Ce tous va se retrouver quatre fois en sept vers
5. Dans le sens, relevé plus haut, de séduction enchanteresse. Ce vers, qui expri e d'une manière à la jois si poétique, si lélicaLe et si passionnée une idée brûlante, encore enllamraée par la haine jalouse d'Oreste, a été de lionne heure aétournf^ de son vrai sens par la malignité de la critique. Sublicnt n y voit qu'une équivoque grossière; Louis Racine en <ionne rette explication assez laible: « Oreste veut dire seulement qu'Uermione, qui la oublié, ne son^equ'à plaire à Pvrrhus », et comme correction à prodiguait propose réservait, qui est une platîtud#».
I u sais de quel courroux mon cœur alors épris * Voulut eu l'oubliant punir tous ses mépris 2.
Je fis croire et je crus ma victoire certaine ;
Je pris tous mes transports pour des transports de haina.
Détestant ses rigueurs, rabaissant ^ ses attraits, 53
Je défiais ses yeux de me troubler jamais.
Voilà comme je crus étouffer ma tendresse.
En ce calme trompeur' j'arrivai dans la Grèc0*;
Et je trouvai d'abord ses princes rassemblés,
Qu'un péril assez grand semblait avoir troublés. 60
J'y courus. Je pensai que la guerre et la gloire
De soins plus importants rempliraient ma mémoire^;
Que, mes sens reprenant leur première vigueur,
L'amour achèverait de sortir de mon cœur.
Mais admire* avec moi le sort, dont la poursuite 65
1. Epris veut dire proprement enflammé (du latin prendere), ei s'emploie autrement qu'avec d'amour. La Fontaine dira (VII, 8/, comme llacine :
Les deux troupes, éprises D'ardent courroux, n'épar g noient nuls moyens.
II n*y a donc pas lieu de s étonner, comme on Va fait souvent, de la iiardiesse de l'expression mise dans la bouche d'Oreste, et de la juslilier uniquement par une sorte d'analogie entre sa colère et l'amour.
2. Var. Voulut, en l'oubliant, venger tous ses mépris (1668 et 73). Racine se rendit, en changeant ce vers, à une critique de Subliqnt disant, dans
la préface de \3. Folle Querelle.- c Tant qu'il écrira ainsi, on dira toujours qu'il exprime ses pensées à contre-sens, parce qu'on voit bien qu'il a prétendu dire : punir ses mépris, et non pas les venger. » Cependant, cet emploi de venger, au sens latin de tirer vengeance de quelaue chose, n'a rien que de très légitime et de très usité. Ainsi Racine lui-même (^n/awn., 111, 3) :
Pallus n'emporte pas tout l'appui d'Agrippine:
Le ciel m'en laisse assez pour venger ma ruine.
Sur ennui, voir plus haut, p. 73, n. i.
3. Maintenu malgré Subligny, prétendant qu* « on dit bien rabaisser le vol, rabaisser l'orgueil, Leprix, mais point du iOMi rabaisser des attraits » La critique porte aussi à faux que possible, comme le montre un usage trop général pour qu'il soit nécessaire de citer des exemples.
4. Var. Dans ce calme trompeur j'arrivai dans la Grèce (1668-87).
Ces deux dan» employés à si peu de distance étaient une négligence que Racine a atténuée, sans la faire disparaître tout à fait, par la substitution de en au
f>remier dans. On remarquera de même rassemblez et semblois rapprochés dans e distique suivant.
L'emploi de dans devant des noms de villes ou de pays, avec ou sans mouvement, est fréquent chez Racine. Ainsi (Mithr., préf.) : « Le dessein... de passer dans l'Italie. » De même chez ses contemporains.
5. On remarquera cet emploi de mémoire au lieu de cœur ou ^'esprit : Ore^te ?eut oublier sa passion et rapporte tout à cette pensée.
6. Au sens latin de admirari, s'étonner, regarder comme extraordinaire comme dam le nU admirari d'Horace [Ep., 1, 6, 1 )• Très fréquent au xvu» siècle, en prose comme en vers. Ainsi Cornbille {Hérac, V, 0) :
Admirez cependant quel malheur est le mien. D« môme FibsLOU (Télém,, II) : « J'admirois les coups du lort. »