‹ Andromaque (volume 5)Chapitre 46 sur 160 · ORESTE, PYLADE · texte numérisé non relu

ORESTE, PYLADE

ORESTE

Oui ^ puisque je retrouve un ami si fidèle,

Ma fortune va prendre une face nouvelle;

Et déjà son courroux semble s'être adouci

Depuis qu'elle a pris soin de nous rejoindre ici 2.

Qui Teùt dit, qu'un rivage à mes vœux si funeste ^ ^

iTésenterait d'abord Pylade aux yeux d'Oresie;

I , Racine a plusieurs fois employé, à la première scène d'uue pièce ou d'ur» hcle, ce genre de début qui suppose ia continuation d une conversation déjàcoru liiencée et dispense ainsi le poète d'exprimer une interrogation, ou qui foriiii* l iilirmalion qui suit. Ainsi :

Oui, r'est Agmnennon, c'est ton roi qui t'éveille,

{Iphigénie 1,1.) Oui, je vlftns dans son tôoiple fidorer l'Eternel.

(AthnLie I. i.) Oui, Madame, A loisir vous pouvez vo is défendre.

(Britannieiis, IV, i.\ Oui, Madame, Néron, qui l ^uroli pu penser!...

(Ibid., V, 1.)

N(Miî^ verrons plus bas (IV, 2) non employé de même au début d'une scène t Non, je ne puis assîz admirer ce silence. Le premier éditeur d'André Chénier, H. de Latouche, raconte dans sa notice Bur ce poète (i8 U, p. xixet xx), que Roucher, l'auteur des l/ow, et André, se rencontrant, le 7 thermidor an II ( 5 juillet «704), sur la charrette qui les conduisait tous deux al échafaud, récitèrent ensemble ces premiers vers d'ATw/romaque. Touchante légende, mais que Latouche déclare tenir d'un homme « dont l'âge et le malheur avaient glacé la mémoire »> et qui ne semble pas très autheu^ lique.

S- Va^- Qui m'eût dit qu'un rivage à mes yeux si funeste.

Qu'après plus de six mois que je t'avais perdu, A la cA)[\r de Pyrrhus lu me sernis rendu?

PYLADE

J'en rends grâces au ciel, qui, m' arrêtant sans cesse*, Semblait m'avoir fermé le chemin de la Grèce 2, iQ Depuis le jour fatal que^^ la fureur des eaux, Presque aux yeux de TÉpire, écarta nos vaisseaux Combien, dans cet exil, ai-je souffert d'alarmes, Combien à vos ^ malheurs ai-je donné de larmes,

1. On remarque îc! une des constructions qui reviennent le plus souvent dans Racine; de deux vers, le premier est souvent rempli à l'aide d un participe, le second avec un verbe à un mode personnel. C'est Boileau qui lui avait appris, non seulement à a faire difficilement des vers faciles », mais encore à s ôtèr ainsi la tentation de faire le second vers par remplissage et uniquement pour trouver une rime au premier. A vrai dire, ce n était que transposer la difficulté et, chez Racine, le premier des deux vers ainsi faits n'est pas toujours le meilleur.

'i. d'Olivet dit au sujet de ces deux rimes: «Pour la rime, il faudroit prononcer la Grèce, comme on prononce la graisse. Plus bas, dans la même scène, on trouvera Que penses-tu qu'il fasse rimant avec Dis-moi ce qui .■se pâs^e. » Et il rappelle la règle posée par Joachim du Bellay (Déf. et illust. de la langue franç., Il, 7) : « Que lu te gardes de rimer les mots manifestement longs avec les brefs aussi manifestement brefs, commepdsse et trace', maître et meitre, biXt H bat, etc. »

3. Dans les propositions temporelles, le xvii* siècle employait très souvent que, là où nous mettrions oit, lorsque, avec le sen^ de durant lequel, laquelle. Aiûhi CohNKiLi.E (f'îrf, H, 2) :

Au mallieureux uiomeiit que naissait leur querelle.

De même La Fontaine fVie d'Esope) : « Le jour suivant qtie les vapeurs de Ba^i^ chus furent dissipées... » Kt encore (Fables, IV, i) : Du iHuips que les hôtes parlaient.

k. Var. Presque aux yeux de Mycène écarta nos vaisseaux.

(1668 et i(;7:5.)

Cette tempête par laquelle le fidèle Pylade a été séparé de son ami, sert à provoquer le récit explicatif qu'Oresle fera tout à l'heure à Pylade, c'est-à-dire au spectateur, des incidents qui Font amené en Epire et de 1 histoire de son amour pour Hermione.

5. Oreste tutoie Pylade, qui lui dit dous : c'est une conséquence nécessaire de la différence de leur rôles, quoique, en somme, Pylade soit lui-même fils de roi. Kacine, en effet, ne voit dans pylade qu un confident, c'est-à-dire un courtisan plein de respect; il le plie à Péliquette monarchique; selon la spirituelle expression de M. Taine (Aouveauœ essais df^ critique et d'histoire, p. 187 , cet ami d enfance est devenu un a mènin ». — Les menim (de 1 espagnol mflwmo, jeune homme dé noble naissance) étaient six jeunes gentilhommes que Louis XIV att?^ha, eu 1680. à la personne dti Dauphin comme amis et compagnons de ses jeux.

Toutefois, du temps même de Racine, cette différence de langage a» laissa pus d élniu.c! iiliîifr'îiy sV'O (uo/jue Uppui», les oiitiques l'uni dppréciée différemment.

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