Seconde préface
5. Racine, dit-on, ne fait qu'inlioduire des soutiments modernes dans les sujets antiques. U est certain qu'il v a chez lui peu couleur locale, ai mémt que Vhabitude (au sens latin de habitas) matérielle et morale de ses personnages eûi étonné ou choqué les anciens; ainsi, comme on le verra l( ut a l'heure, les égards dont jouit dans le palais de Pyrrhus Andromaque raptivCj la liberté d'allures dans ce même palais d'Hermione, fiancée, à celui qui l'habite, etc. Il n'y a pas trop à le regretter: « Que m'importe, flitM. Nisard d'Andromaque, qu'elle ne soit pas une copie exacte du type grec? Le théâtre, chez un peuple civilisé, n'est pas fait pour donner aux savants le plaisir d'apprérier l'exactitude d'un pastiche de l'antiquité, mais pour exprmier de» sentiments gén^ raux dans la langue et selon le génie de ce peuple. On supporte qu'Andromaque parle en vers français, et l'on ne veut pas qu'elle sente comme une mère, comme une épouse, comme une Française du xvii» siècle! » {Histoire de la lilté>alure fran(;aisc, l III, p. 3i)-31.) Et encore: « Il faut bien •uutrrir un peu de mensonges dans les ouvrages d'ail. S'il arrive qu'on n'y
SUÎl ANDROMAUUË
Cfie courte revue des personnages, tels (ju'ils se présentent dans sa pièce, suflit à le prouver.
D'abord Addromaquc. « Andromaque, dans Euripide, dit-il, eraint peur la vie de IMolossus, qui est un fils qu'elle a eu de Pyrrhus, et qu'Hermione veut faire mourir avec sa mère. Mais il ne s'ngit point de Molossus; Andromaque ne connaît point d'autre mari qu'Hector ni d'autre fils qu'Astyan.x. La plupart de ceux qui ont entendu parler d'Andromaque, ne la connaissent que pour la veuve d'Hector et la mère d'Astyanax. On ne croît point qu'elle doive aimer ni un autre mari ni un autre fils*. » H y a déjà là une remarquable épuration du rôle, tout à l'avantage de l'Andromaque française, et aussi une restitution. Mère de Mol issus, Andromaque n'est plus que mère; elle ne saurait être la veuve d'Hector, puisqu'elle n'a pu lui garder cette inviolable fidélité, qui est son charme et son honneur. Au contraire, mère d'Astyanax, autrement intéressant que le fils de Pyrrhus, veuve fidèle d'Hector et refusant d'échanger ce noble titre comme un autre, elle conserve tous ses titres à notre sympathie, comme épouse et comme mère. Déplus, PAndromaque d'uuripide est flétrie par la servitude, traitée en captive, elle a souvent les sentiments d'une captive. Redevenue reine dans Virgile, elle conserve de ses épreuves passées, un pr.jfond sentiment d'humiliation. Dans Racine, reine détrônée et malheureuse, elle pense et parle toujours en reine; elle reçoit les mirques de respect de Pyrrhus sans s'en étonner, comme un homm ige qui lui est dù. Elle tient cette grandeur et cette liberté des mœurs de la société moderne, des idées chrétiennes et chevaleresques. < Elle est reine à la cour de Py rhus, comme Jacques II Tétait à Saint-Germain'. Si elle ne tieat pas uniquement du chrisLianisme, comme le voudrait Chateaubriand 3, la grâce pudique et la pureté de sentiments que lui donnait déjà Virgile, elle lui doit du moins « l idée de son indépendance ^. » Enfin, elle doit aux mœurs inspirées pjr les idées chevale-
puisse faire entrer à li fois la vérité locale et la vérité telle que la conçoit un erand poète dans un grand siècle, il faut savoir se passer de la vérité locale. J'aime mieux que les personnages pèchent par le cosiume que par le fond. » {Ibid., p. 36.)