‹ Andromaque (volume 5)Chapitre 9 sur 160 · Seconde préface · texte numérisé non relu

Seconde préface

2. Saint-Marc-Girardin, Cours de liUérakire dramatique, t. I, p. 293.

3. Voyez le Génie du Christianisme, seconde partie, liv. II, ch. VI. Ce chapitre dans lequel Ghate '.ubriand propose « d'ouvrir un nouvea i sentier à la critique o en cherchant » dans les sentiments d'une m èie païenne, peinte par un auteur moderne, les traits chrétiens que cet auteur a pu répam re dans son tableau sans s'en apercevoir lui-iiiênie » ce chapitre est certainement un des plus contestables parmi ceux que l'auteur consacre a la poétique du christianisme. C'est par des arguments d'avocat qu'il s efforce de ramener ^ une cause chrétienne tous les sentiments <ie V Andromaque f ançaise. La grai or littéraire et moraie du christianisme est assez éclatante pour n'avoir paS besoin de ce genre de preuves; Bossuet et Fénelon les eussent certainement dédaignées. On trouvera deux des appréciations de Chaieaubnand discutées ^i-après, à propos des passages de Racine auxquels elles se rapportent (p. 89, n. 1 et p. 151, n. 4). — Voy. un ingénieux parallèle des trois Andromaque daa.^; Patin, Euripide, t. I, p. 288-296.

4. .'UiM Marc-Gikardin, Cours de liUérature dramatique, t. I, p. 294.

NOTICE HISTORIQUE

resques de pouvoir garder eu face de Pyrrhus amoureux et nieuaçMiit une attitude si réservée et, relativement, si calme. Ainsi, pour son caractère d*Andromaque, Racine a pris d'Homère le souvenir de l'amour d'Hector, à Euripide l'amour p )ur Astpnax, à Virgile la grâce pudique, n lui a donné la dignité dans le veuvage, lu grandeur dans I.j servitude, le respect de tous ceux (|ui l'entourent, une force morale supérieure à toutes les contraintes, une délicatesse de senliments, une noblesse de langage, un charme supérieur inconnus à l'antiquité. C'est assez pour que ce caractère lui appartienn3 par droit de création, aussi Icgitimement qu'à ses prédé<ess urs.

Le c aractère de Pyrrhus, tout en restant le mémo au fond, subit les mêmes modilications que celui d'Andromaque, mais moins heureuses et, aussi, moins conformes à sa vérité traditionnelle. H n'y a plus rien dans le Pyrrhus français de celte cruauté farouclia dont nous voyons les elléts dans les Troyennes^ de cette volonté redoutable, qui plie tout autour de lui, et. môme en son absence, lait tremblt^r Herluione dans VAndromaque grecque, rien en un mot, de la rudesse des temps héroïques. H aime sa captive, mais il l;i respecte; il est plein d'égards pour elle; il lui laisse dans sa maison une entière liberté"; même lorsqu'il la menace, il garde dans son langage ces termes polis qu'au temps de Louis XIV un homme observait toujours envers une femme, suriout un roi envers une princesse. Un pareil caractère sous un pareil nom est un anachronisme ^ Racine nous montre un conte mporain de Louis XIV; il ne nous montre pas le fils d'Achille, le meurtrier de Priam et de Polyxène. Aussi s*excuse-t-il d'avoir «adouci la férocité » du personnage. Cependant, il nous apprend lui-même qu'il se trouvait, au dix-septième siècle, des gens pour se plaindre que Pyrrhus « s'emporîàt contre An Iromaque, et qu'il voulût épouser cette captive à quelque prix que ce fût ». Il les raille spirituellement : r J'avoue qu'il n'est pas assez résigné à la volonté de sa m lîtresse, et que Céladon a mieux connu que lui le parfait amour. Mais que faire? Pyrrhus n'avoit pas lu nos romans ^ » Nous lui ferions aujourd'hui un reproche coUraire. Cependant, les contemporains du poète n'avaient pas tout à l'ait tort. Entre Andromaque et Pyrrhus, il y a un m nique d'équilibre; la première subissait beaucoup plus que le secunJ l inlluence des mœurs modernes et des idées chevaleresques;

