ACTE I, SCÈNE IV
Vaincu, chargé de fel's, de regrets consumé,
Brûlé déplus de ieux que je n'en allumai, 320
Tant de soins, tant de pleurs, tant d'ardeurs inquiète.s... i •
Hélas! fus-je jamais si cruel que vous l'êtes?
Mais enfin, tour à tour 2, c'est assez nous punir;
Nos ennemis communs devraient nous réunir;
Madame, dites-moi seulement q«e j'espère, 325
Je vous rend 3 votre fils, et je lui sers do père;
Je instruirai moi-même à venger les Troyens;
J'irai punir les Grecs de vos maux et des miens.
Animé d'un 3 regard, je puis tout entreprendre :
Votre Ilion encor peut sortir de sa cendre; 330
Je puis, en moins de temps que les Grecs ne l'ont pris
Dans ses murs relevés couronner votre fils.
Seigneur, tant de grandeurs ne nous touchent plus guère; Je les lui prometlnis tant qu'a vécu son pèie.
page du bel-esprit le plus distingué. Fléchîer compare l'Incendie qui dévore un chaume à 1 amour qui embrase le cœurd'un de ses personnages.
Knfln, bien avant les écrivains drantatiques du xvn* siècle, bien avant Tliéagène et Chariclée, Cicéron avait dit de Verrès fDe suppliciis xriV) : o Una atqu« «a Jem nox erat qua praetor amoris turpissimi flamma, ac classis populi romaiu praBdonum incendiis conflagrabat. »
1. On remarquera le pluriel d'ardeurs. Un grand nombrê de noms abstraits de ce genre, comme amour, beauté^ bonté, clarté, douceur , fureur, haine, jalousie, etc., dont la plupart aujourd'hui s emploient surtout au singulier, se trouvent fréquemment au pluriel chez Racine, comme chez Corneille et ses prédécesseurs.
0 n est a remarnuer, dit Ménagb, que comme la poésie est hyperbolique, elle aime les pluriels, et que les pluriels ne contribuent pas peu a la sublimité de
1 oraison. » Longin (Traité du sublime, XIX, trad. de Boileau) ''ai-ait la même remarque à propos des tragiques grecs : « l\ n v a rien quelquefois de plus magnifique que les pluriels; car la multitude qu ils renferment leur donne du s n et de remp;iase. » Mais il ajoutait : « Il faut prendre garde a ne faire cela que bien à propos;. . . car d attacher partout ces cymi^ales et ces sonnettes, cela sentiroit trop son sophiste. » - Ces pluriels n étaient, du reste, pas réservés à la poésie. On les trouve aussi en prose. Ainsi dans M"^* de Sévignb (20 octobre ih79, à sa liUe) : « Que ne leur fait-on point (aux vieilles p is ions) ? On dit des injures, des mépris, des rudesses, des cruautés, des querelles^ des plaintes, des rages; et toujours elles remuent, on n'en saurait voir la fin. »