‹ Andromaque (volume 5)Chapitre 7 sur 160 · Traité du sublnne, cli. XV · texte numérisé non relu

Traité du sublnne, cli. XV

. 6. Voy. ci-après, p, ib7, n. 2.

âtJR ANDROMAQUË

fit du génie tragique. Bientôt Pylade vient se joindre à eux et complète ce groupe célèbre.

Ici Oresle excite une pitié sans mélange. Il est beaucoup moins s,vnipathique dans cette scène d' Andromaque, dont il éta t questio » lout à riieure. où il vient enlever Hermione. II allait consulter l'orac'e de Jupiter à Oodone : a Mais, arrivé à l'htie, dit-ij, j'ai cru b lU do in'informer d'une paicile, Hermione de Sparte. Est-elle vivanie eV heureuse? Malgré la distance qui la sépare de nous, el e ne m'est p;is moins chère. * » Hermione lui raconte si s tentatives contre Andromaque, sa crainte de Pyrruhs. Aussitôt Oreste de lui rappeler que jad s il l'aimait, et il lui propose de l'emmener: Maintenant que, tombée dans l'adversité, lu ne sais que résoudre, je vais t'emmcner d ici et to reuiettre aux mains de ton père. « Éloigne-moi au plus tôt de celle demeure, répond Hermione, et craignons d'être prévenus par le letour de mon époux. ^ » Singulière promptitude de décision des deux côtés! Ni l'un ni l'autre n'a l'excuse de la passion: « L'un n'agit que pucrainte, l'autre que par calcul de vengeance et d'intérêt; il recherche lout simplement un hymen à sa convenance, et se l'assure, sans scru- |mle, j)U' le rapt et l'assassiîiat. ^ » En eiret, même avant de voir Hci mione, il avait préparé contre Pyrrhus le plus lâche des guet-af eus. Tandis que le (ils d'Achill" venait à Delphes sans défiance consulter l'oracle, Oreste soulevait por >es calomnies les magistrats et les habitants de la ville, leur persuadant que son rival venait piller les trésors du temple, et bientôt, à la tôt) d'une troupe d'assassine, il le fai>ail tuer aux pieds de l'auiel d'Apol on.

Py ade, le type de Tamitié ûdele, dé intéressée, à toute épreuve, est mieux traité par Euripide qu'Oreste. Associé d'ordinair.i à toutes les entreprises de son ami. il a été tenu à l'écart de ce dernier crime sans grandeur et sans excuse. Dans Oresle, comme dans Iphigcnie en Tauride, rien ne ternit son dévouement. Dms Oresle^ dès qu'il apprend que le peup'e d'Argos se prépare à juger Oresle et a inonce l'intention de punir son crime, il acc >ui t près de son ami, et l'aide de ses conseils et de son apj)ui ; il 1 acco mpagnera devant le peuple, le soutiendra de sa présence, prendra soin de lui si le délire le reprend. Dans Iphigénie en Tauridey son rôle est plus important et son caractère se montre dans toute sa grandeur. Oresle a conçu un projet bien périlleux. Il \eut enlever celle slalue de Diane, au pied de laquelle

2. V. 9S2-08'., 989-000. — On reproche soavenl à Racinf d u\oir coniplèlement dénaturé les sentiments el le lan^^auc <ies personna^-es de ranliiiuilé. On peni voir par la co:nparaison avec ses mo tôles, conil)ien ce reproche est exaj^éré; mais comme il est plus respeclueax dô 'a Iradilion et de la vérité, dans ce caractère d'Ilermione, que ne l'élail Ovide, traitant cette même situation d'Oresle el de la femme <te Pvrrhus: On Ir uive dans les Héroides liu poète latin une in.:énieuse et spirituelle lettre 'te celle-ci (Epislola VI H, Hermione Orestœj, par laquelle elle réclame le secours d'uresle avec des co luetteries de pensée et de style d'un CMiilrasle 1 ien choquant avec ses lra-i(iues aventures. — Voy. encore ci-après, p. U, n. 5.

3. TiiriN, ICludcs sur les tragiques grecs, Euripide, l. I, p. 285«

NOTICÈ HISTORIQUE

les Taures immolent tous les étrangers débarqués sur leurs côtes. Pylade est le compagnon de son entreprise. Pris l'un et Tautre par les Taures, ils vont être égorgés. Alors une admirable lutte s'engage entre eux Ores te veut que Pylade essaye de s'échapper : « Ce serait une honte pour moi, répond Pylade, de voir la lumière si tu meurs ; avec toi j'ai traversé les mers, avec toi je dois mourir. * » — Ore^te insiste; « En ce qui me touche, ce n'est pas un malheur, persécuté par les dieux comme je le suis, de perdre la vie; tu es heureux, ta maison est pui'e, innocente, tandis que la mienne est coupable et malheureuse. Sauve-toi, aie des enfants de ma sœur, que je t'ai donnée pour femme, afin que mon ^om puisse subsister et que la race de mon père ne périsse pas sans postérité. Pars donc, vis et habite ma maison paternelle. Et quand tu seras de retour en Grèce et dans Argos riche en coursiers, je t'en conjure par ceite main que je touche, élève-moi un tombeau qui conserve mon souvenir, et que ma sœur l'arrose de ses larmes et y dépose sa chevelure... Adieu, compagnon des plaisirs de ma jeunesse, le plus fidèle de mes amis. ^ » Pylade reste inébranlable dans sa résolution; il veut mourir, ou avec Oresle, ou à la place d'Oreste. Dans cette lutte sublime, aucun d'eux n'est vaincu.

A tous ces personnages, Andromaque et Pyrrus, Hermione et Oreste, Racine a conservé, nous l'avons dit, leur physionomie traditionnelle ; mais il leur a suffisamment imprimé sa marque propre, cel e de son génie et de son temps, pour faire une œuvre profondémerit originale, au point de vue des caractères comme au point de vue de l'action. Il a raison de dire : « Mes personnages sont si fameux dans l'antiquité que pour peu qu'on la connaisse, on verra fort bien que je les ai rendus tels quo les anciens poètes nous les ont donnés.^ » Mais il peut ajouter en parlant de ï Andromaque d'Euripide: « Quoique ma tragédie porte le même nom que la sienne, le sujet en est pourtant très différent . » Non seulement le sujet, mais les sentiments et les passions *.

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