‹ Andromaque (volume 5)Chapitre 66 sur 160 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

J'allaîs, seigneur, pleurer un moment avec lui : Je ne l'ai point encore embrassé d'aujourd'hui * !

PYRRHUS

Ah, madame I les Grecs, sî j'en crois leurs alarmes, 265 Vous donneront bientôt d'autres sujets de larmes.

Et quelle est cette pour dont leur cœur est frappé. Seigneur? Quelque Troyen vous est-il échappé?

PYRRHUS

Leur haine pour Hector n'est pas encore éteinte : Ils redoutent son fils.

Digne objet de leur crainte*! 270 Un enfant malheureux, qui ne sait point encor Que Pyrrhus est son maître, et qu'il est fils d'Hector I

PYRRHU s.

Tel qu'il est, tous les Grecs demandent qu'il périsse. Le lils d'Agamemnon vient hâter son supplice.

1. « Ce vers si simple et si aimable, s'écrie Chateaubriand, est le mot d'une femme chrétienne! cela n est point dans le goût des Grecs, et encore moins des Romains. L'Androma jue d Homère gémit sur les malheurs futurs d'Astyanax, mais elle songe à peine à lui dans le présent; la mère, dans notre culte, plus tendre sans être moins prévoyante^ oublie quelquefois son chagrin en donnant un baiser à son fils. Les anciens n arrêtaient pas longtemps les yeux surTenfance ;.il semble qu'ils trouvaient quelque chose de trop naïf dans' le langage du berceau. Il n'y a que le Dieu d^ l Évangile qui ait 08<' nommer sans rougir les juUits enfants (parvuti)f et qui les ait otî'erts en exemple aux hommes. » fie dénie dv Christianisme, seconde partie, liv,ll,chap. ivj Ce sont là des appréciations bien hasardées. Certes, le vers de Racine est charm ini, mais est-ce une raison pour lui sacrifier toute l'antiquité ? L'Andromaque d Homère ne gémit que sur les malheurs futurs d'Asiyanax; peut-elle faire davantage avant que ces malheurs soient arrivés. En revanche, on a vu (ci-dossus, p. 7 et 8) avec quels accents déchirants l'Andromaque d Euripide pleure Astyanax près de^ mourir. Ouanl aux enfante, les anciens les mêlaient aux scènes de leur théâtre avec be.iuooup moins de timidité que nos poètes classiques; le même Euripide ne craint pas, dans son Iphi^énie, de montrer sur les bras de sa nourrice Je petit Oreste, dont Racine no dit rien. On pourrait multiplier les exemples.

Page 1