‹ Andromaque (volume 5)Chapitre 67 sur 160 · Comp. SÉNKUUK (Froyennes · texte numérisé non relu

Comp. SÉNKUUK (Froyennes

Hic cl, hic est terror, (I1v^?=:f«, Ville carinis.

Et VOUS prononcerez un arrêt si cruel? S75

Est-ce mon intérêt * qui le rend criminel ?

Hélas I on ne craint point qu'il venge un jour son père ;

On cramt qu'il n'essuyât 2 les larmes de sa mère.

Il m'auiait tenu lieu d'un père^ et d'un époux;

Mais il me faut tout perdre et toujours par vos coups. 580

PYRRHUS

Madame, mes refus ont prévenu vos larmes. Tous les Grecs m'ont déjà menacé de leurs armes; Mais, dussent-ils encore, en repassant les eaux, Demander votre fils avec mille vaisseaux,

1 . Au sens d'affection, plus fort que îe sens ordinaire. Racine fait dire de même à Pharnace, parlant de l'amour secret de Monime pour Xipharès (Mithrid,, 1, 3):

Je crois voir VtntértU que vous voulez céler, El qu'un autre qu'un père ici vous fait parler.

2. La Dlupart des commentateurs voient une faute dans qu'il n'essuyât et plaident les circonstances atténuantes. Il n'y a pas faute, mais règle en vigueur au temps de Racine, et contraire à Tusage qui a prévalu depuis le commencement du siècle présent, dans l'emploi des temps du subjonctif. « La particularité la plus remarquable qu'offre la syntaxe du xvii* siècle pour la concor(Jance des temps et des modes, c'est que l'imparfait du subjonctif se met souvent, avec le sens du conditionnel, dans la proposition subordonnée, non seulement quand le verbe de la proposition principale est à l'imparfait, mais même quand il est au présent ou au futur... L'imparfait du subjonctif vient ici de ce qu'il y a dans la phrase une idée de conditionnel : cette idée se dégajîe nettement de cet imparfait du subjonctif, si l'on retourne la phrase, et que le verbe de la proposition subordonnée soit mis dans une proposiUon principale. Ainsi s'explique un vers de VAndromaque de Racine dont la correction a été fort discutée :

On craint qu'il n'essuyât les larm.s de mère.

C'est comme s'il y avait : € Il essuierait les larmes de sa mère. C'est ce que que l'on craint. » (Chassang, Gr.fr., cours sup., par. 312, iv.) Les exemples de constructions de ce genre sont nombreux dans Racine ; on les trouvera relevés et groupés par M. Martt-La veaux, dans V Introduction grammaticnle à son Lexique de Hacine, p. xciv. Nous en trouverons encore un aans Andromaque, v. 989- 987. — Voy. ci-après, p. 123, n. •!.

3. Andromaque avait perdu, en effet, par la main d'Achille, son père Éétion et son époux Hector. Elle disait dans ï Iliade (y\, 41Wi1d» 429-430):

'H TOI Y^p icaT^p* àtJibv àicï'xTave ^To; AxtXX»ùç, Iv $ï icbXiv ic^po-Êv KtX{xwv tûvaiïTâw<rav, ©ïlêïjv U'|<{icu^ov* scaTÔ. ^'exTotvev 'HeTtwva.

« Le divin Achille tua mon père, lorsqu'il ravagea la ville populeuse des Ciliciens, Thèbes aux portes élevées; il tua mon père Eétion. »

Et après avoir rappelé comment périrent sa mère, « atteinte par les flèches de Diane », et ses sept frères, immolés aussi par Achille, elle ajoute, disant à Hector ce que plus tard elle dira de son fils à Pyrrhus :

"ExTop, àxaç (TÙ jii.o{ tceri -naT^p urtX icÔTvta fJ>.TnTïip ij^l «aerlYVTi'Coç <t6 {aoi •aXepôç itocpotxoiTTjî.

« Hector» tu es pour moi mon père, ma vénérable mère ; li> es aussi mon frère; tu es ipon vaillant épouîç. ^

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