1, Le qui uot suiLout un aiidchronianie, c'est de mêler aux délicatesses de la passion, telle que l'a faite la civilisation moderne, cet tioirible projet du meurtre d'un enfant, dont la vie devient lenjeu d'une intrigue amoureuse. Manz(»ni (rilé par M. Patin, Euripide, t. I. p. 293) reprochait justemenl à liacine ce conirasle entre l'acte barbare qui est la matière de sa pièce et la ten lresse qu'elle respire. Le résultai de ce contraste, c est(|u'il est impossible de prendre ai sérieu\ les menaces d' Pvrrhus; on s'étonne qu'Andromaque les red Mile, cl ce sce[)licisme nnil à l'inléiêt. D'autre pari, le véritable su'ot de la pièce, c'est, avec la rivalité d'Ilermione el d'Andromaque, la ques ion de savoir si Andromaque finira par cédera la passion de Pyrrhu : la vie d'Astyanax, ne nous paraissant pas r ellement menac e. On s'en inquiète peu. L'imi* laleur espagnol de Racine, qui changeait le tUre d'Andromaque en celui dWstijanax (voy, ci-après p. lii), comme! lail un tcrilable contresens,

i. Prenii H préface.

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pour être conséquent, R-icine « nu rail dû rendre a-i fils d'Achille, le même service qu'à la veuve d'IIeclor *. »

Chez Hermione, la iransformaiion des sentiments, sinon du caractère, est aussi profonde, mais sa^s anachronisme cette fois. Ce rôle est une des plus belles et des plus originales créations de R-cine. il y a un abîme entie la jalousie de I Hermione grecque et celle de THerniione française. Autant celle-là est basse et vulgaire, autant celle-ci Oit noble et relevée; cl e est en même temps la plus vive et la plus forte expression de la jalousie féminine que nous connaissions au théâtre On sent ici, comme pour Andromaque, l'influence d'un état Siicial nouveau qui, en modifi.int profondément la condition des femmes, a émancipé leur âme. Les mêmes passions parlent à la cour de Louis X.1V un tout autre langage que dr>ns Tancienne Grèce. Il n'est plus question, entre Hermione et sa ri\a!e, d'une lutte d'intluence domestiqua ; <î'est l'amour le plus ardent et le plus sincèr*^ qui la f-iit agir. Eilr nous insp're aut.int d intérêt que cel e d'Euripide nous laisse froids ; nous la plaignons même lorsqu'elle devient criminelle. Enfin, commo Andromaque, elle parle h Pyrrhus d'égal à égal, avec les imîïiunilês particulières que nos mœurs donnent à une femme vis-à-vis d'un homme.

Ainsi, les deux rôles de femmes, dans la tragédie française ont beaucoup gagné, par TinHuence du temps où vivait Kacme. Pyrrhus, au contraire, y a perdu; de même Oreste, et bien plus que Pyrrhus. Déjà rOresle d'Euripide, froiden)ent pertide dans le crime, tranquille et avisé dans Pamour, diminuait singulièrement TOreste d'Eschyle et de Sophocle. Mais un Oreste amoureux à la façon du xvii« .^iècle! Il n'y a plus chez lui rien du parricide ni de la victime des Furies. Lei sentiments nouveaux qu'on lui prête contrastent si fort avec le caractère qu'on lui connaît et que Racine, au reste, prétend tit lui conserver, qu'ils font de ce rôle a un contresens historique et moral ^. » Mais, te contresens admis, quelle beauté d'un ordre tout nouveau et quelle vérité dans ce caractère I Avec celui d'Hormione, il est unique dans 1 1 littératiire de tous les temps; jamais poète n'a éclairé d'une lumière

1. Gkoffiioy, Cours de littérature dramatique, t. II, p. 8. — Remarquons, cependant, que, maUre ses anachronismes et ses I.ravesli5senien's, Racine esi beaucoup itlus près delà vérité et de la couleur antiques que ses devanciers et ses contemporain?, excepté Corneille. I.e .an âge que les i oètes d'alors prêtent de 1res bonne foi aux héros le- filus connus semblerait aujourd'tiui d'une boutTonnerie vuul je". Dans la Troade de Sallebray, Agamemnon adresse à sa captive Cassandre une longue tirade dont voici le début :

Voi:s vous étonnerez, objet rare et charoiani.

De \ Indig le l'.tcoii dont agit uu «maal;

Kt je coni'.sse aussi que cette t rocedure

Vous doit semb'fti' etran-^e et d.' mauvais ansiift'....

Le héraut Talihybius annonçait en ce^ termes au nu-rne Agamemnon {«dé ait 4ic la tlolte :

Sire, les princes grecA ne voyant pbis de flamoies, N'attendent pour pnUr qu'aprè;? vous et >-eA drirnà-4.

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