Var, Que feriez-vous, hélas I d'un cœur infortuné
Qu'à des pleurs éternels vous avez condamné ? (1668 et 1663). SuBLiONT avait dit (Préface) : c Les pleurs sont l'oQice des yeux, comme les soupirs celui du cœur, mais le cœur ne pleure pas. » Si l'on admet que le cœur soupire, on peut tout aussi bien admettre qu'il pleure; ce ne peut, dans les deux qu'une métaphore, 1
De cent pf^iiplcs pour hii combattre la rigueur
Sans me faire payer son salul de mon cœur,
Malgré moi, s*il le faut, lui donner un asile
Seigneur, voila des soins dignes du fils d'Achille. 310
PYRRHUS
Hé quoi! votre courroux n'a-t-il pas eu son coursf*
Peut-on haïr sans cesse? et punit-on toujours?
J'ai fait des malheureux, sans doute; et la Phrygie
Cent fois de votre sang a vu ma main rougie;
Mais que vos yeux sur moi se sont bien exercés ! 315
Qu'ils m'ont vendu bien cher les pleurs qu'ils ont versés I
De combien de remords m'ont-ils rendu la proie I
Je souffre tous les maux que j'ai faits * devant Troie:
1. y. 30^-309. Nous trouvons ici, en quelques vers, plusieurs de ces changé mentsde pronoms, dont nous venons de relever un exemple (301-302). Plus loin (465-470) nous les verrons encore répétés, et, comme ici, dans un mouvement dé passion.
2. La froide antithèse entre les feux de Vamour et \' embrasement d'une ville, a valu bien des critiques au poète. Dans les notes de sa traduction en grec moderne dfi'Paul et Virginie (Beç.ali^ou Sa.iTctipçou Aivi^iiiAttra, p. 342 et 343), M. Piccolos rapproche ingénieusement ce vers du roman d'Héliodore, Théagèm et Chariclée. que nacine lisait à Port-Royal, avec tânt l'intérêt, et relisait malgré la défense dd son maître iNicole. C'est celui dans lequel (T* vi^i Qta^i^nt «a\ XapixXeiav AtôiûictxA, liv. X, chap. 17) Hydaspe se voit forcé d immoler sa fille : 'EiïîSa^e tî^
XwotxXeta tkç X'^P*^' uysiv [kÎ'j 6it\ toùç Pwiaoùç %9\ xîjv Iîc' aÛT£3v uuçxaïàv îv^incvûixsvo^,
tcXdovt Si aûTo; tcup\ tw -tcàOai tîjv xvp^iav (T|Auxù(iitv8;. « Il saisit Chari lée et fit mine de la conduire à Vaulel et.sur le bûcher qui y était allumé; et lui-même, dans sLi douleur, était brûlé de plus de feux ». Ainsi, dit Saintb-Beuve (Portraits littéraires, t. I, p. 73), « Racine, enfanf, avait retenu ce jeu de mots comme une beauté, et il n*a eu garde de l'omettre dans Andromaque. Héliodore est le premier coupable. »
il n'est pas le seul, et Racine pouvait trouver ailleurs encore bien des modèles de cette même pointe. Saint-Marg-'îirardin fait observer qu* « elle était depuis longtemps en usage dans la poésie dramatique ». Il cite, en efîet, Sallebray, qui, dans sa Troade tiG42), fait dire par A^atnetnnon, amoureux de Cassandre (acte ï, 8<-ène II) :
Je brftle par le feu que j'allumai dans Troie.
Ou lit encore dans le Docteur amoureux (1638, acte H, scène :i) de I.kvbrt! Et ses yeux, vr nia brnndo is qui surent ra enlluinmer Avec aulctnt d'nrdeur embpif?èrent mon aine Que ceux lesquels j.^dl^ eunsumiTent l'erg i me.
Enfin dans V Inceste supposé (16A0) de Lacase
ue ce coupable corp^ de même que mon flme aouffre |iat le feu (d&ns les (inféra), sU pèche parla flamme.
Ce qui prouve bien que ce genre d'antithèses répondait à un goût très prononcé de la société polie du temps, et que, par suite, Racine, comme nous l'avons remarqué, n'avait fait que 8iii)ir la contagion de ce faux goût, au lieu de le créer lui-même, c'est une pointe semblable que Sainte-Beuve (Causeries du Lundi l; XV, p. 404) relève dans les G ands jou s d'Auvergne) écrits en 16(i"-1666) de l'LÉcHifiR, l'iagénieux écrivain qui parlf , dans cet ouvrage de Jeunesse, le lan-