés s'ajustent sur les sandales. Aux épaules, des bouffants et des franges qui rappellent nos épaulettes'. » Ce riche costume, porté par Louis XIV dans ses carrousels,
1. La manœuvre de ce chapeau était tout un ait et tenait une place considérable dans le jeu du comédien . « (Elle) se faisait en plusieurs temps comme l'exercice du fusil ; il y avait généralement trois temps et chaque personnage avait sa manière, l eglée selon le caractère du rôle : les applaudissements récompensaient les artstes qui «Maienl et replaçaient avec grâce leu monument empenné; 1 enthousiasme éclatait quand, plusieurs héros, rois ou chevaliers, étant en scène, la manœuvre réunissait l'élégance, l'ensemble et la précision des mouvements. (LuD. Celler, les Décors, les costumes et la mise en scène au dix-septième siècle, p. 160H6'1.)
2. Ern. l.Auii le Costume au théâtre, dans la revue U Présent^ 15 octobre I8îi7# p. 208.
se tr.msforma peu à peu jusqu'à devenir celui que nous venons de décrire, c'est-à-dire le costume à V antique des tragédiens. Un chape'U de cour, plus facile à manier, renipi-iça le cjsque à bouquets de plumes résfTvé aux divertissements équestœs et à Topéra. Les femmes avaitDt la robe de cour à longue traîne, en étotfe de soie ou de broca^-t, ornée de nibans de couleurs vives, souvent le manteau dit « royal », les souliers de satin broi-hé, le haut diadème et les hauts pan iches, avec le plusgrmd luxe possible de dentelles, de diamants, de perles, de chaînes, etc. Les tibleaux ou les estampes du temps nous offrent toutes les variétés de ce costume; la plus connue de ces estampes est la beile gravure de Liotard, d'après Watieau, les Comédiens français. Oi peut voir aussi, dins une grav-ure de Lepautre une très curieuse Hermione. Les contemporains de Racine habitués à ces carrousels et à ces fêtes où Louis XIV figurait en Apollon ou 3n César, ne s'étonnaient nullement de ces costumes. Racine en sentait l'invraisemblable et tentait parfois d'en atténuer l'anachronisme lorsqu'il devenait trop choquant. Il voulut un jour empêcher Raron déjouer l'Achille d'Iphigénie avec une perruque trop moderne; il lut contraint de céder à la volonté de l'acteui ^.
Par une conséquence naturelle, à la pompe du costume répondait la pompe dans la déclam ition ; aux progrès de celle-ci vers le naturel et la simplicité, répond, malgré ce que l'on vient de voie de Baron, un effort vers la vérité moins pompeuse du costume. Enfin, en vertu de la même loi, à ce costume et à cette déclamation se joignaient des décors du même genre, non pas les colonnades antiques, trop nues, mais des cours de marbre ornées de jets d'eau, ouvrant sur des perspectives de jardins ou de parcs peuplés de statues majestueuses. De chaque côté de la scène étaient des banquettes où s'asseyaient les gens du bel air, réduisant les acteurs à un petit espace où le poète dramatique ne pouvait introduire qu'un nombre restreint de personnages. Ces banquettes persistèrent, malgré les railleries de Molière dans les Fâcheux, malgré les plaintes de Voltaire, jusqu'en 1759, où les libéralités du comte de Lauraguais permirent aux comédiens de les supprimer. Elles causaient parfois de singulières méprises : on prenait l'a'Tivée d'un spectateur pour l'entrée d'un acteur, et une épigramine nous apprend qu'à une représentation &Andrnmaquej
On attendait Pyrrhus, on vit pardître un fat
Au début du xv/iP siècle, il y eut quelques essais de réaction cii faveur d'un goût plus sobre et de la vérité; quelques actrices s'affranchirent de l'habitude qui leur mettait aux mains dans la tra-
1. Dans l'ouvrage de M. Ad. Julmen. Histoire du costume au théâtre, p. 30.